1er congrès international

de la condition masculine

 

Paroles d’hommes

 

 

 

Quand l’homme reprend la parole…

 

 

 

 

 

 

Congrès tenu les 8 et 9 mars 2003

Au forum Ste-Clotilde, Genève, Suisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les actes du congrès sont publiés par

 

Les éditions Option Santé

 

 

 

 


 

Catalogue avant publication de la Bibliothèque du Canada

 

 

 

 

 

 

Paroles d’hommes : 1er congrès international de la condition masculine.

Thème : Quand l’homme reprend la parole…

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Imprimé au Canada et en Europe

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’homme est le meilleur ami de la femme,

à condition que l'un comme l'autre

apprennent à se faire respecter.»

 

Élizabeth Badinter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

Préface : Un peu d’histoire

 

Introduction : Présentation des Actes du Congrès

 

Première partie : Avant le Congrès

 

1. Les articles de journaux

·        En péril, la condition masculine va vivre son 1er congrès, Philippe Barraud

·        Entre patriarcat et introspection, C. P.

·        Les hommes demandent de reprendre la parole, Laurence Naef

·        S’ils souffrent, qu’ils en parlent, Laurence Naef

·        Je ne suis pas là pour me battre avec eux, Laurence Bézaguet

·        À Genève pour se rebiffer, Michel Noverraz

·        Le 1er congrès d'hommes attire beaucoup de femmes

 

2. Les réactions féministes

·        Les courriels reçus

·        Les articles dans les journaux féministes

·        Un tract du Collectif Féministes un jour, féministes toujours

·        Une manifestation anti-congrès

·        Publicité d’un journal de Genève

 

3. Les autres réactions

 

Deuxième partie : Les textes des conférences

 

1. Mot de bienvenue et le manifeste de l’homme, John Goetelen (Suisse)

2. La femme n’est pas l’avenir de l’homme, John Goetelen (Suisse)

3. La violence faite aux hommes : mythes et réalité , Yvon Dallaire (Québec)

4. La tendresse suspecte, Oleg Khochtchouk et Raymond Zoller (Suisse)

5. Pourquoi la virilité sociale dépend-elle de la virilité sexuelle ? Willy Passini (Suisse)

6. L’homme battu. Un tabou au cœur du tabou, Sophie Torrent (Suisse)

7. Homme et fier de l’être, Yvon Dallaire (Québec)

8. Les réseaux d’hommes : quand les hommes parlent, Patrick Guillot (France)

9. Messieurs, cessez d’être gentils et/ou méchants, soyez soyez un homme vrai, Thomas 

D’Ansembour (Belgique)

10. Le film Entre père et fils, réalisé et présenté par Serge Ferrand (Québec)

11. Débat « Briser le silence qui entoure la cause des hommes » animé par John Goetelen

 

Troisième partie : Après le congrès

 

1. Les articles de journaux

·        Ceci n'intéresse pas les hommes

·        Le 1er Congrès de la condition masculine entame des négociations de paix entre les sexes

·        Les mâles mis à mal

·        Pauvres petits mâles…

·        Démonstration féministe au congrès des hommes

 

2. Les réactions féministes

 

3. Les autres réactions

·        Communiqué de John Goetelen à la presse locale

·        Content d’être un gars, magazine virtuel animé par M. Yves Pageau

·        Télévision Suisse Romande, Émission Mise au Point, animateur : Patrick Fischer

·        Lettre expédiée par John Goetelen aux congressistes

 

Conclusion : Les suites au Congrès

 

1. Création d’un observatoire international de la condition masculine

2. Création d’un site Internet universel sur la condition humaine

3. Le prochain congrès international Paroles d’hommes

 

Post-face

 


 

 

 

Préface

 

Un peu d’histoire

 

C’est lors d’une participation au Salon Mednat de Genève en octobre 2002 que John Goetelen[1], directeur de l’École de soins Naturels de Genève, me proposa, après avoir lu mon livre Homme et fier de l’être[2], d’offrir une conférence sur le sujet. De fil en aiguille, nous en sommes venus à donner une ampleur plus grande à cette idée de conférence. D’une soirée, nous sommes passé à une journée consacrée à une rencontre entre hommes. Finalement, nous avons décidé de mettre sur pied non seulement le 1er Congrès International Paroles d’hommes, mais une activité annuelle sur la condition masculine adressée tant aux hommes qu’aux femmes soucieux de l’harmonisation des relations homme-femme et de l’avenir de nos enfants et de notre humanité.

 

Nous avions à peine quelques mois pour organiser un congrès international. Imaginez ! À un certain moment, en décembre, nous avons hésité devant l’ampleur de la tâche à accomplir et nous avons presque failli abandonner. Mais, John et moi, nous nous sommes retroussé les manches et avons foncé. L’enthousiasme des intervenants déjà contacté et l’atmosphère dans laquelle s’est tenu le congrès nous ont convaincu que nous avions bien fait, malgré le déficit financier encouru.

 

Ce congrès s’est donc tenu à Genève les 8 et 9 mars 2003. Contrairement à la croyance de certaines, ces dates n’ont pas été retenues comme provocation à la Journée Internationale des Femmes, même si nous nous doutions que cela ne manquerait pas de soulever certaines réactions. La seule et unique raison du choix de ces dates a été la disponibilité des intervenants, particulièrement du soussigné, alors en tournée européenne de conférences. À preuve, le 2e Congrès International Paroles d’hommes aura lieu au Québec en juin 2004.

 

Nous avons ainsi réuni huit intervenants et une intervenante provenant de la Suisse, du Québec, de la France et de la Belgique. Ils ont présenté leur perception de la condition masculine à une centaine de participants (dont environ 30 % de femmes) provenant aussi de différents pays, surtout de la Suisse et de la France toute proche, mais aussi un participant du Japon.

 

Je tiens à souligner que ce congrès s’est réalisé sans aucune subvention gouvernementale ni aucune aide pécuniaire de quelque organisme que ce soit.

 

Yvon Dallaire

Président et co-organisateur

Édition Option Santé


 

 

 

 

 

Présentation du Congrès

 

 

« Quel homme peut se vanter de n’avoir jamais fait l’objet de ridicule, de critique, de discrimination ou de rejet parce qu’il est un homme ? Depuis l’avènement du mouvement féministe, on constate que les attaques contre les hommes se sont multipliées et que la virulence de ces attaques a atteint des proportions inouïes. Par exemple, on les accuse publiquement d’être des violeurs en puissance, des abuseurs d’enfants, des irresponsables, des insensibles, des incompétents au lit, des êtres qui ne communiquent pas et qui n’expriment pas leurs émotions. En somme, on les accuse d’être la cause de toutes sortes de problèmes dans le couple, la famille et la société. Ou encore on les banalise dans ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent au point de les aliéner. Dans un cas comme dans l’autre, pour les féministes, l’homme représente l’ennemi à abattre ou l’animal à dresser. 

 

Est-ce que l’homme est aussi méchant ou aussi minable que le suggèrent les féministes ? Est-ce que les femmes et les enfants seraient mieux si les hommes disparaissaient de la planète ? L’homme doit-il changer pour se conformer aux attentes de la femme ? La femme doit-elle s’adapter à ce qu’il est ? Qu’est ce qui fait la valeur de l’homme ? C’est quoi être un homme dans le monde d’aujourd’hui ? Quelle est la fonction de l’homme dans le couple ? Dans la famille ? Est-ce qu’un homme peut être heureux en tant qu’homme ? Est-ce que la femme peut être heureuse avec l’homme et, inversement, est-ce que l’homme peut être heureux avec la femme ? » [3]

 

Voilà quelques-unes des questions fondamentales qui ont guidé les organisateurs et les intervenants de ce premier congrès international sur la condition masculine. Nous espérons avoir apporté des réponses ou du moins des pistes de recherche de réponses.

 

Que veut dire « Être homme » aujourd’hui ? La réponse n’est pas simple, ni facile. Continuerons-nous d’être les pourvoyeurs de nourriture et de biens matériels que nous avons été depuis des millions d’années ou découvrirons-nous enfin les multiples possibilités de croissance personnelle, conjugale, familiale et sociale que, justement, nos prouesses technologiques nous donnent et que les saines féministes ont découvertes avant nous, hommes ?

 

Pour nous aider à réfléchir sainement et sous la présidence d’honneur de l’écrivain Paul-Loup Sulitzer[4], nous avons donc construit un programme autour du thème « Quand l’homme reprend la parole… »

 

Programme du congrès

 

Samedi 8 mars

 

09.00:  Ouverture des portes et accueil des participants.

 

09.30:  La femme n'est pas l'avenir de l'homme : deux axes de travail sur la masculinité.

            John Goetelen, naturopathe et directeur pédagogique. Suisse.

 

11.00:  La violence faite aux hommes : mythes et réalité.

            Yvon Dallaire, psychologue, sexologue et auteur. Québec, Canada.

 

12.30:  Pause repas.

 

14.00:  La tendresse suspecte (Pères présumés coupables).

            Oleg Kochtchouk et Raymond Zoller, Mouvement de la Condition Paternelle. Suisse.

 

15.30:  Pourquoi la virilité sociale dépend-elle de la virilité sexuelle ?

            Dr. Willy Pasini, sexologue et auteur. Suisse.

 

17.00:  Pause.

 

17.30:  L'homme battu. Un tabou au cœur du tabou.

            Sophie Torrent, Diplômée en travail et politiques sociales. Suisse.

 

19.00:  Pause repas

 

20.30:  Projection du film Entre père et fils suivie d'un débat. (Soirée réservée aux hommes)

            Serge Ferrand, auteur et réalisateur. Québec, Canada.

 

Dimanche 9 mars

 

09.00:  Ouverture des portes.

 

09.30:  Homme et fier de l'être.

            Yvon Dallaire, psychologue, sexologue et auteur. Québec, Canada.

 

11.00:  Les réseaux d’hommes : quand les hommes parlent.

            Patrick Guillot, Auteur et animateur du Réseau Hommes Rhône-Alpes. France.

 

12.30:  Pause repas.

 

14.00:  Messieurs, cessez d'être gentils et/ou méchants, soyez un homme vrai.

            Thomas d'Ansembourg, auteur, thérapeute, Belgique.

 

15.30:  Projection du film Entre père et fils suivie d'un débat. (Pour hommes et femmes)

            Serge Ferrand, auteur et réalisateur. Québec, Canada.

 

17.00:  Pause.

 

17.30:  Briser le silence qui entoure la cause des hommes.

            Débat avec le public et les intervenants.

 

19.00:  Fin du congrès.

 

 

Au même titre qu’il y a déjà quelques décennies, des femmes et des hommes se sont levés pour mettre de l’avant l’égalité entre les deux sexes à tous les points de vues, autant aujourd’hui des hommes et des femmes reprennent la parole pour dénoncer les exagérations d’un mouvement au départ légitime mais qui est actuellement en train de créer de nouvelles injustices : discrimination positive au travail ; préjugés favorables aux mères en cas de divorce (80 à 92 % des enfants sont confiés à la garde exclusive des mères), fausses allégations de violence, d’agression sexuelle ou d’inceste (40 % selon certaines études) sans possibilité de poursuite pour diffamation ; pensions alimentaires disproportionnées ; forte hausse du décrochage scolaire des garçons ; augmentation effarante de prescription de Ritalin©…

 

Nous nous refusons à accepter que l’homme soit le côté sombre de l’humanité. C’est pourquoi nous avons tenu ce congrès.


 

Première partie

 

L’avant congrès

 

Chapitre premier :

 

Les articles de journaux

 

Le 1er congrès international Paroles d’homme a reçu une excellente couverture médiatique tant avant qu’après le congrès. Des journalistes des deux sexes se sont déplacés pour assister aux présentations ou interviewer les intervenants.  Nous reproduisons ici, avec l’autorisation des auteurs et de la rédaction, les principaux articles de la presse locale que nous avons pu trouver.

 

1. Jeudi, 27 février 2003, Journal Le Temps, un article de Philippe Barraud intitulé :

 

En péril, la condition masculine

va vivre son premier congrès international

à Genève.

 

BLUES. Entre la perte des repères traditionnels et des divorces dévastateurs, les hommes ont du vague à l'âme, et mal à leur identité. Un congrès fera le point le week-end prochain.

 

« Paroles d’hommes », c'est le premier congrès international de la condition masculine. Il se tiendra à Genève les 8 et 9 mars au Forum Sainte-Clothilde de Genève et réunira des orateurs aussi divers que Paul-Loup Sulitzer, Willy Pasini ou encore Yvon Dallaire, auteur d'un livre intitulé « Homme et fier de l'être ».

 

Une position apparemment difficile à tenir aujourd'hui car, selon les organisateurs, l'homme fait l'objet d'une attaque globale en règle, victime des mythes anti-hommes véhiculés par la société comme du féminisme radical, et trop souvent condamné au triste rôle de payeur de pensions alimentaires par des juges indifférents à sa souffrance.

 

Car c'est là, chez les divorcés souvent dévastés par la privation de leurs droits de père, que se recrutent la plupart des croisés de la condition masculine. Ils croyaient avoir une chance devant la justice, et ils en ont pris plein la figure. Classique, hélas. Mais faudrait-il pour autant verser dans la misogynie agressive, comme on peut le voir dans ce chef-d'œuvre qu'est « Magnolia » de Paul Thomas Anderson ? On y voit Tom Cruise, en leader d'un mouvement machiste, prôner devant des hommes frustrés la tactique vengeresse du « séduire et détruire », tout en professant: « The power to the cock ! » – slogan qu'on aura le bon goût de ne pas traduire.

 

Il est vrai que l'organisateur du congrès de Genève, John Goetelen, voix douce et intelligence subtile, est à l'opposé de cette figure de matamore. Il ne veut pas allumer une guerre des sexes, surtout pas, mais rétablir un équilibre qu'il juge rompu.

 

Le Temps : Selon vous, il existe une tendance collective à charger les hommes de tous les maux de la terre. Mais de la part de qui ? La société en général ? Les femmes ?

 

John Goetelen : C'est une tendance générale. On surfe sur une sorte d'hystérie anti-hommes. Par exemple, avec les affaires de pédophilie, on a diabolisé tous les hommes. Il faut redéfinir l'homme par rapport à ses propres schémas personnels. Il y a d'une part un repositionnement social, public, et d'autre part un repositionnement intérieur. Lorsqu'ils ne savent pas gérer leur sensibilité, les hommes ont tendance à réagir soit par la fermeture, soit par l'agressivité. Cela parce qu'ils sont encore imprégnés des schémas dans lesquels ils ont été élevés.

 

– Mais la société tolère assez mal que les hommes expriment leur sensibilité...

 

– C'est vrai. On attend toujours chez l'homme l'image du pourvoyeur de force et de sécurité. On dit certes qu'on voudrait des hommes sensibles, mais en même temps ils n'ont pas vraiment leur place.

 

– A-t-on fait trop de place aux femmes, à votre avis ?

 

– Le dire serait faire un reproche au mouvement féministe, qui a apporté d'excellentes choses, pour les hommes aussi – y compris le changement de certains comportements, comme ceux des « mecs lourds»  (Le Temps du 21 février 2003). Disons qu'il y a eu pendant longtemps une polarisation sur la condition féminine, et l'homme a été un peu oublié. Il l'était depuis longtemps en ce qui concerne la garde des enfants après divorce, il l'a été dans sa propre auto-définition. Et puis, il y a eu dans le féminisme des dérapages qui ont diabolisé l'homme, et l'homme n'a pas assez réagi face à cela. Il y a une tendance anti-hommes qu'il se doit de renverser, car ce n'est bon ni pour lui ni pour la femme, ni pour les enfants – et donc pas bon non plus pour la société.

 

– J'ai l'impression qu'il y a parmi ceux qui vous suivent beaucoup d'hommes blessés par un divorce mal vécu... Est-ce le cas ?

 

– Tout à fait. C'est une bonne partie de notre public de base, des gens qui ont vécu des ruptures, des parentés déniées, des événements qui les ont fortement atteints moralement, affectivement et financièrement. Beaucoup d'hommes sont détruits par ces situations. Il y a une grande souffrance de fond, mais on n'en parle pas.

 

– Mais les responsables de ces situations sont aussi les juges. Mettez-vous en cause le droit tel qu'il existe, puisqu'un homme n'a pratiquement aucune chance d'obtenir la garde de ses enfants ?

 

– Bien entendu. Les juges ont des positions qui datent de la fin du XIXe siècle, une époque où l'homme, révolution industrielle oblige, était peu présent dans sa famille. Or, les juges ne se sont pas adaptés à la situation actuelle, où beaucoup de pères sont plus disponibles et souhaitent exercer leur rôle.

 

– Vous dénoncez des manœuvres visant à dépouiller financièrement les hommes, ou à les charger devant la justice. De quoi s'agit-il ?

 

– Les plaintes pour abus sexuels ont commencé à se multiplier ces dernières années. Au Canada, on estime qu'il y a jusqu'à 40 % de fausses plaintes. À Genève, des affaires récentes ont montré que certaines femmes étaient prêtes à recourir à ce genre de démarche, en surfant sur la vague anti-hommes.

 

– N'avez-vous pas peur de rassembler aussi des gens qui ont seulement envie de donner libre cours à leurs rancœurs, voire à leur misogynie ?

 

– C'est un risque. On ne pourra peut-être pas échapper à certaines rancœurs. Aux États-Unis, il existe des mouvements à tendances machistes. Ce n'est pas mon cas. En tant qu'homme, j'ai envie d'assumer ma complexité. Les schémas classiques ne me satisfont en aucun cas et je n'ai pas envie de les entretenir. L'homme est très perdant s'il se résume à un pénis en érection, à l'agressivité et à la force imperturbable.

 

– Les femmes seront-elles admises au congrès ?

 

– Tout à fait. Il est important pour nous qu'elles puissent être présentes. Il n'y a qu'une soirée qui sera réservée aux hommes, mais qui sera partagée le lendemain. Il s'agit de la projection d'un film sur la relation père-fils et les valeurs qui sont transmises, après quoi ils pourront en débattre ensemble. Le lendemain, les femmes pourront être présentes et participer à la discussion qui suivra cette deuxième projection.          

 

© Le Temps, 2003 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

 

 

         

 

 

2. Le 8 mars 2003. Journal 24 Heures, un article de C. P. intitulé :

             

Entre patriarcat et introspection

Le 1 Congrès international de la condition masculine

a lieu ce week-end à Genève.

           

Choisir les 8 et 9 mars pour tenir le 1er  Congrès international de la condition masculine — avec au menu des thèmes tels que « la femme n'est pas l'avenir de l'homme » — une provocation ? « Une question de disponibilité des orateurs et de la salle », se défend John Goetelen, naturopathe et organisateur du congrès. Un concours de circonstances qui aura tout de même l'avantage de réduire considérablement le risque d'intrusion de féministes en son sein.

 

Le point de départ de ce colloque réside dans le divorce mal vécu de John Goetelen et des nombreux témoignages qu'il a pu entendre dans le cadre de sa profession, des réseaux hommes et du mouvement pour la condition paternelle. L'objectif : aborder la réalité complexe de l'homme, son rôle de père ou les problèmes de garde des enfants lors d'un divorce. John Goetelen souligne d'emblée la multiplication de « fausses plaintes pénales » de la part de femmes contre leurs (ex-) maris pour attouchements sexuels, par exemple, ou l'existence d'une violence féminine « physique ou psychologique » à l'égard du genre masculin. Les hommes, des martyrs ? « L'homme a été culpabilisé à outrance, beaucoup n'osent plus regarder une femme sans se sentir coupables, ni faire preuve de tendresse envers leurs propres enfants sans craindre d'être soupçonnés de pédophilie », déclare le naturopathe. L'autre axe qui lui paraît fondamental : la dimension intérieure de l'homme. « Savoir quoi faire de ses émotions. Il faut repenser les rôles ancestraux et sortir du clivage silence / agressivité. L'homme a besoin de s'affirmer ; en même temps il a peur de ne pas paraître assez fort. » Sur la soixantaine d'inscrits, il y aurait une vingtaine de femmes. Quant à Paul-Loup Sulitzer, président d'honneur, il n'aura vraisemblablement pas l'autorisation de quitter le territoire français, étant sous contrôle judiciaire depuis sa mise en examen dans l'affaire Falcone (vente d'armes à l'Angola). Qu'à cela ne tienne, une femme le remplacera : Mme Sophie Torrent, diplômée du Département de travail social et des politiques sociales de l ‘Université de Fribourg, qui traitera du sujet des hommes battus.

 

© 24 Heures, 2003 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

 

 

         

 

 

3. Un article de Laurence Naef intitulé :

 

Les hommes demandent de reprendre la parole.

Un premier congrès est organisé à Genève

avec « l’homme blessé » Paul Loup Sulitzer

 

Après des années de féminisme, des hommes ressentent le besoin de redéfinir leur identité, leurs rôles dans la société. La place qui, de haute lutte, a pu être en partie reprise par les femmes, n’a pas, parallèlement, permis à l’homme de sortir de son schéma. Résultat : « Ils souffrent et n’osent pas le dire. »

 

Ce constat, qu’il ne faut en aucun cas généraliser, mais qui touche plus de pères et d’époux (et d’ex-époux) qu’on ne le pense, a incité John Goetelen, naturopathe, fondateur de l’École de soins naturels, à organiser un Congrès international de la condition masculine[5]. Premier du genre, il aura lieu les 8 et 9 mars. Le 8 mars, Journée de la femme ? Est-ce une provocation ? « En aucun cas. Ce congrès n’est pas un procès fait aux femmes. Ces dates ont été choisies en fonction des disponibilités des orateurs. »

 

Problèmes concrets

Le thème de la condition masculine est encore entouré de tabous. Cependant, depuis une petite dizaine d’années, des « réseaux hommes » se sont constitués au Canada, en Belgique, en France, en Suiise Iils feront l’objet d’un des thèmes du congrès). Il s’agit de lieux où ils peuvent prendre la parole, eux qui ont tant de difficultés à exprimer leur sensibilité. « L’homme est plus complexe qu’on ne l’imagine, relève John Goetelen. Il a beaucoup de peine à sortir des schémas réducteurs : il n’est ni totalement prince charmant, ni totalement Babe-Bleue. »

 

Si la plupart sont principalement à la recherche d’un équilibre des relations humaines, il ne faut pas cacher que les mouvevements de la condition masculin ont pour origine des problèmes plus concrets. Les conséquences affectives et financières dues aux divorces, les excès d’accusations d’abus sexuels à des fins procédurales, les attaques systématiques d’une grange intégriste du féminisme sont autant de thèmes qui affectent les hommes sans qu’ils n’aient jusqu’ici osé se défendre.

 

Dialogue nécessaire

Ces « pères présumés coupables » feront l’objet d’une intervention lors du congrès par des responsables du mouvement de la condition paternelle en Suisse. « Le père est très vite suspecté, sa tendresse vis-à-vis de ses enfants ne peut plus être naturelle, soutient John Goetelen. Au Québec, par exemple, 40 % des plaintes de femmes pour abus sexuels sont fausses. Les pères se trouvent trop facilement privés de leurs enfants, leurs droits de visite sont souvent effectués sous surveillance même s’il n’y a pas eu de gestes équivoques. L’enfant est pris en otage dans ce type de conflit. »

 

Un film canadien illustrera la relation positive père-fils. « La mère a tout à gagner d’un tel rapport dans lequel l’homme se sent équilibré. Car, pour un enfant, la perte des repères paternels, l’absence d’une image claire, est source de problèmes très complexes qui se traduit souvent par une régression ou un comportement agressif. » L’amélioration du dialogue est donc nécessaire. À ce propos, les femmes seront bienvenues dans l’assistance. « Mais la parole devrait être prioritairement laissée à ceux pour qui ce congrès est organisé. Ainsi le film sera-t-il projeté le samedi pour les hommes seuls et le dimanche pour les deux sexes, avec l’espoir qu’un dialogue constructif s’instaure. »

 

Cette « reprise de parole » publique qu’organise l’Agence Créative de John Goetelen a été conçue avec un psychologue-sexologue canadien, Yvon Dallaire, auteur de Homme et fier de l’être, qui sera présent. Il évoquera le problème de la violence faite aux hommes. Une violence souvent psychologique face à laquelle l’homme ne sait souvent pas trouver de réponse autre que celle qui lui a été imposée par la société : exercer sa propre violence pour ne pas assumer sa sensibilité et pour se montrer fort. Beaucoup d’ambiguïté est issue de ce paradoxe : avec sa force, l’homme est rassurant ; mais peut aussi être dangereux.

 

Président d’honneur, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer viendra (si la justice française lui donne l’autorisation de sortir du territoire, sinon on aura recours à la vidéo-conférence) témoigner de « l’homme blessé » qu’il est devenu depuis ses déboires conjugaux et la perte de sa fortune et de ses enfants.

 

 

         

 

 

4. Un article de Laurence Naef intitulé :

 

S’ils souffrent, qu’ils en parlent !

 

Quoi ? Ces hommes, qui sont toujours très majoritairement aux commandes, osent de plaindre, se poser en victimes ? En apprenant l’existence de ce congrès de la condition masculine, une féministe a envoyé un e-mail à son organisateur, John Goetelen : « Ça y est, les mascculinistes arrivent ! »

 

Évidemment, il y avait danger à se lancer dans une telle initiative. Celui de ne pas être politiquement correct, à l’heure où l’égalité entre hommes et femmes est loin d’être réalisée, la femme n’ayant pas encore gagné les galons qu’elle mérite dans la vie professionnelle. Il n’empêche que, durant toutes ces décennies, au cours desquelles elles ont pu revendiquer une place, s’affirmer, s’exprimer davantage et être écoutées, bien des hommes ont piétiné. Enfermés dans leur rôle, certains se sont laissé déborder, tentant de rester forts et devenant de plus en plus faibles, car incapables d’exprimer leurs besoins.

 

Il y a le macho qui n’a toujours rien compris, le violent qui frappe parce qu’il ne sait pas communiquer ; mais il existe aussi l’homme qui voudrait partager mais qui n’a pas appris à extérioriser sa sensibilité et à gérer ses émotions ; il se vit en déséquilibre. L’inégalité subsiste donc. Mais elle penche, en l’espèce, du côté de ces hommes. Pour que les générations futures ne souffrent pas trop du manques repères – un problème très actuel – il est donc souhaitable qu’ils trouvent la juste mesure de leur force. Ce n’est en effet pas en devenant des victimes qu’ils gagneront en sérénité et atteindront le juste équilibre.

 

Si ce congrès peut aider les participants à mieux se situer dans la société, ce sera tout bénéfice pour les femmes.

 

 

         

 

 

5. Un article de Laurence Bézaguet intitulé :

 

« Je ne suis pas là pour me battre contre eux »

 

« Il est évidemment anormal qu’on prive un père de ses enfants. Je regrette cependant la logique de guerre du premier Congrès international de la condition masculine, qui n’est pas du tout mon mode de fonctionnement ! » commente Fabienne Bugnon, directrice du service pour la promotion  de l’égalité entre homme et femme, depuis le début de l’année. « Je ne nie pas la violence faite aux hommes, mais 90 % des violences sont subies par