1er congrès
international
de la condition masculine
Paroles d’hommes
Quand l’homme reprend la
parole…
Congrès tenu les 8 et 9 mars 2003
Au forum Ste-Clotilde, Genève, Suisse
Les actes du congrès sont publiés par
Les éditions Option Santé
Catalogue avant publication de la
Bibliothèque du Canada
Paroles d’hommes : 1er congrès international de la
condition masculine.
Thème : Quand l’homme reprend la
parole…
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Photographie des auteurs : Érick
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Dépôt légal : 2er trimestre
2003
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ISBN 2-922598-11-X
Distributeurs exclusifs
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Imprimé au Canada et en Europe
« L’homme
est le meilleur ami de la femme,
à condition que l'un comme l'autre
apprennent à se faire respecter.»
Élizabeth
Badinter
Préface : Un peu d’histoire
1. Les articles de journaux
·
En
péril, la condition masculine va vivre son 1er congrès, Philippe
Barraud
·
Entre
patriarcat et introspection, C. P.
·
Les
hommes demandent de reprendre la parole, Laurence Naef
·
S’ils
souffrent, qu’ils en parlent, Laurence Naef
·
Je
ne suis pas là pour me battre avec eux, Laurence Bézaguet
·
À
Genève pour se rebiffer, Michel Noverraz
·
Le
1er congrès d'hommes attire beaucoup de femmes
2. Les réactions féministes
·
Les
courriels reçus
·
Les
articles dans les journaux féministes
·
Un
tract du Collectif Féministes un jour, féministes toujours
·
Une
manifestation anti-congrès
·
Publicité
d’un journal de Genève
3. Les autres réactions
1. Mot de bienvenue et le manifeste de
l’homme, John Goetelen (Suisse)
2. La femme n’est pas l’avenir de
l’homme, John Goetelen (Suisse)
3. La violence faite aux hommes : mythes
et réalité , Yvon Dallaire (Québec)
4. La tendresse suspecte, Oleg
Khochtchouk et Raymond Zoller (Suisse)
5. Pourquoi la virilité sociale
dépend-elle de la virilité sexuelle ? Willy Passini (Suisse)
6. L’homme battu. Un tabou au cœur du
tabou, Sophie Torrent (Suisse)
7. Homme et fier de l’être, Yvon Dallaire
(Québec)
8. Les réseaux d’hommes : quand les
hommes parlent, Patrick Guillot (France)
9. Messieurs, cessez d’être
gentils et/ou méchants, soyez soyez un homme vrai, Thomas
D’Ansembour (Belgique)
10. Le film Entre père et fils, réalisé et présenté par Serge Ferrand (Québec)
11. Débat « Briser le silence qui
entoure la cause des hommes » animé par John Goetelen
1. Les articles de journaux
·
Ceci
n'intéresse pas les hommes
·
Le
1er Congrès de la condition masculine entame des négociations de
paix entre les sexes
·
Les
mâles mis à mal
·
Pauvres
petits mâles…
·
Démonstration
féministe au congrès des hommes
2. Les réactions féministes
3. Les autres réactions
·
Communiqué de John Goetelen à la presse locale
·
Content
d’être un gars, magazine virtuel animé par M. Yves Pageau
·
Télévision Suisse Romande, Émission Mise au Point,
animateur : Patrick Fischer
·
Lettre expédiée par John Goetelen aux congressistes
1.
Création d’un observatoire international de la condition masculine
2.
Création d’un site Internet universel sur la condition humaine
3.
Le prochain congrès international Paroles
d’hommes
Post-face
Un peu d’histoire
C’est lors d’une participation au Salon
Mednat de Genève en octobre 2002 que John Goetelen[1],
directeur de l’École de soins Naturels de Genève, me proposa, après avoir lu
mon livre Homme et fier de l’être[2],
d’offrir une conférence sur le sujet. De fil en aiguille, nous en sommes venus
à donner une ampleur plus grande à cette idée de conférence. D’une soirée, nous
sommes passé à une journée consacrée à une rencontre entre hommes. Finalement,
nous avons décidé de mettre sur pied non seulement le 1er Congrès International Paroles d’hommes, mais une activité annuelle sur la condition
masculine adressée tant aux hommes qu’aux femmes soucieux de l’harmonisation
des relations homme-femme et de l’avenir de nos enfants et de notre humanité.
Nous avions à peine quelques mois pour
organiser un congrès international. Imaginez ! À un certain moment, en
décembre, nous avons hésité devant l’ampleur de la tâche à accomplir et nous
avons presque failli abandonner. Mais, John et moi, nous nous sommes retroussé
les manches et avons foncé. L’enthousiasme des intervenants déjà contacté et
l’atmosphère dans laquelle s’est tenu le congrès nous ont convaincu que nous
avions bien fait, malgré le déficit financier encouru.
Ce congrès s’est donc tenu à Genève les
8 et 9 mars 2003. Contrairement à la croyance de certaines, ces dates n’ont pas
été retenues comme provocation à la Journée Internationale des Femmes, même si
nous nous doutions que cela ne manquerait pas de soulever certaines réactions.
La seule et unique raison du choix de ces dates a été la disponibilité des
intervenants, particulièrement du soussigné, alors en tournée européenne de
conférences. À preuve, le 2e Congrès International Paroles d’hommes aura lieu au Québec en juin 2004.
Nous avons ainsi réuni huit
intervenants et une intervenante provenant de la Suisse, du Québec, de la
France et de la Belgique. Ils ont présenté leur perception de la condition
masculine à une centaine de participants (dont environ 30 % de femmes)
provenant aussi de différents pays, surtout de la Suisse et de la France toute
proche, mais aussi un participant du Japon.
Je tiens à souligner que ce congrès
s’est réalisé sans aucune subvention gouvernementale ni aucune aide pécuniaire
de quelque organisme que ce soit.
Yvon Dallaire
Président et co-organisateur
Édition Option Santé
Présentation du Congrès
« Quel homme peut se vanter de n’avoir jamais fait l’objet de ridicule, de critique, de discrimination ou de rejet parce qu’il est un homme ? Depuis l’avènement du mouvement féministe, on constate que les attaques contre les hommes se sont multipliées et que la virulence de ces attaques a atteint des proportions inouïes. Par exemple, on les accuse publiquement d’être des violeurs en puissance, des abuseurs d’enfants, des irresponsables, des insensibles, des incompétents au lit, des êtres qui ne communiquent pas et qui n’expriment pas leurs émotions. En somme, on les accuse d’être la cause de toutes sortes de problèmes dans le couple, la famille et la société. Ou encore on les banalise dans ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent au point de les aliéner. Dans un cas comme dans l’autre, pour les féministes, l’homme représente l’ennemi à abattre ou l’animal à dresser.
Est-ce que l’homme est aussi méchant ou aussi minable que le suggèrent les féministes ? Est-ce que les femmes et les enfants seraient mieux si les hommes disparaissaient de la planète ? L’homme doit-il changer pour se conformer aux attentes de la femme ? La femme doit-elle s’adapter à ce qu’il est ? Qu’est ce qui fait la valeur de l’homme ? C’est quoi être un homme dans le monde d’aujourd’hui ? Quelle est la fonction de l’homme dans le couple ? Dans la famille ? Est-ce qu’un homme peut être heureux en tant qu’homme ? Est-ce que la femme peut être heureuse avec l’homme et, inversement, est-ce que l’homme peut être heureux avec la femme ? » [3]
Voilà quelques-unes des questions fondamentales qui ont guidé les organisateurs et les intervenants de ce premier congrès international sur la condition masculine. Nous espérons avoir apporté des réponses ou du moins des pistes de recherche de réponses.
Que veut dire « Être homme » aujourd’hui ? La réponse n’est pas simple, ni facile. Continuerons-nous d’être les pourvoyeurs de nourriture et de biens matériels que nous avons été depuis des millions d’années ou découvrirons-nous enfin les multiples possibilités de croissance personnelle, conjugale, familiale et sociale que, justement, nos prouesses technologiques nous donnent et que les saines féministes ont découvertes avant nous, hommes ?
Pour nous aider à réfléchir sainement et sous la présidence d’honneur de l’écrivain Paul-Loup Sulitzer[4], nous avons donc construit un programme autour du thème « Quand l’homme reprend la parole… »
Programme du congrès
09.00: Ouverture
des portes et accueil des participants.
09.30: La femme n'est pas l'avenir de
l'homme : deux axes de travail sur la masculinité.
John Goetelen, naturopathe et directeur pédagogique. Suisse.
11.00: La violence faite aux hommes : mythes et
réalité.
Yvon Dallaire, psychologue, sexologue et auteur. Québec, Canada.
12.30: Pause
repas.
14.00: La tendresse suspecte (Pères
présumés coupables).
Oleg Kochtchouk et Raymond
Zoller, Mouvement de la Condition Paternelle. Suisse.
15.30: Pourquoi la
virilité sociale dépend-elle de la virilité sexuelle ?
Dr. Willy Pasini, sexologue et auteur.
Suisse.
17.00: Pause.
17.30: L'homme battu. Un tabou au
cœur du tabou.
Sophie
Torrent, Diplômée en travail et politiques sociales. Suisse.
19.00: Pause
repas
20.30: Projection du film Entre père et fils suivie d'un débat.
(Soirée réservée aux hommes)
Serge Ferrand, auteur et réalisateur. Québec, Canada.
09.00: Ouverture
des portes.
09.30: Homme
et fier de l'être.
Yvon Dallaire, psychologue, sexologue
et auteur. Québec, Canada.
11.00: Les réseaux d’hommes : quand
les hommes parlent.
Patrick Guillot, Auteur et animateur du Réseau Hommes Rhône-Alpes. France.
12.30: Pause
repas.
14.00: Messieurs, cessez d'être
gentils et/ou méchants, soyez un homme vrai.
Thomas d'Ansembourg, auteur, thérapeute, Belgique.
15.30: Projection du film Entre père et fils suivie d'un débat.
(Pour hommes et femmes)
Serge
Ferrand, auteur et réalisateur. Québec, Canada.
17.00: Pause.
17.30: Briser le silence qui entoure
la cause des hommes.
Débat avec le public et
les intervenants.
19.00: Fin du congrès.
Au même titre
qu’il y a déjà quelques décennies, des femmes et des hommes se sont levés pour
mettre de l’avant l’égalité entre les deux sexes à tous les points de vues,
autant aujourd’hui des hommes et des femmes reprennent la parole pour dénoncer
les exagérations d’un mouvement au départ légitime mais qui est
actuellement en train de créer de nouvelles injustices : discrimination
positive au travail ; préjugés favorables aux mères en cas de divorce (80 à 92
% des enfants sont confiés à la garde exclusive des mères), fausses allégations
de violence, d’agression sexuelle ou d’inceste (40 % selon certaines études)
sans possibilité de poursuite pour diffamation ; pensions alimentaires
disproportionnées ; forte hausse du décrochage scolaire des garçons ;
augmentation effarante de prescription de Ritalin©…
Nous nous
refusons à accepter que l’homme soit le côté sombre de l’humanité. C’est
pourquoi nous avons tenu ce congrès.
Chapitre premier :
Les articles de journaux
Le 1er congrès international
Paroles d’homme a reçu une excellente couverture médiatique tant avant qu’après
le congrès. Des journalistes des deux sexes se sont déplacés pour assister aux
présentations ou interviewer les intervenants.
Nous reproduisons ici, avec l’autorisation des auteurs et de la
rédaction, les principaux articles de la presse locale que nous avons pu
trouver.
1. Jeudi, 27 février 2003, Journal Le
Temps, un article de Philippe Barraud intitulé :
En péril, la condition
masculine
va vivre son premier
congrès international
à Genève.
BLUES. Entre la perte des repères
traditionnels et des divorces dévastateurs, les hommes ont du vague à l'âme, et
mal à leur identité. Un congrès fera le point le week-end prochain.
« Paroles
d’hommes », c'est le premier congrès international de la condition
masculine. Il se tiendra à Genève les 8 et 9 mars au Forum Sainte-Clothilde de
Genève et réunira des orateurs aussi divers que Paul-Loup Sulitzer, Willy
Pasini ou encore Yvon Dallaire, auteur d'un livre intitulé « Homme et fier de l'être ».
Une position apparemment difficile à
tenir aujourd'hui car, selon les organisateurs, l'homme fait l'objet d'une
attaque globale en règle, victime des mythes anti-hommes véhiculés par la
société comme du féminisme radical, et trop souvent condamné au triste rôle de
payeur de pensions alimentaires par des juges indifférents à sa souffrance.
Car c'est là, chez les divorcés souvent
dévastés par la privation de leurs droits de père, que se recrutent la plupart
des croisés de la condition masculine. Ils croyaient avoir une chance devant la
justice, et ils en ont pris plein la figure. Classique, hélas. Mais faudrait-il
pour autant verser dans la misogynie agressive, comme on peut le voir dans ce
chef-d'œuvre qu'est « Magnolia » de Paul Thomas Anderson ? On y voit Tom
Cruise, en leader d'un mouvement machiste, prôner devant des hommes frustrés la
tactique vengeresse du « séduire et détruire », tout en professant: « The power
to the cock ! » – slogan qu'on aura le bon goût de ne pas traduire.
Il est vrai que l'organisateur du
congrès de Genève, John Goetelen, voix douce et intelligence subtile, est à
l'opposé de cette figure de matamore. Il ne veut pas allumer une guerre des
sexes, surtout pas, mais rétablir un équilibre qu'il juge rompu.
Le Temps : Selon vous, il existe une tendance collective à
charger les hommes de tous les maux de la terre. Mais de la part de qui ? La
société en général ? Les femmes ?
John Goetelen : C'est une tendance générale. On surfe sur une sorte
d'hystérie anti-hommes. Par exemple, avec les affaires de pédophilie, on a
diabolisé tous les hommes. Il faut redéfinir l'homme par rapport à ses propres
schémas personnels. Il y a d'une part un repositionnement social, public, et
d'autre part un repositionnement intérieur. Lorsqu'ils ne savent pas gérer leur
sensibilité, les hommes ont tendance à réagir soit par la fermeture, soit par
l'agressivité. Cela parce qu'ils sont encore imprégnés des schémas dans
lesquels ils ont été élevés.
– Mais la société tolère assez mal que
les hommes expriment leur sensibilité...
– C'est vrai. On attend toujours chez
l'homme l'image du pourvoyeur de force et de sécurité. On dit certes qu'on
voudrait des hommes sensibles, mais en même temps ils n'ont pas vraiment leur
place.
– A-t-on fait trop de place aux femmes,
à votre avis ?
– Le dire serait faire un reproche au
mouvement féministe, qui a apporté d'excellentes choses, pour les hommes aussi
– y compris le changement de certains comportements, comme ceux des « mecs
lourds» (Le Temps du 21 février 2003).
Disons qu'il y a eu pendant longtemps une polarisation sur la condition
féminine, et l'homme a été un peu oublié. Il l'était depuis longtemps en ce qui
concerne la garde des enfants après divorce, il l'a été dans sa propre
auto-définition. Et puis, il y a eu dans le féminisme des dérapages qui ont
diabolisé l'homme, et l'homme n'a pas assez réagi face à cela. Il y a une
tendance anti-hommes qu'il se doit de renverser, car ce n'est bon ni pour lui
ni pour la femme, ni pour les enfants – et donc pas bon non plus pour la
société.
– J'ai l'impression qu'il y a parmi
ceux qui vous suivent beaucoup d'hommes blessés par un divorce mal vécu...
Est-ce le cas ?
– Tout à fait. C'est une bonne partie
de notre public de base, des gens qui ont vécu des ruptures, des parentés
déniées, des événements qui les ont fortement atteints moralement,
affectivement et financièrement. Beaucoup d'hommes sont détruits par ces
situations. Il y a une grande souffrance de fond, mais on n'en parle pas.
– Mais les responsables de ces
situations sont aussi les juges. Mettez-vous en cause le droit tel qu'il
existe, puisqu'un homme n'a pratiquement aucune chance d'obtenir la garde de
ses enfants ?
– Bien entendu. Les juges ont des
positions qui datent de la fin du XIXe siècle, une époque où l'homme,
révolution industrielle oblige, était peu présent dans sa famille. Or, les
juges ne se sont pas adaptés à la situation actuelle, où beaucoup de pères sont
plus disponibles et souhaitent exercer leur rôle.
– Vous dénoncez des manœuvres visant à
dépouiller financièrement les hommes, ou à les charger devant la justice. De
quoi s'agit-il ?
– Les plaintes pour abus sexuels ont
commencé à se multiplier ces dernières années. Au Canada, on estime qu'il y a
jusqu'à 40 % de fausses plaintes. À Genève, des affaires récentes ont montré
que certaines femmes étaient prêtes à recourir à ce genre de démarche, en
surfant sur la vague anti-hommes.
– N'avez-vous pas peur de rassembler
aussi des gens qui ont seulement envie de donner libre cours à leurs rancœurs,
voire à leur misogynie ?
– C'est un risque. On ne pourra
peut-être pas échapper à certaines rancœurs. Aux États-Unis, il existe des
mouvements à tendances machistes. Ce n'est pas mon cas. En tant qu'homme, j'ai
envie d'assumer ma complexité. Les schémas classiques ne me satisfont en aucun
cas et je n'ai pas envie de les entretenir. L'homme est très perdant s'il se
résume à un pénis en érection, à l'agressivité et à la force imperturbable.
– Les femmes seront-elles admises au
congrès ?
– Tout à fait. Il est important pour
nous qu'elles puissent être présentes. Il n'y a qu'une soirée qui sera réservée
aux hommes, mais qui sera partagée le lendemain. Il s'agit de la projection
d'un film sur la relation père-fils et les valeurs qui sont transmises, après
quoi ils pourront en débattre ensemble. Le lendemain, les femmes pourront être
présentes et participer à la discussion qui suivra cette deuxième projection.
© Le Temps, 2003 . Droits de
reproduction et de diffusion réservés.
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2. Le 8 mars 2003. Journal 24 Heures,
un article de C. P. intitulé :
Le 1 Congrès
international de la condition masculine
a lieu ce
week-end à Genève.
Choisir les 8 et 9 mars pour tenir le 1er Congrès international de la condition
masculine — avec au menu des thèmes tels que « la femme n'est pas l'avenir de
l'homme » — une provocation ? « Une question de disponibilité des orateurs et
de la salle », se défend John Goetelen, naturopathe et organisateur du congrès.
Un concours de circonstances qui aura tout de même l'avantage de réduire
considérablement le risque d'intrusion de féministes en son sein.
Le point de départ de ce colloque réside dans le divorce mal vécu de John Goetelen et des nombreux témoignages qu'il a pu entendre dans le cadre de sa profession, des réseaux hommes et du mouvement pour la condition paternelle. L'objectif : aborder la réalité complexe de l'homme, son rôle de père ou les problèmes de garde des enfants lors d'un divorce. John Goetelen souligne d'emblée la multiplication de « fausses plaintes pénales » de la part de femmes contre leurs (ex-) maris pour attouchements sexuels, par exemple, ou l'existence d'une violence féminine « physique ou psychologique » à l'égard du genre masculin. Les hommes, des martyrs ? « L'homme a été culpabilisé à outrance, beaucoup n'osent plus regarder une femme sans se sentir coupables, ni faire preuve de tendresse envers leurs propres enfants sans craindre d'être soupçonnés de pédophilie », déclare le naturopathe. L'autre axe qui lui paraît fondamental : la dimension intérieure de l'homme. « Savoir quoi faire de ses émotions. Il faut repenser les rôles ancestraux et sortir du clivage silence / agressivité. L'homme a besoin de s'affirmer ; en même temps il a peur de ne pas paraître assez fort. » Sur la soixantaine d'inscrits, il y aurait une vingtaine de femmes. Quant à Paul-Loup Sulitzer, président d'honneur, il n'aura vraisemblablement pas l'autorisation de quitter le territoire français, étant sous contrôle judiciaire depuis sa mise en examen dans l'affaire Falcone (vente d'armes à l'Angola). Qu'à cela ne tienne, une femme le remplacera : Mme Sophie Torrent, diplômée du Département de travail social et des politiques sociales de l ‘Université de Fribourg, qui traitera du sujet des hommes battus.
© 24 Heures, 2003 . Droits de
reproduction et de diffusion réservés.
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3. Un article de Laurence
Naef intitulé :
Les hommes demandent de
reprendre la parole.
avec « l’homme
blessé » Paul Loup Sulitzer
Après des années de féminisme, des
hommes ressentent le besoin de redéfinir leur identité, leurs rôles dans la
société. La place qui, de haute lutte, a pu être en partie reprise par les
femmes, n’a pas, parallèlement, permis à l’homme de sortir de son schéma.
Résultat : « Ils souffrent et n’osent pas le dire. »
Ce constat, qu’il ne faut en aucun cas
généraliser, mais qui touche plus de pères et d’époux (et d’ex-époux) qu’on ne
le pense, a incité John Goetelen, naturopathe, fondateur de l’École de soins
naturels, à organiser un Congrès international de la condition masculine[5].
Premier du genre, il aura lieu les 8 et 9 mars. Le 8 mars, Journée de la
femme ? Est-ce une provocation ? « En aucun cas. Ce congrès
n’est pas un procès fait aux femmes. Ces dates ont été choisies en fonction des
disponibilités des orateurs. »
Le thème de la condition masculine est
encore entouré de tabous. Cependant, depuis une petite dizaine d’années, des
« réseaux hommes » se sont constitués au Canada, en Belgique, en
France, en Suiise Iils feront l’objet d’un des thèmes du congrès). Il s’agit de
lieux où ils peuvent prendre la parole, eux qui ont tant de difficultés à
exprimer leur sensibilité. « L’homme est plus complexe qu’on ne l’imagine,
relève John Goetelen. Il a beaucoup de peine à sortir des schémas
réducteurs : il n’est ni totalement prince charmant, ni totalement
Babe-Bleue. »
Si la plupart sont principalement à la
recherche d’un équilibre des relations humaines, il ne faut pas cacher que les
mouvevements de la condition masculin ont pour origine des problèmes plus
concrets. Les conséquences affectives et financières dues aux divorces, les
excès d’accusations d’abus sexuels à des fins procédurales, les attaques
systématiques d’une grange intégriste du féminisme sont autant de thèmes qui
affectent les hommes sans qu’ils n’aient jusqu’ici osé se défendre.
Ces « pères présumés
coupables » feront l’objet d’une intervention lors du congrès par des
responsables du mouvement de la condition paternelle en Suisse. « Le père
est très vite suspecté, sa tendresse vis-à-vis de ses enfants ne peut plus être
naturelle, soutient John Goetelen. Au Québec, par exemple, 40 % des plaintes de
femmes pour abus sexuels sont fausses. Les pères se trouvent trop facilement
privés de leurs enfants, leurs droits de visite sont souvent effectués sous
surveillance même s’il n’y a pas eu de gestes équivoques. L’enfant est pris en
otage dans ce type de conflit. »
Un film canadien illustrera la relation
positive père-fils. « La mère a tout à gagner d’un tel rapport dans lequel
l’homme se sent équilibré. Car, pour un enfant, la perte des repères paternels,
l’absence d’une image claire, est source de problèmes très complexes qui se
traduit souvent par une régression ou un comportement agressif. »
L’amélioration du dialogue est donc nécessaire. À ce propos, les femmes seront
bienvenues dans l’assistance. « Mais la parole devrait être prioritairement
laissée à ceux pour qui ce congrès est organisé. Ainsi le film sera-t-il
projeté le samedi pour les hommes seuls et le dimanche pour les deux sexes,
avec l’espoir qu’un dialogue constructif s’instaure. »
Cette « reprise de parole »
publique qu’organise l’Agence Créative de John Goetelen a été conçue avec un
psychologue-sexologue canadien, Yvon Dallaire, auteur de Homme et fier de l’être, qui sera présent. Il évoquera le problème
de la violence faite aux hommes. Une violence souvent psychologique face à laquelle
l’homme ne sait souvent pas trouver de réponse autre que celle qui lui a été
imposée par la société : exercer sa propre violence pour ne pas assumer sa
sensibilité et pour se montrer fort. Beaucoup d’ambiguïté est issue de ce
paradoxe : avec sa force, l’homme est rassurant ; mais peut aussi
être dangereux.
Président d’honneur, l’écrivain
Paul-Loup Sulitzer viendra (si la justice française lui donne l’autorisation de
sortir du territoire, sinon on aura recours à la vidéo-conférence) témoigner de
« l’homme blessé » qu’il est devenu depuis ses déboires conjugaux et
la perte de sa fortune et de ses enfants.
• •
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4. Un article de Laurence
Naef intitulé :
Quoi ? Ces hommes, qui sont
toujours très majoritairement aux commandes, osent de plaindre, se poser en
victimes ? En apprenant l’existence de ce congrès de la condition
masculine, une féministe a envoyé un e-mail à son organisateur, John
Goetelen : « Ça y est, les mascculinistes arrivent ! »
Évidemment, il y avait danger à se
lancer dans une telle initiative. Celui de ne pas être politiquement correct, à
l’heure où l’égalité entre hommes et femmes est loin d’être réalisée, la femme
n’ayant pas encore gagné les galons qu’elle mérite dans la vie professionnelle.
Il n’empêche que, durant toutes ces décennies, au cours desquelles elles ont pu
revendiquer une place, s’affirmer, s’exprimer davantage et être écoutées, bien
des hommes ont piétiné. Enfermés dans leur rôle, certains se sont laissé
déborder, tentant de rester forts et devenant de plus en plus faibles, car
incapables d’exprimer leurs besoins.
Il y a le macho qui n’a toujours rien
compris, le violent qui frappe parce qu’il ne sait pas communiquer ; mais
il existe aussi l’homme qui voudrait partager mais qui n’a pas appris à
extérioriser sa sensibilité et à gérer ses émotions ; il se vit en
déséquilibre. L’inégalité subsiste donc. Mais elle penche, en l’espèce, du côté
de ces hommes. Pour que les générations futures ne souffrent pas trop du manques
repères – un problème très actuel – il est donc souhaitable qu’ils trouvent la
juste mesure de leur force. Ce n’est en effet pas en devenant des victimes
qu’ils gagneront en sérénité et atteindront le juste équilibre.
Si ce congrès peut aider les participants
à mieux se situer dans la société, ce sera tout bénéfice pour les femmes.
• •
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5. Un article de Laurence
Bézaguet intitulé :
« Je ne suis pas là
pour me battre contre eux »
« Il est évidemment anormal qu’on
prive un père de ses enfants. Je regrette cependant la logique de guerre du
premier Congrès international de la condition masculine, qui n’est pas du tout
mon mode de fonctionnement ! » commente Fabienne Bugnon, directrice
du service pour la promotion de
l’égalité entre homme et femme, depuis le début de l’année. « Je ne nie
pas la violence faite aux hommes, mais 90 % des violences sont subies par les
femmes. Elles restent les principales victimes ; 800 plaintes sont
traitées par la police chaque année. Mettre en exergue ces chiffres peut faire
penser qu’on est contre les hommes. Il n’en est rien. Mon rôle est de veiller à
ce que notre service traites toutes les discriminations liées au sexe. Si les
hommes se sentent atteints dans leurs droits, ils seront toujours bien reçus
chez nous. »
« Réseaux de soutien »
À l’aise dans sa nouvelle fonction,
Dame Égalité se réjouit du « bon accueil » que lui ont réservé ses
collaborateurs. La militante écologiste n’entend toutefois pas s’endormir sur
ses lauriers. Elle espère pouvoir donner au plus vite davantage de visibilité à
ce service mal-aimé. Premier test : la toute fraîche publication d’une
brochure intitulée Du côté des femmes
cadres et indépendantes qui relate les problèmes de toutes celles qui
assument des responsabilités professionnelles. Ce document fort instructif sera
présenté, mardi, par le Career Women’s Forum, qui a commandé cette étude[6].
« Notre service a organisé des focus group (ndrl : groupes de
discussion centrés sur un thème précis). Vingt-six femmes y ont participé. Parmi
les problèmes recensés, on relève la mauvaise adaptation des entreprises aux
besoins des mères de famille, en matière d’horaires et de flexibilité, mais
aussi les discriminations salariales et de promotion », souligne Fabienne
Bugnon, grande prêtresse du temps partiel, y compris pour des postes à
responsabilité… travaillant elle-même à 80 %.
Ce ne sont pas des gémissements. Nous
souhaitons encourager les crèches d’entreprises et aider les femmes à s’insérer
dans des réseaux de soutien favorisant l’avancement dans la carrière. Ayant
trop souvent tendance à tout assumer, elles doivent pouvoir compter sur l’appui
de collègues », renchérit la conseillère d’État Martine Brunschwig Graf,
qui prend très au sérieux sa tâche de patronne par intérim du département des
finances, dont fait partie le Service de promotion pour l’égalité.
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6. Le 8 mars 2003, un article de Michel Noverraz, Le Matin, intitulé :
À Genève pour
se rebiffer
La Journée de la femme, c’est
aujourd’hui. Parallèlement, les hommes vont se rebiffer à Genève au cours du
congrès de la condition masculine. Placé sous la présidence d’honneur de
Paul-Loup Sulitzer et organisé par le Mouvement de la condition masculine,
celui-ci s’ouvrira sur un exposé qui résume à peu près tout : « La
femme n’est pas l’avenir de l’homme. » Autres thèmes évocateurs :
« Pourquoi la virilité sociale dépend-elle de la virilité
sexuelle ? » (Pasini), « Homme et fier de l’être »
(Dallaire), « Messieurs, cessez d’être gentils et/ou méchants, soyez un
homme vrai. » (D’Ansembourg)
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7. Un article de Laurence Naef, Tribune de Genève, 07.03.2003,
p. 24.
Le 1er congrès d'hommes attire
beaucoup de femmes
Timide participation pour un programme pourtant
riche durant ce week-end.
Paul-Loup Sulitzer, qui vient de raconter
dans son dernier livre l'homme blessé qu'il est devenu à la suite d'un conflit
conjugal désormais médiatique, ne viendra probablement pas ce week-end au
premier Congrès international de la condition masculine. Président d'honneur de
cette réunion, où les hommes (pères et maris surtout) tenteront de reprendre
une parole que certains estiment avoir perdue dans la société d'aujourd'hui, il
peine à obtenir l'autorisation de sortir de France.
L'organisateur du congrès, le naturopathe
John Goetelen, a rebondi en invitant, si l'auteur ne peut être présent, une
femme. Sophie Torrent, thérapeute et psychologue, traitera d'un thème encore
tabou : les hommes battus.
Le congrès en lui-même est une étape
contre un tabou : celui d'hommes qui se sentent impuissants face à une justice
souvent partiale, qui donne raison aux épouses et aux mères, privant les pères
de leurs enfants. Obligés de se taire pour ne pas exacerber les positions
politiquement correctes, ils disent souffrir de cette situation. Certains
pensent donc qu'il est temps d'en parler.
30 % de femmes
Pour l'heure, une soixantaine de
participants (dont pas moins de 30 % de femmes, ce qui réjouit beaucoup John
Goetelen toujours favorable au dialogue) se sont inscrits pour les deux jours
du congrès, ce samedi 8 et ce dimanche 9 mars. « Nous en espérions une
centaine, en provenance de Suisse romande et de France voisine. Mais beaucoup
sont, paraît-il, engagés dans des mouvements pour la paix, très mobilisés
actuellement, bien sûr, explique John Goetelen. Et puis, les hommes ont encore
de grandes pudeurs à se dévoiler en public. »
Le programme du congrès, auquel on peut participer en
s'inscrivant encore sur place, est riche :
Accueil dès 9 h. À 9 h 30, John Goetelen
ouvrira les débats en parlant de « La femme n'est pas l'avenir de l'homme ».
Suivra le psychologue – sexologue canadien Yvon Dallaire, auteur du livre Homme et fier de l'être. Après le repas,
deux représentants de la Condition paternelle (Suisse) aborderont à 14 h un
sujet particulièrement difficile : la tendresse suspecte, qui envoie de
nombreux pères devant les tribunaux, parfois à tort. Willy Pasini, psychiatre
et auteur, analysera « pourquoi la virilité sociale dépend-elle de la virilité
sexuelle ? » Le repas du soir précédera la projection, à 20 h 30, d'un film
vidéo canadien Entre père et fils,
soirée réservée aux hommes et suivie d'un débat.
Ce film
sera à nouveau projeté le dimanche à 15 h 30. Cette fois, les femmes seront les
bienvenues et le débat qui suivra sera sûrement passionnant aussi. Mais, c'est
déjà à 9h que le congrès reprendra le dimanche. Notons à 11h, une conférence de
Patrick Guillot, qui représente le Réseau Hommes Rhône-Alpes, des
rassemblements d'hommes qui apprennent à exprimer leurs soucis et leurs
souffrances et à partager. À 14h, un thérapeute belge, Thomas d'Ansembourg,
n'hésitera pas à provoquer : « Messieurs, cessez d'être gentils et / ou
méchants, soyez un homme vrai. »
Enfin, à 17h30, le débat final sera
ouvert entre intervenants et public sur le thème : « Briser le silence qui
entoure la cause des hommes. »
Congrès Parole d'hommes, ouvert à tous et
payant : samedi 8 et dimanche 9 mars, dès 9h, au Forum Sainte-Clotilde, avenue
Sainte-Clotilde. Inscriptions possibles pour un ou deux jours ou par
conférence.
Il fallait s’attendre à ce que les
mouvements féministes réagissent à la tenue d’un tel congrès. Elles l’ont fait
de différentes façons : par des articles dans leurs sites Web, par des
courriels, par des commentaires dans les journaux et même par une manifestation
à l’entrée du Congrès, le 8 mars au matin. Certaines de ces réactions sont
compréhensibles et même pertinentes, mais plusieurs nous avaient déjà condamné
avant même que nous ayons commencé à parler, avant même le début du Congrès.
Cette attitude nous pousse à nous poser de sérieuses questions sur les réelles
intentions de ces féministes qui disent vouloir l’égalité et être prêtes à se battre pour l’obtenir. Quant à nous
nous préférons y travailler. Nous avons parfois réagi aux commentaires reçus.
1. Les courriels reçus
• Un courriel reçu le 13
janvier 2003 d’une personne anonyme.
« Je ne me sens aucune
affinité avec ce que vous proposez : Pourquoi rejeter les femmes ? »
- - - - -
« Bonjour,
Curieux votre sentiment que
nous rejetons les femmes, ce n'est ni le thème ni le contenu du congrès. Et
dans la réalité, c'est plutôt l'inverse qui se passe trop souvent.
Mais si vous n'avez pas
d'affinité avec ce thème, pas de problème. »
John Goetelen
« Sachez que les
féministes sont prévenues de vos activités et vont les dénoncer à la
presse. »
C. D.
- - - -
« Bonjour,
J'ai bien reçu votre mail.
Il semble que cela vous choque que les hommes souhaitent parler d'eux-mêmes, de
leurs problématiques, et de ce qui les blesse ou les nie dans la société
actuelle. Pourtant cela me paraît très légitime, et cela peut être propice à
des débats hommes-femmes plus équilibrés.
Que les féministes soient
prévenues de nos activités est normal, car nous ne nous cachons pas, et - que
je sache - ces activités n'ont rien de criminel !...
Vous pouvez les dénoncer à
la presse, je vous remercie d'avance pour la publicité...
Je garde votre mail, dont
le ton est bien étrange, même menaçant, au cas où.... »
John Goetelen
• Un courriel reçu le 12
février 2003 de Belgique.
« La mailing list de
diffusion interne d'Ecolo, Parti politique des Verts francophones belges, a
diffusé l'information concernant le 1er congrès international de la condition
masculine, preuve de l'intérêt que votre démarche suscite dans la sphère
politique également.
Néanmoins,
à la lecture du programme, s'éveille en moi la crainte d'une approche quelque
peu unilatérale : le ton général
étant : « On nous a trop longtemps accusés des pires maux, il nous
faut à présent nous défendre. »
Même si cela est
compréhensible pour une première,
j'aimerais vous suggérer de considérer un sujet particulier sur une base plus
humble : « Comment sensibiliser les hommes au développement durable
? », ceci en acceptant le constat de départ qu'en moyenne, les femmes
s'avèrent plus sensibilisées que les hommes à ce projet global d'équité et
d'économie des ressources planétaires, pour l'avenir des générations futures.
C'est en tout cas ce qui ressort de diverses enquêtes récentes sur les
comportements de consommateurs, sur l'électorat des partis verts, et d'autres
indicateurs qui montrent qu'un fossé se creuse, lentement mais sûrement, entre
les hommes et les femmes dans la sensibilisation au développement durable (si
cela vous intéresse, des données plus précises peuvent vous être fournies). Les
femmes n'ont aucun intérêt à voir s'élargir ce fossé, que du contraire. Elles
seraient donc ravies de voir les hommes se mobiliser plus massivement pour ce
concept, mais aussi et surtout pour ses implications quotidiennes et concrètes
: soit des changements de comportements de consommation, pour privilégier le mieux être et non plus le plus avoir, une autre forme de mobilité
(préférer le vélo ou le tram à la voiture !), l'orientation vers des projets
professionnels prenant mieux en compte les dimensions sociales et
environnementales, etc.
Je reste à votre
disposition pour une réflexion plus en profondeur sur ce sujet dans la
perspective de votre congrès, et vous souhaite bonne chance dans son
organisation.
A.B.
- - - - -
« Bonjour A.B.
Loin de nous l'intention de
continuer le combat engagé par les féministes pures et dures qui accusaient et
accusent encore (j'ai de nombreux écrits qui le démontrent) l'homme d'être
responsable de tous les maux vécus par les femmes et qui, dans ce discours, se
déresponsabilisent et se mettent sur le mode réactif.
Notre intention vise plutôt
l'harmonisation des relations homme-femme dans le respect de leurs différences
et de leurs priorités respectives. Nous ne cherchons nul coupable, mais nous
refusons toutefois de devenir semblables. Les hommes ont eu et continuent
d'avoir un apport positif pour le couple, la parentalité, la vie en société et
l'évolution de l'humanité, quelques soient les dérapages du passé. Nous
voulons, par notre congrès, mettre l'accent sur ces apports bénéfiques. Nous
voulons arroser les fleurs et non les mauvaises herbes. La préoccupation
écologique que vous manifestez vous honore.
Au plaisir de vous revoir
lors de la Foire du livre de Bruxelles et de poursuivre cette discussion avec
vous. »
Yvon Dallaire
• Autre courriel de F. S.
reçu le 28 janvier
« Bonjour,
Ai-je bien lu ? « Pour
la première fois, des hommes auront l'occasion de réfléchir publiquement sur la
situation des hommes.... » Élargissez votre culture : je vous recommande
une grande partie de la philosophie, des débats politiques de 1789, de ceux des
diverses chambres des députés (y compris lorsqu'elles deviennent
« mixtes »), une bonne partie de la littérature occidentale, et j'en
passe…
Vouliez-vous plutôt dire :
« Pour la première fois depuis que le mouvement des femmes a donné
l'occasion de réfléchir autrement ... «
Bien amicalement, en
particulier à ceux d'entre vous qui auraient participé à un atelier informel
(Men networking) lors du colloque women's studies de Dublin (1986? 87?), où la
réflexion était moins publique, peut-être, que les « lectures »
largement suivies par la presse ce jour-là, mais bien intéressante. En particulier sur la violence (il y avait
des hommes venant de Suede, du Canada, d'Allemagne, etc), et en ces temps de
bruits de botte, nous ne serons jamais assez pour préserver la paix. »
2. Les articles dans les
journaux féministes
• Un article paru dans le
bimensuel du Journal Solidarité du 22-26 février 2003.
(de plaisirs,
de vie quotidienne, de travail, de luttes, etc.)
Vous sentez-vous concernés
par ce « premier congrès de la condition masculine » qui se tiendra à
Genève les 8 et 9 mars 2003 ?
Nous, les féministes, nous
nous sentons provoquées. Le choix de la date, l’annonce des thèmes, les choix
des conférenciers ne nous laissent pas dupes. Nous savons que ce congrès est
organisé par un mouvement d’hommes qui s’opposent aux féministes et aux acquis
de nos luttes.
Tant parmi les féministes
de Lausanne, qu’au Collectif de Genève et qu’au Conseil des Femmes de Carouge,
nous avons discuté : faut-il réagir ou méprisé ? Et comment réagir ? Des
activistes préparent des projets d’actions, tandis que certaines femmes
haussent les épaules et refusent de marcher dans le jeu. D’autres encore
veulent freiner les actions, espérant que peut-être « certains hommes
attirés par ce congrès se posent sincèrement des questions »…
Justement, ne serait-ce pas
plutôt à vous, les hommes qui sont à nos côtés lors de nos manifestations,
d’investir ce congrès et de dire votre solidarité avec le mouvement féministe,
ne serait-ce que par un tract ? Juste une petite suggestion de la part de vos
compagnes et copines…
Nous savons qu’il a existé
ou existe encore des groupes d’hommes qui réfléchissent à la construction
sociale de leur masculinité dans le cadre d’une société capitaliste et
patriarcale qu’ils combattent, tels les « Mâles barrés » à Lausanne
(mathieu.carnal@epfl.ch), le réseau
des hommes proféministes lancé par Daniel Welzer-Lang à Toulouse (dwi@univ-tise2.fr), quelques groupes de
paroles à Lyon et qu’un camp « anti-patriarcat » réunissant
féministes et hommes engagés a été organisé il y a quelques années en Arlège
(cf l’article de Léo Thiers-Vidal dans le dernier numéro de NQP « Répertoire du
masculin »).
Le féminisme a-t-il vraiment « fragilisé » les
hommes ? Ne vous a-t-il pas au contraire ouvert de nouvelles perspectives de
vie quotidienne et de révolutions ? Comment les rapports sociaux de sexe
changeraient-ils si la société reste patriarcale ?
Bref, la question
« Quel gendre d’hommes voulez-vous devenir dans une société nouvelle
? » pourrait être un thème de discussion intéressant…
(Ce texte, signé par 11 femmes
qui se définissent comme féministes, circulait parmi des féministes à la
recherche de signatures)[7].
• Un autre article paru dans le bimensuel du
Journal Solidarité au début mars 2003.
Le 1er Congrès international
de la condition masculine pose peut-être certaines questions pertinentes. Entre
autres sur le rôle social de l’homme, son identité, sur la paternité. Ce qui
l’est moins, c’est la logique pour le moins belliqueuse[8]
de l’appel au congrès. Attention, restez assises ! Tout d’abord, le choix de la
date est douteux ; pourquoi avoir choisi la journée des femmes ? Parce que ce
jour, on sera toutes occupées et eux feront leur congrès dans leur coin sans
nous soutenir, évidemment ?! À moins qu’il ne s’agisse de pure provocation. Si
bien les hommes souffrent-ils aussi, est-il utile de se positionner contre les
féministes ? Plus loin, le communiqué des « masculinistes » victimise
les hommes à outrance, arguant même qu’il y aurait dans les prisons 40 %
d’hommes innocents en raison de plaintes mensongères… surréalistes ! Il y aurait
même une quantité d’hommes dépouillés de leur argent et de leur dignité par des
femmes parfois organisées en bandes à cet effet ! Pour finir, je cite le clou
de l’appel : « Comment réagir aux excès du féminisme dur et au
sexisme anti-hommes ? Comment tordre le cou aux mythes anti-hommes ? » On
ose à peine comprendre. D’ici à notre journée du 8 mars, préparons-nous à
l’offensive anti-féministes !
Du même goût : www.sos-divorce.org ainsi que le numéro
49 hors-série du Nouvel Observateur consacré à « l’aventure de la
paternité ». (cp)
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3. Un tract féministe
Feuille volante distribuée par le Collectif « Féministes un jour, féministes toujours, Genève, 8 mars 2003.
« Premier congrès de la condition masculine » ou grossière
provocation misogyne ???
C’est la date du 8 mars, Journée
internationale des femmes, que les organisateurs du « Premier congrès de
la condition masculine » ont choisi pour appeler les hommes à
« reprendre la parole » (sic). Ils l’avaient donc perdue ???
Et lorsque ces hommes-là
« reprennent la parole », voici ce que ça donne :
« Combien d’hommes
dépouillés de leur argent et pire, de leur dignité, par des femmes parfois
organisées en bandes dans ce but ? »
« Aujourd’hui, combien d’hommes innocents sont en
prison à cause de plaintes mensongères et de juges partiaux (au Québec, par
exemple, 50 % des plaintes de femmes sont fausses.) »
Ce genre de propos grotesques n’aurait guère
mérité davantage qu’un éclat de rire s’ils n’étaient révélateurs d’un retour
dans l’opinion de positions ouvertement misogynes qui n’osaient plus s’exprimer
aussi grossièrement ces dernières années.
Vous pensiez que les
femmes étaient les victimes de la violence masculine ? (Les statistiques 2001
sur l’aide aux victimes en Suisse montrent que 72,5 5 des victimes ayant
consulté un centre d’aide aux victimes étaient des femmes et que 79,9 % des
auteurs étaient des hommes.) Et bien, vous vous trompiez… Qu’importent les
statistiques : les hommes seraient les victimes de la violence des femmes
!
Vous pensiez que les
femmes étaient victimes de l’inégalité salariale persistante ? (En Suisse, les
salaires féminins sont encore de plus de 20 % inférieurs en moyenne aux
salaires masculins.) Vous deviez être sûrement victime d’un des nombreux
« mythes anti-hommes » !
Vous pensiez que le
sexisme et la discrimination étaient des phénomènes encore massivement dirigés
contre les femmes ? Détrompez-vous : il paraît ques les hommes sont
« globalement attaqués », victimes du sexisme et mes mythes
anti-hommes, bref, qu’aujourd’hui les hommes sont « blessés », comme
viendra l’expliquer sans rire Monsieur Paul-Loup Sulitzer…
À l’heure où des
points de vue ouvertement réactionnaires, qu’ils soient racistes, xénophobes,
homophobes ou misogynes s’expriment de plus en plus ouvertement, nous n’avons
pas voulu laisser passer cette provocation sans réaction aucune. Car
souvenez-vous : le silence des
femmes, c’est le pouvoir des hommes !
La seule chose que ce « premier congrès de la condition
masculine » aura réussi à prouver (merci Messieurs !), c ‘est que le
combat féministe, loin d’être terminé, est plus que jamais d’actualité…
- - - -
Commentaires de John
Goetelen et Yvon Dallaire.
Ce tract constitue
une belle démonstration des obstacles à surmonter afin d’arriver à un discours
harmonieux entre les hommes et les femmes :
« Vous, les
hommes, avez de mauvaises intentions et vous êtes des provocateurs. »
« C’est nous
les victimes, pas vous. Et vous, vous êtes tous des agresseurs. »
« Si vous
n’êtes d’accord avec nous, si vous avez des points de vue différents, si vous
ne croyez pas NOS statistiques… en fait si vous êtes différents de nous, vous
êtes de grossiers provocateurs, de grotesques réactionnaires, des gens
risibles, des menteurs, des misogynes… »
« Tout ce que
vous voulez, c’est nous dominer. »
Et nous qui voulions
enfin « communiquer » avec elles et dire qui nous sommes et comment
nous nous sentons ! C’est pourtant ce qu’elles nous demandent, non ? Qui a dit
« combat » ?
1.
Une
manifestation anti-congrès (Voir Serge)
Une dizaine de
femmes habillées de tchador noir et silencieuses paradaient devant l’entrée du
Forum Sainte-Clothilde où se tenait le congrès. Elles tenaient des pancartes et
distribuaient aux participants des sachets de papiers mouchoirs sur lesquels
étaient inscrites les différents slogans suivants :
Elles firent
leur manifestation de façon pacifique et disparurent une fois le congrès
commencé.
5. Voici la
publicité, telle quelle, qu’un quotidien romand de Genève a placardée sur ses
boîtes distributrices de journaux le matin du 8 mars à Genève :
de la femme
Les vrais
mâles
n’existent
plus
Deuxième partie
Les textes du congrès[9]
1. Mot de bienvenue de John Goetelen À développer
À l'approche du 1er congrès
international de la condition masculine Paroles
d’hommes, voici quelques éléments de réflexion qui circulent sur le net.
John Goetelen
Le nouveau
manifeste des hommes
I. Les hommes sont beaux.
La masculinité affirme et soutient la vie. La sexualité masculine génère la
vie. Le corps masculin a le droit d'être nourri et protégé.
II. La valeur d'un homme ne
se mesure pas à ce qu'il produit. Nous ne sommes pas nos professions. Nous
avons besoin d'être aimé pour ce que nous sommes. Nous gagnons de l'argent pour
soutenir la vie. Notre réel défi, notre aventure, ce qui rempli nos vies est la
création de notre âme.
III. Les hommes ne sont pas
fêlés par nature. Nous ne devenons destructifs que lorsque notre masculinité
est endommagée. La violence naît de la peur et du désespoir, non d'une
authentique masculinité.
IV. Un homme n'a pas à se
définir selon une conception restrictive, imposée par la société, de ce que
c'est que de devenir un homme. Il existe nombre d'images, anciennes et
modernes, d'hommes guérisseurs, protecteurs, amants et partenaires des femmes,
en contact avec la nature. Voilà comme nous sommes dans notre for intérieur :
fêteurs de la vie, moraux et forts.
V. Les hommes n'ont pas
besoin ou ne veulent pas devenir des femmes. Les femmes peuvent aider en
laissant aux hommes espace et temps, pour changer, pour croître, pour
redécouvrir leur profonde nature masculine. Les femmes peuvent aider les hommes
à se guérir en cherchant et en affirmant ce qui est bon en eux.
VI. La masculinité n'exige
pas le déni des sentiments. Les hommes ont le droit d'exprimer tous leurs
sentiments. Dans notre société, ceci exige courage et le soutien des autres.
Nous commençons à mourir, comme êtres humains, lorsque nous craignons de dire
ou d'agir selon ce que nous ressentons.
VII. Les hommes ne sont pas
que des rivaux. Les hommes sont des frères. Il est normal que nous coopérions.
Nous trouvons forces et appuis en nous disant la vérité - d'homme à homme.
VIII. Les hommes ont droit
à l'égalité avec les femmes, en ce qui concerne la garde des enfants, les
appuis financiers, l'aide gouvernementale, l'éducation, la santé et la
protection contre toutes formes d'abus. Les pères ont la même habileté que les
mères à éduquer leurs enfants.
IX. Les hommes veulent
être, entre toutes choses, des partenaires égaux aux femmes. Comme les hommes
apprennent à traiter équitablement les femmes, ils exigent que les femmes
travaillent aussi à créer un partenariat équitable.
X. La vie des hommes à été trop
restreinte. Nous avons le droit d'avoir tort, d'être irresponsables,
imprévisibles, idiots, contradictoires, apeurés, indécis, expérimentaux, peu
sûrs de nous-mêmes, visionnaires, lascifs, paresseux, gras, chauves, espiègles,
féroces, irrévérencieux, magiques, sauvages, peu pratiques, hors de
l'ordinaire, et autres choses encore que nous ne sommes pas censés être.
Knights Without
Armor (Chevaliers sans armure)
Aaron R. Kipnis, édité par
Jeremy P. Tarcher, Inc.
(traduit de l’anglais par
Gérard Pierre Lévesque)
2. La femme n’est pas l’avenir de l’homme, John Goetelen
J’ai parfois été tenté d’être
un prince charmant. Un jour j’ai compris: c’est un leurre. Déjà, je suis d’une
famille où les femmes dominent depuis trois générations. Alors, le prince, le
roi, le patriarche, n’étaient pas mes familiers.
Le prince charmant: machine à
tuer l’amour. La belle au bois aussi. Images rêvées qui nient le réel. Bien des
femmes rêvent d’un homme sensible mais se marient avec un homme sûr, si
possible riche. Le voici le prince: pourvoyeur d’argent et de tout, à leurs
pieds. Le fantasme devient réel dans leurs rêves. Et nous, hommes, figés dans
ce rêve, devenus objets de ce rêve. Je ne veux pas être un objet. Pas être un
homme-objet.
Je n’ai pas toujours été aussi
cadré que maintenant. J’ai cherché mes repères, pris des leçons de la vie. Me
suis analysé. De cela je ne vous donne pas le contenu, c’est mon voyage, je me
protège des langues assassines. J’ai fait des erreurs et je porte des essaims
de manques. Je n’avais pas tout. Mais avec courage et idéal j’ai construit mon
chemin.
Ce prince, lui, offre tout
parce qu’il a tout. Lourd, l’héritage de l’homme. L’homme fournit, la femme
ouvre son lit. Non, ce n’est pas si simple, mais quand-même, parfois... C’est
cru - aussi cru que les hommes qui paient des prostituées - la prostitution
c’est encore l’homme qui paie - en prince pourvoyeur déchu, réduit à son pénis.
Les petites Cendrillons
n’épousent pas le fils de l’ébéniste. La Vierge l’a fait. Elle est devenue un
mythe: la femme qui n’a pas besoin de l’homme, qui devient enceinte sans lui.
Ultime exclusion de l’homme! Elle a son fils, sa propriété. Joseph n’a pas mis
sa marque, son sperme. Peut-être que le sang n’a pas de valeur. Le fils est
tout à elle, elle lui passe tout, il est le roi. Elle vit pour lui et par lui.
Maternité pathologique de Marie pour Jésus. Déni de l’éducation et de la
présence du père.
Marie, modèle insoutenable.
Déni de l’homme, toute puissance de la femme, icone d’une société matriarcale
qui n’ose pas dire son nom. On laisse l’homme devant, pour prendre les coups.
Et la femme gagne tout, elle divorce et l’homme paie pour ne plus voir ses
enfants. Cette garde automatique à la mère, société matriarcale. Comme si la
mère était forcément parfaite et meilleure éducatrice que l’homme. Quand la
femme tue, éventre, vend ses enfants, les excise, les mutile pour mendier, les
étouffe, les utilise pour se rassurer, quand elle satisfait sa voracité
d’existence et de pouvoir avec ses enfants, elle a toujours des excuses.
L’homme jamais. Quand une fillette est abusée, c’est l’horreur (et c’est
l’horreur, évidement). Quand un garçon est abusé, cela touche moins, beaucoup
moins. Pourquoi?
Femme, maîtresse des enfants,
maîtresse du monde. Les hommes sont formés par des femmes, est-ce bien
raisonnable? La vierge et les anges sont des leurres pour cacher le réel. La
vérité est ailleurs : la femme n’est pas l’avenir de l’homme. Et tant pis
pour le poête démagogue.
Le prince charmant a été
inventé pour les femmes. Il est tout ce qu’elles attendent. Il est leur rêve et
leur objet. Que d’espoirs défaits à cause de ce rêve. Que de déceptions
inévitables. Que d’inaccomplissements à travers ce rêve. En lui, tout est
possible, beau, parfait, calme, réalisé. Mais voilà, dans la vie c’est
différent. Les ajustements des relations passent autant par convulsions que par
grâce et intelligence. Le prince charmant, machine à tuer l’amour, la vraie
rencontre.
L’homme a deux gros chantiers
devant lui: reconstruire son image et sa présence au monde. Et déraciner le
mécanisme de sa propre violence, diriger son énergie.
Le prince charmant, s’il fait
rêver des femmes, ne sert à rien aux hommes. Qu’à les conduire dans la
confusion. Il sera absent de ces chantiers. Qui’il reste dans les esprits
immatures : nous n’avons plus besoin de lui.
Ou alors, ce prince devra changer :
d’image réductrice il devra devenir homme, dans tous ses aspects. S’assumer
avec sa force et son incomplétude. Se tenir debout pour évoluer, non plus en
pourvoyeur ou substitut de père, mais en partenariat avec la femme. L’homme,
prince ou mendiant, ne se fait pas seul : il se fait à deux. La femme a ce
pouvoir : en acceptant l’homme tel qu’il est sans le rêver, sans tout attendre
de lui, elle lui facilite le fait de s’ouvrir, d’avancer plutôt que se
retrancher sans ses atavismes culturels. La femme n’est pas l’avenir de
l’homme, mais elle entre en partenaire dans son présent. Le couple qui dure
peut être un espace d’accomplissement pour la femme et l’homme.
3. La violence faite aux hommes, Yvon Dallaire
Pour moi et pour la majorité des
intervenants, toute violence conjugale, sauf celle mettant en jeu des
psychopathes ou des sociopathes (2 à 3 % de la société) est la conséquence
d’une schismogenèse[10]
complémentaire. La schismogenèse complémentaire signifie qu’à l’action de l’un
correspond une réaction inadaptée de l’autre. Par exemple, il est démontré que
l’homme réagit de façon physiologique à une situation de confrontation beaucoup
plus rapidement que la femme. Ce qui amène de plus en plus de psychologues à
dire que l’homme est plus sensible que la femme. Lors de discussion
« émotive » avec sa partenaire, la tension artérielle de l’homme
augmente rapidement, son pouls s’accélère, ses muscles se contractent, il
sécrète de l’adrénaline… : il éprouve un malaise physique, il se sent de
plus mal à l’aise. La réaction instinctive de l’homme devant un stress qu’il ne
peut vaincre est de se retirer, de le fuir. Ce qui fait problème c’est que ces signes
physiologiques augmentent chez la femme au moment où l’homme veut mettre fin à
la situation, lorsqu’il se retire. C’est lorsque l’homme se referme ou fuit que
la femme, à son tour, se sent mal.
L’homme, qui veut retrouver la paix de
son esprit, se débat pour se retirer de la situation stressante, en
l’occurrence la discussion qu’il a avec sa partenaire, discussion qui
l’implique èmotivement. La femme, dont la source de frustration est la perte de
la relation, se débat pour garder l’homme avec elle. Il veut fuir, elle le
retient. Plus elle le retient, plus il se sent pris et veut fuir. Nous nous
retrouvons dans un cercle vicieux qui aboutit dans la violence, d’abord
verbale, puis physique. Notre cerveau judéo-chrétien, notre cerveau binaire,
cherche alors UN coupable et UNE victime. Qui est responsable de la violence
consécutive ? Non seulement on fait ça, mais en plus, on occulte la
violence de l’une pour mettre de l’avant la violence de l’autre. Alors que les
deux sont partenaires de cette violence. En général, lorsque l’on tient ce
discours de responsabilisation des deux protagonistes, les féministes radicales
s’objectent. Elles refusent le discours qui responsabilise les deux membres du
couple à l’origine de la schismogenèse complémentaire.
Si en tant que femme, je sais et je
sens que mon partenaire a besoin de se retirer pour se calmer et revenir, une
fois calmé, faire la paix et même faire l’amour et que j’accepte cette façon
masculine de faire les choses, la situation ne devient pas conflictuelle. Mais
si, toujours en tant que femme, je refuse cette réaction et que je tiens
absolument à régler le problème à la source de la confrontation, c’est-à-dire
en parler, et peut-être après faire l’amour, le cercle vicieux continue :
l’homme se sent à nouveau attaqué puisque c’est lui qui est mis en cause et
veut à nouveau éviter le malaise en se fermant ou en fuyant. Ce qui augmente la
frustration de sa partenaire, et ses récriminations.
Évidemment, l’homme peut aussi réagir
de façon mieux adaptée s’il sait minimiser le danger que ses réactions
physiologiques instinctives lui annoncent : c’est la femme (qui l’aime et
qu’il aime) qui lui exprime ses doléances dont il n’a pas à se sentir ni
responsable, ni attaqué. S’il sait en plus que les femmes trouvent un grand
soulagement dans l’expression de ses états d’âmes, il aurait grand avantage à
se mettre sur le mode « écoute » plutôt que sur le mode
« réaction défensive ».
Concernant la violence conjugale, il
nous faut une approche sans coupable qui responsabilise les deux protagonistes.
Pour se disputer, il faut être deux. Remarquez que parfois, on se dispute avec
soi-même. Mais dans un couple, les deux participent à la dispute. Et le jeu
préféré des couples, le jeu dans lequel tous les couples excellent est : qui
a raison, qui a tort. Le 2e jeu préféré des couples est : qui a
commencé. Quand la supposée victime se met dans une situation de réaction,
plutôt que dans une situation d’action, il est alors plus facile d’accuser
celui qui a agi. Si l’action faite est positive, on traite alors la personne
agissante de héros ; si l’action faite est jugée négative, alors la
personne agissante devient un zéro.
Quand j’ai commencé à m’intéresser à la
violence conjugale, j’ai essayé de trouver des statistiques. J’en ai trouvé
beaucoup sur la violence des hommes envers les femmes. Je me suis rappelé,
dans ma formation en psycho au début des années 70, d’une recherche effectuée à
Winnipeg, au Manitoba (Canada) disant qu’il y avait autant de femmes violentes
que d’hommes violents, autant d’hommes battus que de femmes battus. J’ai eu
énormément de difficultés à la retracer ; j’ai parlé à mes collègues
psychologues, sociologues, universitaires en leur demandant s’ils avaient des
chiffres concernant la violence féminine faite aux hommes. J’ai eu besoin de
deux ans de recherches avant de trouver des études valables sur le sujet. Pas
des rapports subjectifs comme la majorité des études qui est rapportée
actuellement. Par exemple, basé sur les rapports de police, il y aurait de 12 à
15 femmes battues pour un homme battu. Pourquoi ? Parce que les hommes ne
vont pas à la police. Pourquoi ? Parce qu’on va rire de lui, on va
l’arrêter ou lui dire qu’il doit mériter le traitement qu’il a reçu. Il doit
certainement avoir fait quelque chose de vraiment pas correct pour avoir mérité
un coup de rouleau à pâte sur la tête. Mais non, la femme est douce. Pourtant,
tous les femmes qui suivent des cours d’auto-défense sont surprises de
constater la force, si non la violence, qui existe en elle.
J’ai finalement trouvé une centaine
d’études qui parlent de violence féminine. Et j’ai décidé, en préparation de ma
présentation ici, de faire un diaporama que je vous propose de visionner en
silence. Je l’ai construit autour de phrases : une phrase décrivant le
préjugé et une autre la réalité tel que démontré par ces études. Je vous ai mis
ce qu’on croit et ce que la science a découvert. Je vous demande de rester en
contact avec ce que vous allez ressentir tout au long de la projection du
diaporama, avec vos réactions probablement d’incrédulité, peut-être de colère,
de tristesse. Ensuite nous pourrons les partager.
(Diaporama ci-joint ou ci-après)
La discussion qui s’ensuit est
malheureusement inaudible. Mais mon souvenir est que tous et toutes sont
réceptifs à l’idée de la co-responsabilisation dans les situations de violences
conjugales. On soulève le fait que les médias font de la violence masculine la
Une et minimise la violence féminine, lorsqu’ils ne l’excusent pas par des
situations où la femme était en situation d’auto-défense ou
« transportée » par des dérèglements hormonaux. Voici tout de même
certains passages de la discussion qui suivit.
Serge Ferrand : « Je connais des
journalistes à Montréal qui n’osent pas parler de la violence féminine dont ils
sont témoins, car s’ils osaient, ils se feraient virer. Donc, ils se
taisent. »
Un participant : « Les médias
sont-ils inconscients ou décident-ils délibérément de taire la violence
féminine ? »
Un participant : « On
n’accepte pas la violence physique, mais qu’en est-il de la violence verbale
qui est souvent beaucoup plus destructrice, et dont les femmes sont
expertes ? »
Plusieurs participants ont émis l’idée
que la violence conjugale devrait relever de la chartes des droits de l’homme
et qu’on devrait appliquer cette charte à tous, homme ou femme.
Yvon Dallaire : « En
terminant, j’aimerais dire que toute violence, quelle soit physique, verbale,
sexuelle ou économique, est inacceptable, quelle origine de l’homme ou de la
femme. Et comme le dit si bien Sophie Torrent, chacun est responsable de ne pas
émettre de violence et de ne pas accepter que de la violence soit émis à son
endroit. Merci.
4. La tendresse suspecte, Oleg Kochtchouk
Il y a encore deux ans, j’étais un citoyen
helvétique véritablement confiant dans les institutions de notre bon canton de
Genève (et quand j’entendais des histoires de pères spoliés, je pensais que
c’était exagéré ou pour l’étranger). Et puis voilà que je me suis trouvé plongé
dans un divorce conflictuel, j’ai réalisé très vite, que j’étais d’une naïveté frisant l’imbécillité selon
certaines de mes connaissances (merci les amis !). Et c’est cette prise de
conscience tardive (il n’est jamais
trop tard) qui fut l’une des raisons qui m’ont poussé à me lancer dans
l’écriture d’un livre sur le thème des enfants et des pères divorcés.
L’autre raison fut de constater,
qu’hormis quelques cas, il y avait une passivité surprenante, de la part des hommes,
ces hommes pourtant très actifs au point de vue professionnel. Un silence assourdissant face à l’inapplication des droits des pères et
du droit des enfants à avoir un père.
Paradoxalement, je relèverai au passage
l’intérêt extrêmement louable que portent de nombreuses femmes, féministes responsables,
à ce problème.
Je me suis aperçu aussi que les problèmes
que nous rencontrons aujourd’hui, dans le cadre de l’arbitraire qui frappe les enfants et les pères lors des
séparations de couples, ces problèmes découlent en fait d’une certaine
conception de la société, que je qualifierai de désuète.
Et je vous prierai de retenir les termes
d’arbitraire et de désuet. Ce sont ces deux mots qui
servent de structure à ma conférence Je crois qu’il est, malheureusement, tout
à fait légitime d’employer le terme d’arbitraire.
En effet, avant de me lancer dans cette étude, je n’aurais pas utilisé le mot
arbitraire. Aujourd’hui j’affirme qu’il est pertinent.
Nous pouvons constater qu’en Suisse, en
1999, 90 % des enfants étaient attribués à la mère, lors des divorces ; à
Genève, 95,3%.
La loi sur le divorce a changé en Suisse
depuis l’an 2000, mais si nous n’avons pas de statistiques précises depuis,
nous pouvons remarquer, dores et déjà, à travers les avocats, les associations,
les psychologues, que si la loi a changé, ce n’est pas le cas des
pratiques…
Il semblerait qu’il y ait un peu de
gardes partagées en cas d’accord des parents, mais le processus d’éradication de la paternité bat son
plein.
Et pas seulement en Suisse, n’est ce
pas ? Je vous rappelle qu’au début de l’an 2002, Ségolène Royal, la
ministre française d’alors déléguée à la Famille a fait distribuer un livret de
paternité « qui… reconnaît le rôle du père et le fait exister
socialement ». Un monde où le père n’existe pas socialement…
Or,
6.
Il
faut savoir qu’en Suisse, environ 13 000 enfants sont concernés chaque année
par le divorce de leurs parents.
7.
Il
faut savoir que lorsque l’enfant est confié à la mère, dans la plupart des cas,
il n’aura plus que très peu de contact avec son père.
8.
Rappelons
que l’égalité entre femmes et hommes en Suisse est reconnue officiellement.
9.
Rappelons
que les spécialistes de la pédo-psychiatrie reconnaissent que la co-parentalité
est la condition nécessaire pour un développement harmonieux de l’enfant
10. Rappelons que les psychologues
dénoncent les effets négatifs d’une société sans pères.
11. Enfin mentionnons que si le
père a été séparé des enfants dans notre société, s’il a subi une déparentalisation, c’est pour des
raisons économiques. Le travail
moderne éloigne le père de l’enfant. Cette séparation date d’une période
relativement récente ; elle date de la révolution industrielle et du XIXe
siècle. Cela n’a pas toujours été ainsi.
Aujourd’hui, les pères qui désirent
assumer leur rôle, qui revendiquent la possibilité d’être des pères présents, et à qui on ne laisse pas
la possibilité d’être des pères présents, pour des raisons économiques, mais
qui n’en aiment pas moins leurs enfants, subissent, en cas de séparation
conflictuelle, le pire des martyres.
Je n’ai pas besoin de vous donner une
liste d’exemples, les chiffres sont parlants.
On ne me fera jamais admettre que dans
95,3 % des cas d’enfants genevois, ce sont les mères les plus aptes à s’occuper
des enfants et que 95,3 % des hommes séparés ou
divorcés sont indignes d’être pères ou qu’ils ne tiennent pas à s’occuper de
leurs enfants.
Cette situation intolérable d’injustice,
d’arbitraire, découle de clichés, de
représentations sociales dont nous
sommes prisonniers et dont sont prisonniers malheureusement certains
magistrats, ainsi que les services sociaux, certains tuteurs et toute la nébuleuse qui enveloppe le divorce, « l’industrie du divorce ».
Et donc, tout cet ensemble fait passer, malgré le discours officiel,
l’intérêt des enfants au second plan. Or, ce sont des enfants dont il faut se préoccuper en priorité.
À quels clichés est-ce que je fais allusion ?
Je vais essayer de les résumer par ces
deux phrases que vous avez tous entendues. Ce sont des expressions courantes et
qui sont significatives de ces clichés
dont nous sommes dépendants.
« Lorsqu’un
homme se consacre à sa carrière et peu à ses enfants, on dit que c’est normal,
car il doit assumer son travail »
Lorsqu’une femme se consacre à sa carrière et peu à ses enfants, on dira que c’est une mauvaise mère.
Une femme restant à la maison, pour
s’occuper de ses enfants, passe pour une « brave
ménagère », avec tout le sens péjoratif que cette désignation peut
prendre aujourd’hui, mais si elle réussit sa carrière et qu’elle n’assume pas
l’éducation de ses enfants, elle passe pour une mauvaise mère. Or la société
juge beaucoup plus sévèrement une « mauvaise mère » qu’un
« mauvais père ».
Ce sont là des représentations désuètes qui datent du XIXe siècle et
qui ne correspondent plus à la
réalité sociale, mais auxquelles on s’accroche par confort, par conformisme.La
réalité sociale est autre aujourd’hui. Depuis le XIXe siècle la
situation a changé.
6.
Les
moyens contraceptifs ont émancipé les femmes de leur anatomie.
7.
Les
femmes sont entrées, non sans peine,
dans le marché du travail contemporain, elles ont accédé aux postes à
responsabilité. (Les femmes d’ouvriers et de paysans, quant à elles, ont
toujours travaillé)
Actuellement, les femmes sont donc, comme
les hommes, aussi éloignées des
enfants. De ce fait, la relation mère-enfant est actuellement surévaluée et la femme est surchargée.
J’insiste sur le fait que la situation
actuelle joue aussi en défaveur des
femmes, les rendant prisonnières d’une ambiguïté :
la revendication légitime de réussir
une carrière professionnelle, au même titre que les hommes, tout en refusant à
l’homme, sous la pression sociale,
une place légitime auprès de ses
enfants.
Il est donc indispensable pour tout le
monde, hommes, femmes et surtout pour les enfants de rétablir un équilibre
social…
Or, ce n’est pas simple. Les obstacles,
les a priori sont nombreux. Pour en revenir à la situation des pères
d’aujourd’hui, des pères qui assument
leur rôle, nous pourrions tirer une comparaison avec le phénomène odieux
des femmes battues, violentées.
Il y a encore quelques décennies, ces
femmes n’osaient pas clamer leurs droits, car elles risquaient les sourires,
les sous-entendus, voire les insultes. Aujourd’hui, vous retrouverez ce même
type de phénomène, mais ce sont les pères qui le subissent.
Par exemple : un père battu. (il y en a plus que vous ne le pensez -
vous savez, l’impunité suscite bien des vocations) n’osera pas se défendre,
parce que très souvent ces scènes de violence se déroulent devant les enfants
et aussi, parce que s’il réplique aux violences physiques ou psychiques de sa
femme, c’en est fait de ses droits
de père. Il sera condamné sans appel. De surcroît, ce père n’osera pas se
plaindre, car il se heurtera à des sourires,
des sous-entendus. Ce père vivra un martyre seul.
Entre parenthèses, un homme qui subit des
violences devant ses enfants et qui porte plainte ne verra aucune suite à ses
démarches, sauf s’il s’accroche sur un long terme dans ses plaintes. Alors
qu’un homme violent, ou supposé violent provoque immédiatement l’intervention
de la police et subit des sanctions qui lui enlèveront ses enfants.
De même, le père qui se bat pour le droit
de ses enfants à avoir un père se heurtera à de la suspicion, une suspicion qui
ressurgit en permanence. Le père qui se bat pour le droit de ses enfants à avoir un père passera pour un râleur,
un aigri, un frustré. On dira qu’il
cherche à tout contrôler, à étouffer sa famille. Quoiqu’il fasse, cela se
retournera contre lui. Il prêtera à sourire ou pire, pire, on le soupçonnera d’être déséquilibré.
Et il récoltera surtout l’étiquette d’un non-conformiste. Or la société n’aime
pas les non-conformistes. Et la nébuleuse entourant le divorce d’autant plus…
Si le père est perçu comme un non-conformiste, il n’y aura qu’un pas
à faire pour lui coller l’étiquette du
dissident, et ce sera le comble du supportable car le dissident dérange, bouleverse l’ordre établi des choses.
Qund j’utilise le terme de dissident, je pense, bien entendu, à
l’Union soviétique de l’époque Brejnev. où les opposants au régime plus ou moins
en vue n’avaient plus le droit à la balle dans la tête ou au Goulag, mais à une
pression continue qui les amenait à l’asile psychiatrique. Un dissident était
d’office déclaré déséquilibré et du
fait de la pression qu’il subissait devenait effectivement perturbé et on disait alors : Vous voyez bien qu’il est
déséquilibré !
Je n’ai pas fait d’enquête précise en la
matière, mais je me demande quelle est la proportion aujourd’hui des cas de
pères, qui, ayant persisté à clamer le droit de leurs enfants à avoir un père
ont déclenché l’application d’une expertise psychologique.
La relation mère-enfant est actuellement surévaluée et la femme est surchargée. Toute l’administration,
dans son ensemble, admet a priori que la mère est dépositaire de l’enfant. En fait les responsables (à quels responsables fais-tu référence ?) savent dans
quel sens vont les décisions des magistrats et donc ils les anticipent.
Ma
situation personnelle
Un jour, j’ai appris par hasard, que mon
enfant n’était plus domicilié chez moi. Aucun magistrat n’avait rien décidé. Je
ne comprenais pas pourquoi les papiers d’identités que j’avais commandés pour
mon enfant ne m’étaient jamais parvenus.
J’avais reformulé mes demandes à plusieurs
reprises et, bien entendu, payé les frais. Plusieurs mois après je n’avais
toujours rien reçu. Devant mon insistance, l’office cantonal de la population
m’a annoncé que tous les documents officiels de l’enfant étaient adressés à la
mère, puisque celle-ci les avait demandés.
Par contre, pour rectifier ces
modifications opérées sans aucune base légale, le père que j’étais devait
fournir les preuves de son bon droit.
J’ai
refusé de lâcher prise et j’ai obtenu, il est vrai, rectification et excuses des
services cantonaux. Mais quelle bagarre !
Que l’homme ne puisse voir ses
enfants qu’une fois de temps en temps ne semble pas déranger grand monde. Je me
remémore cette conseillère conjugale, qui devant ma crainte exprimée
déclara : « Mais, Monsieur, personne ne peut vous enlever votre fils.
Même en cas de divorce, vous pourrez le voir au pire un week-end sur
deux ». Voir son enfant deux jours sur quinze équivaut à perdre son enfant. Les services sociaux
se confinent aussi dans le même type de schémas.
Un père qui se battait pour ne pas perdre
la garde de son fils, qu’il partageait avec son épouse, s’est vu
« consoler » par un spécialiste du Service de la Protection de la
Jeunesse de la manière suivante : « Ne vous inquiétez pas Monsieur,
les mentalités changent. Aujourd’hui, vous pourrez obtenir un large droit de
visite ».
L’épouse en question, d’un caractère
instable, qui passait d’un amant à l’autre, qui refusait de s’assumer
financièrement et qui était à l’évidence, incapable de fournir un équilibre à
leur enfant commun, voulait probablement pour des raisons financières,
l’autorité parentale à elle toute seule.
Question lancinante : Où est
l’intérêt de l’enfant ?
Avant de conclure, je voudrais
mentionner, rappeler quelques cas fréquents de dérives graves dans le contexte
de la séparation parentale.
Ce sont les allégations de violence, par les femmes (c’est une arme de plus en
plus brandie lorsque le conflit s’envenime) et les allégations d’abus sexuels.
Dans ces deux cas, très fréquemment, la présomption d’innocence disparaît (en
désaccord avec notre droit) et l’homme innocent est condamné et on met au
second plan les intérêts des enfants. Il ne s’agit pas de nier l’existence de
la violence, de la pédophilie, mais l’usage
abusif de ces accusations mène à des situations abominables et nuit aux
victimes véritables. Or ces types d’accusations se multiplient actuellement.
Ce sont des drames qui soulèvent peu
d’intérêts et qui pourtant se terminent parfois dramatiquement, sans oublier
les traumatismes assénés aux
enfants. Car ce sont les enfants qui sont frappés avant tout. Or l’équilibre
des enfants devrait être l’une des préoccupations principales de la société.
C’est l’avenir de la société elle-même
qui est en jeu et pourtant le comportement de la nébuleuse entourant le divorce
est inadéquat.
Pourquoi ?
Conclusion.
Je pense qu’un des éléments clés de la…
Nébuleuse, c’est bien entendu la magistrature, les juges.
La loi suisse prône l’égalité entre les
sexes. À ce sujet, je vous renvoie à la lettre du Tribunal fédéral du 22
février 2002. Que dit cette lettre ? Que le problème n’est pas la loi,
mais l’application de la loi par les magistrats. Souvent les juges, soit se
basent sur des pratiques anciennes, soit se posent comme gardiens d’une éthique
(d’une éthique dans l’air du temps).
Exemple type que ces deux parents en
procédure de divorce. Ils s’étaient mis d’accord sur tous les points, y compris
le montant de la pension que le père allait verser à la mère de ses enfants qui
en avait obtenu la garde, bien qu’elle exerçât la même profession que son mari.
Le juge se permit tout de même de demander à plusieurs reprises à Madame si
elle était vraiment sûre que la somme lui suffisait. Dans cette logique, les
juges devraient alors inciter les parents à assumer leurs devoirs, à leur
rappeler qu’ils doivent faire passer les intérêts de leurs enfants avant leur
vie sentimentale, etc. Pourquoi pas ?
Le juge n’est pas le gardien de
l’éthique. Le droit n’est pas l’éthique, et lorsque le droit empiète sur l’éthique,
il y a tendance abusive. Aristote (350 av. J.C.) expliquait déjà qu’il y a une
différence entre le droit et l’éthique. Le droit, c’est les rapports légaux que
les citoyens ont entre eux. Quant à l’éthique, elle intervient, toujours dans
le domaine de la vie privée, par exemple l’amitié ; par amitié, par éthique on
peut être amené à transgresser la légalité.
Alors à ces juges, faut-il leur faire
lire et expliquer Platon, Aristote, Kant et la Critique de la raison pure ?
Est-ce qu’il faut que quelqu’un explique aux magistrats qu’il ne suffit
pas de prendre des décisions dans l’air du temps ? Que la loi est
évolutive (n’est-ce pas, elle serait en marche, depuis le code d’Hammourabi,
vers 1750 av. J.-C.) ?
Faut-il revoir la formation de la
magistrature? Faut-il envisager une école pour magistrats ? Que
faire ? Comment faire ? Voltaire disait qu’il fallait avoir question
à tout et pas réponse à tout !
Messieurs, Mesdames, je lance donc un
appel au débat et surtout à l’éveil…
Je vous remercie pour votre attention.
5. Pourquoi la virilité sociale dépend-elle de la virilité sexuelle ?
Willy Pasini
Le Dr Willy nous a bien fait rire en nous racontant de nombreuses anecdotes puisées dans sa pratique professionnelle démontrant comment les hommes pouvaient se piéger eux-mêmes dans leur virilité sexuelle. À défaut de l’enregistrement de la conférence du Dr Willy Pasini, voici un article paru la veille de sa présentation dans le quotidien Le Matin et qui résume très bien sa pensée. Pour en savoir davantage, nous vous référons aux nombreux ouvrages du Dr Pasini disponibles en librairie.
À la Une était inscrit en gros titres :
Journée de la Femme
Les vrais mâles n’existent plus
Pour riposter à la
pression féminine, le sexologue Willy Pasini lancera un cri d’alarme lors du 1er
Congrès international de la condition masculine, qui se tient ce wee-end à
Genève.
L’article suivant se trouvait en page 2 et 3, ce qui démontre l’intérêt des médias pour la condition masculine, mais que plusieurs perçoivent toutefois comme une réaction agressive au mouvement féministe. Ils ne perçoivent pas encore que ce mouvement peut aussi se nourrir de lui-même, pour l’amélioration de la condition masculine, paternelle et humaine. Ils le perçoivent encore comme un ressac Ironie du sort ou intention malveillante, sur la page 3 se trouvait aussi un autre article intitulé : Crime à Neuchâtel : Il tue son épouse, la découpe et congèle les morceaux. Voici donc l’entrevue réalisée avec Willy Pasini. (Y.D.)
Condition masculine. Le sexologue Willy Pasini fait le point, lors d’un
congrès international qui a lieu à Genève en cette journée de la femme, sur le
statut et l’identité de l’homme moderne, qui doit aujourd’hui remplacer son
image de macho par un autre modèle. Mais lequel ?
Alerte ! L’homme, ce mâle viril, est une espèce en voie de
disparition ! C’est ce qu’affirme tout cru le fameux sexologue et
psychiatre Willy Pasini, auteur d’ouvrages à succès et professeur à
l’Université de Genève.
« Il oscille, affirme-t-il, entre
doberman et cocker… » Ce cri d’alarme, il le développera ce week-end à
l’occasion du 1er Congrès international de la condition masculine, à
Genève. Comme une riposte, celui-ci se tient en pleine Journée internationale
de la femme.
« L’image sociale de la virilité,
résume Pasini, c’est la vigueur, la détermination, l’efficacité, la fermeté, la
force. Agressivité ? Oui ! Tendresse, non ! Ces caractéristiques
sont en général liées à la biologie, à l’érection. » Voilà pour l’image
véhiculée. Mais la réalité a changé. « Confronté à l’agressivité de la
femme, l’homme se tient maintenant sur la défensive, en repli. Il ne veut pas d’une femme phallique.
Il recherche une partenaire. » Femme phallique ? « C’est celle
qui fonce comme un brise-lames, qui se lance dans la compétition et se met en
avant tel un phallus. »
La féminité dans tout cela.
« Depuis que la pilule permet d’éliminer les règles, elle n’est plus liée
aux facteurs biologiques, même lorsqu’il s’agit de la maternité. La féminité,
aujourd’hui, passe par l’intelligence, la réussite, la place conquise dans la
société. »
«Le
macho, c’est fini et c’est mal vu »
Pour Willy Pasini, « L’homme doit maintenant dépasser ce rôle désuet du patriarche, celui qui place tous les signes de son pouvoir social dans des symboles phalliques, comme le sceptre ou le fusil. » D’ailleurs, le temps des machos est définitivement révolu. « Le macho, qui réunit les privilèges liés au statut de l’homme, c’est fini et c’est mal vu. Il faut oublier ces comportements où l’homme, par exemple, décidait du moment de faire l’amour et de la façon de le faire. »
À partir de là, le sexologue ne voit
pas très bien quel sera l’avenir de l’homme. « Depuis que le modèle du
macho est tombé, il n’a plus de référence et s’en cherche d’autres, tout en
oscillant entre le doberman et le cocker. Il faudra essayer de trouver une
image entre les deux. »
Le tendre : Le cocker, petit chien aux longues oreilles qui pendent
et aux yeux sensibles, évoque la tendresse, l’affection et la soumission.
L’agressif : Le doberman, ce
molosse de combat, chien de garde aux crocs redoutables, évoque l’agressivité,
la puissance, la virilité.
« J’y ai réfléchi et je propose le
centaure, être humain dans sa partie supérieure, animal dans sa partie
inférieure. Mais, pour l’instant, les hommes attendent, attendent et attendent
encore un nouveau modèle. Ils se sont un peu retirés. Ils ne plus d’enfants,
plus de mariage. Ou alors, dans la famille, ils ne sont plus les guides. Ils
abandonnent ce rôle à la femme. Comme certains oiseaux, les voici en voie de
disparition… »
Willy Pasini constate que les
Américains sont même plus en péril que d’autres. « Ce qu’ils aiment, ce
sont les Ukrainiennes, dociles, gentilles, femmes au foyer et à la cuisine.
Récemment, à Kiev, j’ai appris qu’une agence matrimoniale a marié 6 000
Américains avec des femmes de là-bas. Et cela en huit mois seulement, de
janvier à août dernier. » Consulté par un couple de jeunes avocats, le
sexologue apporte une autre illustration. Au moment où Madame a mieux réussi
que lui, Monsieur a divorcé. « Il n’a simplement pas supporté… »
6. L’homme battu. Un tabou au cœur du tabou, Sophie Torrent
Ajouter l’intro de son livre au
diaporama
7. Homme et fier de l’être, Yvon Dallaire
Le XXe siècle a vu la sexualité se
libérer, les femmes s’émanciper, les distances s’envoler, la société des
loisirs s’installer, la croissance personnelle se développer, la famille
traditionnelle éclater au profit de la famille nucléaire, le divorce se
démocratiser, la mondialisation germer… et la guerre des sexes s’amorcer. Cette
guerre des sexes se manifeste tant au plan du couple, avec l’augmentation
effarante des divorces, qu’au plan social, où l’on voit les femmes réagir négativement
aux apports traditionnels des hommes.
À entendre les féministes extrémistes,
l’homme serait le grand responsable de tout ce qui va mal sur cette terre.
L’homme serait le côté sombre de l’humanité, alors que la femme en serait le
côté lumineux, celle qui sait mieux que lui comment les choses devraient
fonctionner. Il faudrait donc que la femme prenne non seulement le contrôle de
la famille, de l’éducation des enfants, de la gestion des soins, mais qu’elle
prenne aussi le contrôle économique et politique de la société pour qu’advienne
une véritable civilisation humaine.
Pour y arriver, le féminisme a tout
d’abord incité les femmes à prendre le pouvoir exclusif de leur sexualité et de
leur maternité : « Cessons de faire des enfants et libérons-nous de
nos chaînes (soutien-gorge et mariage). Vive l’amour libre ! » Sans
cette émancipation féminine, le mouvement hippie n’aurait pas eu lieu. Puis, le
féminisme a encouragé les femmes à envahir les domaines traditionnellement réservés
aux hommes : le travail extérieur, les sciences, la politique et le monde
des affaires. Entrées par la porte d’en arrière, les femmes ont réussi à
révolutionner le monde du travail, à grimper les échelons hiérarchiques et à
faire voter des lois dites de « discrimination positive ». Elles
cherchent maintenant à établir, de gré ou de force, la parité, et non seulement
l’égalité des droits et des chances.
Pour pouvoir ainsi
« s’élever » et sortir de leur « esclavage », les
féministes utilisent deux stratégies contradictoires : la première
consiste à minimiser les différences entre les hommes et les femmes en
associant l’égalité à la similarité. Tout ne devient qu’une question de culture
et d’éducation : donnez aux filles la stimulation nécessaire et elles feront,
une fois adultes, tout ce que les hommes peuvent faire et le feront,
probablement, mieux. La psychologie culturaliste, basée sur la théorie du
conditionnement, leur a fourni les arguments nécessaires à l’établissement de
ce courant. L’homme et la femme, le père et la mère, s’ils sont identiques,
deviennent alors interchangeables. L’un ou l’autre pourrait même remplir
indifféremment les tâches de l’un et de l’autre.
L’autre stratégie consiste à
« démoniser » l’homme : le rabaisser pour démontrer la
supériorité du sexe féminin. Au lieu de minimiser les différences, on les
accentue pour mieux dénoncer les aspects négatifs de la masculinité et, par le
fait même, le porteur de la masculinité : détruire le message et le
messager. Dans ce courant, les féministes exploitent l’Histoire pour dénoncer
toutes les horreurs commises par les hommes, particulièrement celles faites à
l’encontre des femmes. Elles exploitent la biologie pour confirmer que le
masculin n’est qu’une déviation du féminin, déviation dont les femmes auraient
avantage à se passer au plus tôt. Elles exploitent aussi la psychologie pour
démontrer que le sexe féminin est le véritable sexe fort. Elles exploitent les
sciences pour confirmer le bien-fondé de leurs objectifs.
Il est temps que ces exagérations
cessent. La sur-valorisation et l’égocentrisme cupides des exigences et des
normes féministes provoquent des conséquences que l’on ne peut qualifier que de
catastrophiques. L’extrémisme féministe est en train de devenir la nouvelle
dictature : remplacer le patriarcat par le matriarcat, guérir une
injustice en créant une autre injustice, faire payer aux méchants tout ce
qu’ils ont fait aux victimes… Or la discrimination ne peut jamais être
positive, elle se fait toujours au détriment d’un autre. La disparition des
caractéristiques masculines ou féminines ne peut que nuire à l’évolution de
l’humanité. Sataniser son partenaire ne peut mener qu’à la solitude et
l’isolement, comme nous le démontre le fait que de plus en plus de femmes
vivent sans conjoint.
Que l’on me comprenne bien ! Il
n’est absolument pas question pour moi de revenir en arrière et d’enfermer à
nouveau les femmes dans l’esclavage maternel et les hommes dans l’esclavage du
pourvoyeur. Je suis pour l’égalité des êtres, des droits et des chances et
c’est justement parce que je suis pour l’égalité que j’écris cet article: pour
tenter de rétablir l’équilibre entre les sexes, pour tenter d’augmenter la
connaissance, la compréhension et l’harmonie entre l’homme et la femme, pour
faire disparaître les iniquités, qu’elles soient causées par l’homme ou par la
femme. Mon intention est de vous démontrer que les deux courants féministes
décrits ci-dessus ne peuvent mener qu’à un cul-de-sac et à une guerre des sexes
interminable.
Je suis favorable à la liberté de choix
des femmes, et des hommes. Je suis favorable au travail égal, salaire égal. Je
suis favorable à la sexualité librement consentie. Je suis favorable à
l’éducation pour tous, sans discrimination quant au sexe, la race, la culture
ou les opinions politiques. Tout comme je suis favorable à la séparation du
pouvoir religieux et du pouvoir politique, non pas pour que la religion soit
contrôlée par l’État, mais pour que l’État ne puisse plus jamais tomber sous
l’emprise d’un quelconque fanatique, homme ou femme. Je suis aussi favorable
aux interventions qui permettront d’arrêter les guerres entre les
peuples (et les génocides) pour des questions de divergences d’opinion.
Tout comme je suis favorable aux législations qui permettront, non pas de
réprimer, mais de contrôler la prostitution, les drogues, la vente d’armes… Je
suis contre toute coercition. Je suis contre toute violence. Je suis contre la
peine capitale. Je suis contre tout fanatisme. Je suis contre les mutilations
sexuelles. Je suis pour et contre tout ça… parce que je suis pour la vie et la
liberté.
J’aurais aimé avoir écrit le texte
déclamé par Laine Hanson, dans le film La
canditate :
« Je ne me cache pas d’être une
athée, mais ça ne veut pas dire que je n’ai aucune conviction religieuse. Non,
ma religion, c’est celle qui a émancipé les esclaves, qui a donné le droit de
vote aux femmes, à qui nous devons de vivre libres, comme nulle part ailleurs.
Ma religion, c’est cette vaste chapelle démocratique dont personne n’est exclue
et je n’ai nul besoin d’un dieu pour me dicter mes préceptes moraux :
j’écoute mon âme, mon esprit et mon cœur. »[11]
Telle est ma profession de foi. J’ai
foi en l’homme, j’ai foi en la femme, j’ai foi en notre avenir.
Si, comme dans tout processus
adolescent normal d’acquisition de l’identité, la première étape consiste en
l’affirmation par la négative, je crois que le féminisme est allé assez loin
dans les dénonciations. Il serait maintenant temps que le féminisme, aidé du
mouvement des hommes, passe à la deuxième étape, soit celle de l’affirmation
positive. Il serait temps qu’hommes et femmes cessent de vivre dans un
perpétuel face-à-face pour apprendre à vivre côte à côte, main dans la main. Le
féminisme doit s’adoucir et les femmes cesser d’avoir peur de leurs partenaires
masculins.
Le mouvement de libération de l’être
humain devait avoir lieu : il a commencé par le mouvement de libération
des femmes. Merci, Mesdames ! C’est maintenant aux hommes de se mettre en
marche pour l’amélioration des relations homme-femme et de la société dans son
ensemble. Ce mouvement masculin devra toutefois éviter de tomber dans l’erreur
de la dynamique action-réaction qui explique les raisons qui ont motivé les
femmes à désigner les hommes d’un doigt dénonciateur et à les accuser d’être
responsables de l’exploitation des femmes, présentées comme d’innocentes
victimes. Les femmes ne sont pas innocentes. Elles sont co-responsables de
l’état actuel de l’Humanité, elles sont co-responsables de leur état.
La dynamique action-réaction dit qu’une
personne réagit à l’action de l’autre. Cette dynamique émet comme prémisse que
la personne qui réagit n’est jamais coupable et que la personne qui agit est
responsable de tout. Dépendamment des résultats de l’action, ceux qui agissent
sont des héros ou des zéros, des libérateurs ou des destructeurs, des gagnants
ou des perdants. La compilation des erreurs inévitables des personnes qui
agissent, plutôt que la compilation de leurs succès, a permis aux féministes
d’accuser les hommes d’être les méchants, d’aliéner les femmes, de les
exploiter et d’abuser d’elles. Ajoutez à cette compilation la tendance des
féministes à la généralisation hâtive et vous comprendrez pourquoi tous les
hommes se sont retrouvés sur le banc des accusés.
Les femmes ont donc commencé à agir.
Que feront les hommes ? Vont-ils, après quelques siècles de réactions, se
révolter à leur tour et accuser les femmes d’avoir pervertit l’Humanité.
Vont-ils réagir au féminisme intégriste par un « hominisme »
intégriste ? Ou vont-ils profiter du fait que de plus en plus de femmes se
prennent en main pour amorcer, pour eux-mêmes et entre eux, un véritable
mouvement de libération des hommes ? Vont-ils réussir à profiter des
bienfaits de l’émancipation féminine pour se remettre fondamentalement en
question et vérifier, pour eux et entre eux, s’ils veulent continuer d’être
l’homme qu’a été le père de leur père depuis le début des temps ?
• • • • •
Mon livre Homme et fier de l’être, publié aux Éditions Option Santé, cherche
à répondre à toutes ces questions et tente de tracer quelques pistes à
explorer. Dans un premier temps, je fais un constat dans lequel je démontre,
non pas que l’homme est devenu le nouveau sexe faible, mais qu’il est
aujourd’hui très difficile de s’affirmer en tant qu’homme à cause d’un discours
« politiquement correct » incorrect et injuste. Dans un deuxième
temps, j’essaie de définir en quoi un homme est différent de la femme et
comment il peut « exploiter » ce qui est à son profit, au profit de
sa femme et de ses enfants, et au profit de la société. Chacune de ses deux
parties comprend six chapitres abordant chacun un aspect spécifique de la
condition masculine.
Dur, dur d’être un homme (Première partie)
Les hommes ont mauvaise presse
actuellement. Les hommes sont en déroute. Notre société entretient de nombreux
préjugés contre eux. Mais, contrairement aux canons du féminisme extrémiste, le
mâle humain ne possède pas le monopole du côté sombre de l’humanité. Pour
n’importe quel observateur neutre, il est facile de faire la preuve :
1.
Que le sexe féminin constitue le véritable sexe de base,
que le masculin constitue une spécialisation du féminin pour remplir certaines
tâches essentielles à la survie et à la vie et, donc, que le patriarcat est un
mythe. (Chapitre premier)
2.
Que les femmes sont capables de dire autant de conneries
(voir le tableau 1 ci-dessous) sur les hommes que ces derniers ont pu en dire
sur elles. (Chapitre deuxième)
3.
Qu’à l’heure actuelle, les hommes sont victimes de
multiples préjugés (voir le tableau 2 ci-dessous) nuisibles à leur image, à
l’éducation de leurs enfants, à la paix sociale et au bonheur des femmes.
(Chapitre troisième)
4.
Que les femmes peuvent être aussi, sinon plus, violentes
que les hommes. (Chapitre quatrième)
5.
Que le divorce et le suicide des hommes sont intimement
reliés. (Chapitre cinquième)
6.
Que la sur-valorisation des normes féminines au détriment
des normes masculines entraîne elle aussi des horreurs, particulièrement dans
le champ de la sexualité. (Chapitre sixième)
Homme et heureux (Deuxième partie)
Il est tout aussi facile de démontrer
que les hommes de bonne volonté, conscients de ce qu’ils sont, peuvent vivre
heureux tout en remplissant leurs diverses missions biologiques et
psychologiques. L’homme doit cesser de se définir en fonction des attentes des
femmes et être conscient :
7. Qu’il existe une réelle différence entre la féminité et la masculinité et que nous avons avantage à (re-)valoriser ces deux polarités. (Chapitre sixième)
8. Que pour atteindre l’équilibre, l’homme doit harmoniser les quatre dimensions de sa vie : profession, partenariat, paternité et vie privée. (Chapitre huitième)
9.
Que l’homme vit dans une réalité objective complémentaire
à la réalité subjective des femmes. (Chapitre neuvième)
10.
Que l’homme, en tant que père, a un rôle de toute
première importance à jouer dans l’éducation des enfants pour la survie et le
bonheur de ses enfants et de l’espèce humaine. (Chapitre dixième)
11.
Que l’homme doit « prendre sa place » dans le
couple, tout en tenant compte des attentes féminines, pour aider sa femme à
s’occuper davantage de son propre épanouissement, et du sien par la même
occasion. (Chapitre onzième)
12.
Que le mouvement des hommes pour un monde meilleur est
bel et bien amorcé et qu’il existe de plus en plus de ressources (voir le
tableau 3 ci-dessous) pour aider les hommes qui ont des difficultés à vivre
leur identité. (Chapitre douzième)
Ce n’est qu’en se reconnaissant, en
étant totalement lui-même, et en continuant d’agir que l’homme pourra conserver
sa fierté et susciter le respect et la confiance de sa partenaire, respect et
confiance nécessaires à son épanouissement et à ses performances.
• • • • •
Tableau 1 :
Quelques exemples de conneries féministes
« J’ai de la difficulté à imaginer l’homme
idéal. En tant que je suis concernée, l’homme est le résultat d’un gène
endommagé. Les hommes prétendent être normaux, mais tout ce qu’ils font, assis
là, avec des sourires insignifiants dans leur face, c’est de produire du
sperme. C’est ce qu’ils font tout le temps. Et ils n’arrêtent jamais. » Germaine Greer
« Plus j’ai
de renommée et de pouvoir, plus j’ai de possibilités d’humilier les hommes. »
Sharon
Stone
« Tous les
hommes sont des violeurs, et rien d’autre. » Marilyn
French
« La
relation hétérosexuelle est l’expression la plus pure, la plus formalisée du
mépris pour le corps de la femme. » Andrea
Dworkin
« Les
féministes critiquent depuis longtemps le mariage parce que c’est un lieu
d’oppression, de dangers et d’esclavage pour les femmes. » Barbara
Findlen
« La
majorité des femmes/mères mettent de côté ce qu’elles sont d’unique et d’humain
lorsqu’elles se marient et élèvent des enfants. » Phyllis
Chester
La principale
menace à l’égalité s’avère… les enfants. Parce qu’ils rendent les femmes
pauvres. Élizabeth Fox-Genovese
• • • • •
L’homme est un
violeur en puissance
L’homme est un être
violent
L’homme, abuseur
d’enfants
L’homme
irresponsable
L’homme, un
incompétent au lit
L’homme insensible
L’homme n’exprime
pas ses émotions
Les hommes ne
s’engagent pas
Père manquant, fils
manqué
L’homme veut tout
dominer
Les hommes ne
communiquent pas
Les hommes sont tous
des maudits cochons
Les hommes sont tous
infidèles
• • • • •
Associations
de défense des droits des enfants et des pères http://www.sospapa.net/ (117 sites)
Dad (Pappa)
Watch, www.robin.no/~dadwatchlinks.html (100 sites)
Mouvement des hommes, http://www.eurowrc.org/03.network/16.network.htm
Réseau
Hommes Québec, Belgique, France et Suisse www.cam.org/~rhq/
Il existe beaucoup plus de groupes
d’entraide pour hommes dans nos différents pays, mais ceux-ci ont l’avantage
d’être internationaux ou de donner accès à de nombreux sites les répertoriant.
Pour connaître ceux du Québec, de la Suisse, de la France et de la Belgique,
consultez la section Liens, sous-section Groupes d’entraide pour hommes du site
des Éditions Option Santé www.optionsante.com
8. Le Réseau Hommes : quand les hommes parlent, Patrick Guillot
Je ne suis ni psy, ni thérapeute en
quelque domaine que ce soit. J’ai une activité d’enseignement, en France, à
Lyon, mais cela n’a pas d’importance pour le sujet dont je vais traiter.
Ma compétence, en l’occurrence, est
d’être membre d’un Réseau Hommes
depuis dix ans, dans la région Rhône-Alpes, d’avoir participé dans ce cadre à
un groupe d’hommes autogéré pendant quatre ans, d’avoir participé aussi à de
nombreuses activités impulsées par les Réseaux
Hommes en Europe, et d’avoir échangé avec de nombreux participants. Enfin,
j’ai décrit mon expérience dans un livre intitulé Quand les hommes parlent…[12],
lequel s’appuie essentiellement sur les témoignages de quinze participants
issus de neuf groupes différents.
Dans une conférence, il est difficile
de rendre compte du vécu de ces groupes. C’est pourquoi je ferai peu de
théorie, juste ce qu’il faut pour en décrire le fonctionnement. Par contre, je
vous lirai un certain nombre de témoignages très éclairants, voire
impressionnants et, au moment des questions, je donnerai la parole à des
participants, puisqu’il y en a un certain nombre dans la salle.
Je vais d’abord vous expliquer ce que
sont d’une part un Réseau Hommes et,
d’autre part, un groupe d’hommes autogéré. Le premier Réseau Hommes a été créé au Québec, en 1992, par Guy Corneau, un
psychanalyste québécois bien connu, dont le premier livre, devenu un
best-seller mondial, a pour titre Père
manquant, fils manqué[13].
Il est juste de dire que Corneau s’est inspiré d’autres mouvements antérieurs,
de mouvements d’hommes américains ou canadiens anglophones, suscités par un
écrivain-conteur américain, Robert Bly, dont un seul livre, L’homme sauvage et l’enfant [14]
a été traduit en français. Il a bénéficié aussi d’un terrain favorable, puisque
au Québec il y a de nombreux mouvements d’entraide pour hommes, dont il a reçu
aussitôt le soutien. Cela dit, il a fait un pari difficile, qu’il a gagné, en
particulier grâce à son charisme. Gagné puisque, bien qu’il se soit dégagé de
sa direction, le Réseau Hommes Québec (RHQ) vient de fêter son dixième
anniversaire, alors que des réseaux identiques se sont créés dans les trois
pays européens francophones, et que plusieurs centaines d’hommes ont participé
à des groupes.
Dans sa propre expérience et dans ses
rencontres avec des patients, Corneau a constaté que de nombreux hommes
n’avaient pas bénéficié d’un repère masculin structurant, parce que leur père
avait été absent, soit physiquement, soit affectivement, et que ces hommes
portaient en eux un grand vide ou une grande souffrance. Dans son livre, il
décrit la contradiction intérieure de ces hommes, enfermés dans le stéréotype
qu’on leur a inculqué (distance, retenue émotionnelle, compétition entre eux…),
persuadés que les autres hommes s’en satisfont (comme le décrit Pierre, un
participant : « Je croyais qu’ils vivaient tous leurs vies de
guerriers, tranquilles, dans leur costume deux pièces), donc évitant le contact
masculin, et n’imaginant pas qu’ils puissent trouver soutien ou affectivité
chez les autres hommes, alors que c’est justement ce dont ils ont besoin. Il
s’essaie donc à animer des groupes d’hommes thérapeutiques, et il est frappé,
paradoxalement, par la facilité et l’intensité des échanges qui s’y créent.
Bientôt, il franchit un nouveau pas en créant avec d’autres le RHQ, une
association non-professionnelle composée exclusivement de bénévoles. Voici
comment il le décrit en 1994 :
« Le
RHQ est un laboratoire d’expérimentation où se crée une véritable intimité
entre hommes et d’où émerge une parole masculine dégagée des jeux de pouvoir et
de séduction. (…) Le but du RHQ est de créer des contextes favorables à
l’éclosion d’une façon plus épanouie d’être homme. »
Le premier travail d’un Réseau Hommes est donc de créer des
groupes d’hommes autogérés. Ces groupes démarrent avec une dizaine de
participants qui se retrouvent pour des séances de trois heures, en soirée,
d’abord chaque semaine, puis de manière plus espacée, avec des règles de
fonctionnement assez strictes :
·
confidentialité : respect de
la parole de l’autre (les interruptions, jugements, conseils, interprétations
sont proscrits) ; parole au
« je » ;
·
autogestion : chacun
participe à égalité aux prises de décision ; l’animation est en alternance (pas
d’animateur fixe, ni de professionnel) ;
·
des recommandations :
laisser de côté le stéréotype, exprimer les ressentis, les émotions, les
faiblesses éventuellement, aborder les sujets essentiels, bref se placer au
niveau de l’intimité et de l’authenticité.
Ce ne sont donc ni des groupes
thérapeutiques (puisque autogérés), ni des groupes revendicatifs (ils ne
prétendent pas changer la société), mais des groupes de partage, d’entraide, de
recherche d’identité.
Des questions viennent tout de suite à
l’esprit. Par exemple : comment ce type de groupe est-il régulé ? Eh
bien, le groupe se régule lui-même : chaque participant est habilité à
intervenir lorsqu’il lui semble que les règles de communication ne sont pas
respectées, et alors il peut y avoir rectification. Cela ne marche pas
toujours, il est vrai : des groupes ne tiennent pas dans la durée, et
s’arrêtent au bout de six mois, un an. Mais d’autres durent déjà depuis dix
ans, même s’ils sont désormais en petits comités ! La moyenne se situe
entre trois et cinq ans.
Autre question : comment des
hommes qui ne se sont jamais rencontrés auparavant peuvent-ils entrer dans
l’intimité ? Il y a de quoi être incrédule, en effet, mais c’est pourtant
ce qui se passe, comme l’illustrent les témoignages de Michel :
« Dès
le premier tour de chaise, je me suis senti comme emporté dans une aventure. Ça
a été un des moments forts de ma vie : je partageais pour la première fois
des émotions avec des hommes. »
… ou de Jean-Patrick :
« L’effet
magique des groupes, le voilà : on ne se connaît ni les uns ni les
autres ; un jour, on se retrouve dans une salle, et la semaine d’après, on
se raconte ce qu’on n’a jamais raconté à ses parents, ni à ses frères et sœurs,
ni à ses copains, ni à sa femme… à personne. »
Il faut dire que les participants ne
sont pas livrés à eux-mêmes. Ils assistent d’abord à une réunion d’information,
puis leur première séance est animée par des « anciens ». Ensuite,
devenus autonomes, ils disposent de documents-guides, contenant un choix
d’exercices qui ont déjà été expérimentés, et qui, si chacun joue le jeu,
permettent d’emblée de créer un climat d’intimité. En voici quelques exemples,
avec des témoignages :
La Ligne
de vie est l’un des premiers exercices pratiqués. Sur une grande affiche,
chacun crée un graphique représentant les événements qui ont influé sur la
construction de son identité, en positif comme en négatif, de la naissance
jusqu’à l’heure présente. Puis, chacun à son tour, la feuille affichée,
présente aux autres le graphique et le détaille. Cela fait, questions et
retours sont possibles. C’est en général la première fois que les participants
racontent leur vie aussi longuement, devant autant de monde, et surtout devant
des hommes… Voici le souvenir de Xavier :
« Un
moment extraordinaire. Des histoires que je n’aurais jamais pu imaginer. Des
vies extraordinaires... dans leur ordinaire. Et, au milieu, la mienne : avec la
joie d’entendre des retours d’autres hommes touchés par ce que j’avais exprimé,
comme moi j’avais été touché par eux. L’extraordinaire, c’était la liberté avec
laquelle chacun pouvait parler, de sujets très intimes, par exemple les
souffrances de l’enfance, l’évolution de la sexualité. (…) Ce que je retiens,
c’est qu’il a fallu oser. Et que j’ai senti la communion avec les autres : même
si l’autre est très différent, ça me nourrit beaucoup. »
…et celui de Gérard :
« En
théorie, c’est vingt minutes pour chacun. Je m’étais dit : tenir vingt minutes
à parler de soi, c’est long ! En fait, dès le début, nous n’avons passé que
deux hommes par séance, et ensuite cela a été un seul homme ! Moi, j’ai
attendu, je ne suis pas passé dans les premiers. Et j’ai parlé une bonne heure
: j’aurais pu faire plus ; d’ailleurs, j’aurais pu en dire encore. »
Il y a des variantes de la Ligne : Ligne de cœur, Ligne de
sexualité, etc.
De nombreux exercices sont sur le thème
du père : Mon père et moi, la Lettre au père (qui consiste à écrire à
celui-ci une lettre fictive et à la lire devant le groupe : il est parfois
arrivé que la lettre soit réellement envoyée), et L’objet du père. Dans ce dernier, chacun apporte un objet
représentatif de sa relation à son père, et, à son tour, s’en sert de support
pour évoquer celui-ci. Claude, qui voyait peu son père alcoolique, a ainsi
apporté une poubelle de cent litres, et l’a posée au centre du groupe :
« À
partir de l’âge de douze ans, j’ai aidé mon père à sortir les poubelles de
l’immeuble dont il était le concierge et à les aligner sur le trottoir. Il y en
avait beaucoup, au moins une trentaine. C’est le moment où j’étais le plus
proche de lui : nous tenions chacun une poignée : il n’y avait qu’une
poubelle entre nous ! Je n’avais pas honte de lui dans ces moments-là. Ces
poubelles, elles me donnaient la capacité de le rejoindre dans son monde, même
si lui ne me rejoignait pas dans le mien. C’est la première fois que j’en
parlais. C’était très important pour moi d’être écouté. Les autres m’ont
renvoyé que mon père était encore vivant, et qu’il y avait peut-être encore
quelque chose à faire. »
Ces derniers mots sont très importants.
Claude a effectivement sollicité son père et a réussi, dans la mesure de ce qui
était possible, à se rapprocher de lui dans les dernières années de sa vie.
Ce sont des exercices
« classiques ». Mais les groupes ont toute latitude pour inventer
leurs propres exercices, et certains font preuve d’une réelle créativité. Des
groupes ont ainsi créé un exercice par rapport à la sexualité : ils ont
apporté une pile de revues pornographiques, les ont feuilletées, et ont exprimé
ce qu’ils ressentaient, revivant ainsi les interdits qu’ils avaient connus au
temps de leur adolescence. D’autres groupes ont fait de même sur la nudité :
chacun à son rythme se met nu, et parle de son corps aux autres, dit ce qu’il
aime, ce qu’il n’aime pas. Voici ce qu’en a retenu Claude :
« Ça
n’avait rien à voir avec se déshabiller aux vestiaires avant le sport. Là,
c’était vraiment « se mettre à nu » en conscience, livrer son corps
au regard de l’autre. Il y avait quelque chose à surmonter. Et puis il y a eu
des regards aimants, non jugeant, l’acceptation de nos corps les uns par les
autres. Après quoi, ils m’ont renvoyé que mon côté obèse était moins
marqué. »
Mais les participants peuvent disposer
aussi de temps de parole pour exprimer leurs préoccupations individuelles.
Voici un témoignage qui montre l’évolution d’un participant, en interaction
avec le groupe, sur une longue durée. Daniel est marié, père de deux enfants,
mais il vit ce qui est pour lui un drame : son épouse ne veut plus de
sexualité avec lui.
« J’étais
profondément blessé. Ce n’était pas ma joie de vivre qui était amputée, c’était
ma masculinité : je n’étais pas un homme. La femme avec qui je vivais ne
voulait pas que je la touche, que je la pénètre. Surtout, et c’était cela le
pire, j’acceptais cette situation. Je me niais, je renonçais à exprimer mon
désir. Et je trouvais là la confirmation du discours de ma mère, que je croyais
encore entendre en arrière-plan : mon désir est laid ; le sexe est un
désir d’homme, la femme n’en veut pas. Et c’est pour ça que j’acceptais. »
Il a trop de honte pour en parler à ses
compagnons. Cela va arriver incidemment :
« Un
soir, en voiture, j’ai pu le dire à un autre homme avec qui je faisais la route
pour aller à la réunion. Je me suis mis à pleurer, j’étais soulagé. Et lui m’a
renvoyé : « Pour moi, c’est la même chose ». J’ai trouvé cela
incroyable ! Avant de monter, nous avons parlé une demi-heure et nous sommes
arrivés en retard. Mais je n’ai pas eu le courage de reprendre cela devant les
autres. Je ne me sentais pas un homme. »
Il se souvient du soir ou, bien des
semaines après, il franchit le pas :
« J’ai
dit devant tous que je n’avais plus de sexualité avec ma compagne depuis trois
ans. J’ai senti comme un grand froid à l’intérieur de moi. J’étais en contact
avec une partie glacée, cette partie qui ne vivait plus. Et puis les autres ont
réagi, tour à tour. L’un a dit : « C’est pas possible ! ». Un autre :
« Dans ma relation précédente, j’ai aussi passé des années sans toucher ma
femme ». Un autre encore : « Maintenant, nous ne faisons l’amour
qu’une fois tous les trois mois ». Et, bien sûr, celui à qui j’avais parlé
dans la voiture : « Moi, c’est pareil ». En fait, pour tous, à un
moment de la vie, il s’était passé quelque chose d’analogue, quoiqu’en moins
radical. Il y a eu beaucoup de surprise, mais aucun jugement, aucun conseil, ni
aucune tentative de me rassurer. C’était comme ça. Chaque fois, j’avais
l’impression d’être libéré de poids immenses. »
« Après
j’ai éprouvé le besoin de leur demander : « Est-ce que j’ai l’air anormal
? Est-ce que ça se voit sur mon visage ? ». Ils m’ont renvoyé que j’avais
plutôt l’air épanoui, et sûrement de la séduction par rapport aux femmes. Ca m’a apaisé : tout n’était pas perdu, j’étais
capable de prendre un autre chemin. »
Même si le problème n’est pas résolu,
il se sent moins seul désormais. Et il revient sur le sujet :
« Mon
leitmotiv, c’était : j’adore les femmes, les regarder, les toucher, mais avec
la mienne je n’arrive à rien. Je l’aime, mais je ne peux pas la toucher, et ça
fait monter en moi à la fois une culpabilité et une colère énormes. Et je ne
sais pas où est ma masculinité. Les autres ne comprenaient pas bien cette
situation, mais ils disaient que j’étais aussi viril qu’eux, et ça apaisait un
peu ma souffrance. Je disais aussi que j’en avais marre de dire toujours la
même chose. Qu’en étant aussi nul en tant qu’homme, je n’avais pas ma place
dans le groupe. Que je ferais mieux d’aller me cacher quelque part. Ils
m’écoutaient et me rassuraient. Quand je me montrais, c’était moins dur. »
Daniel reste dans son couple encore
deux ans, puis trouve finalement l’énergie de quitter son épouse.
Je vais maintenant vous parler des effets
bénéfiques que retirent les participants de ces pratiques, étant entendu que ce
ne sont pas forcément les mêmes pour tous.
Cela peut être tout d’abord la
relativisation : ils s’aperçoivent que le stéréotype n’est qu’une création
artificielle, que tous les hommes sont différents, et qu’ils ont des forces et
des faiblesses qui leur sont propres.
Ensuite, cela peut être la découverte
en eux-mêmes de capacités de communication laissées jusqu’alors en
friche : capacité de s’exprimer par la parole, longuement, sans avoir à
recourir au support d’une action, capacité à s’exprimer au niveau de
l’authentique et de l’intime, sans jouer la comédie, capacité d’écouter et
d’apprécier la parole intime des autres, voire de la stimuler.
Le plus revigorant peut-être, si cela
apparaît, c’est le sentiment de la valeur du masculin : ce sexe auquel
chacun appartient, souvent vilipendé, manifeste dans le groupe ses qualités
propres, et sa capacité à vivre sa solidarité, au lieu de la concurrence et de
la rivalité.
Enfin, certains ont trouvé dans la
stimulation du groupe de quoi dynamiser leur vie personnelle. Certains, comme
on l’a vu avec Claude, ont rétabli la relation avec leur père. D’autres se sont
affirmés dans leur couple, ou comme Daniel, ont trouvé la force d’aller jusqu’à
la séparation. D’autres aussi se sont rapprochés de leurs enfants. À ce sujet,
je vais vous lire un autre témoignage de Daniel, qui a organisé pour Sébastien,
son jeune fils de sept ans, une expérience rare. Après son divorce, n’en ayant
plus la garde et craignant qu’il manque de contacts masculins, il a organisé
une soirée du groupe à laquelle son fils était invité, et dont il était le
centre. Voilà la narration du moment le plus fort :
« Nous
étions onze. Nous nous sommes assis en rond, en nous tenant les mains, centrés.
Sébastien était assis à ma gauche. J’ai proposé à chacun d’exprimer ce que
c’était qu’être un homme, à son âge du moment, et de le lui dire. Cela a été un
moment extraordinaire : il les regardait tous ; il y avait des gros,
des maigres, des barbus, des grosses voix. Il était impressionné, mais pas dans
la peur. L’un a dit : « Je suis un homme qui souffre, et pourtant je
me sens un homme et je grandis tous les jours », et il s’est mis à
pleurer. Un autre, qui avait soixante-cinq ans : « J’ai découvert que
j’étais un homme vers mes soixante ans ». Ils avaient tous une sensibilité
différente. Moi j’ai clôturé, en disant aussi que c’est difficile, et j’ai
ajouté : « Etre un homme, c’est être assis dans un fauteuil et boire
une bière », c’est-à-dire le contraire de ce que je fais, moi qui me sens
toujours obligé d’agir. »
Ensuite chacun a écrit un mot sur une
feuille pour Sébastien, qui l’a soigneusement conservée. Cette soirée reste
dans le souvenir des participants comme un grand moment de la vie du groupe.
Comme il faut se garder d’idéaliser, je
vais dire un mot des limites du processus. Elles sont de trois ordres :
2.
au point de vue quantitatif, peu d’hommes finalement
s’engagent dans la démarche : en Europe francophone, quelques dizaines
chaque année. Sans oublier qu’une proportion incompressible d’entre eux
abandonne au bout de quelques semaines ou quelques mois.
3.
la plupart des participants se focalisent sur l’activité
« groupe », et se désintéressent de l’esprit et des activités
« Réseau », perpétuant ainsi, même s’ils bénéficient du dynamisme
d’un mouvement collectif, l’individualisme masculin.
4.
enfin, si les groupes sont un cadre privilégié pour
l’exercice d’une parole pacifique, ils ne le sont guère pour l’exploration
d’autres dimensions, celle du corps ou d’émotions violentes comme la
colère.
En conclusion, je dirai que
l’expérience RH ouvre, pour les hommes en manque de repère masculin ou de
relation inter-masculine, une solution nouvelle, qui peut remplacer
avantageusement leurs habituels recours : le silence, l’alcool… ou les
excès de vitesse.
Plus largement, cette expérience nous
enseigne la nécessité de maintenir, dans une société devenue quasi-totalement
mixte, des espaces masculins où les hommes peuvent se retrouver dans leur mode
spécifique de communication, et guérir entre eux les blessures qui leur sont
propres. Un enseignement d’autant plus important à l’heure ou les
ultra-féministes dénoncent les derniers de ces espaces comme
discriminatoires !
9. Messieurs, cessez d’être un homme gentil et / ou méchant, soyez un homme
vrai, Thomas D’ansembourg
A mon sens, jamais les tissages et
métissages de nations, d’ethnies ou de religions n’ont connu l’ampleur qu’ils
connaissent aujourd’hui. J’ai peine à imaginer que l’on puisse intégrer tout ça
si chacun d’entre vous ne développe pas profondément la sérénité intérieure,
l’estime de soi, la confiance en soi, l’ouverture de cœur, l’accueil de la
différence. L’autre est autre, insondablement. Bien sûr, je rêverais qu’il soit
la photocopie de moi-même, ce serait beaucoup plus simple. Mais il n’est pas
comme ça. L’autre est là pour être autre, et m’inviter à m’ouvrir, à enlever
des petites couches d’égo pour entrer dans l’essence même de la relation.
Bien sûr, on est en congrès pour beaucoup
de rêves d’homogénéité, d’être semblable. Yvon Dallaire le montrait ce matin,
avec le stade de la passion. Dans la passion, on est tout beau, tout mignon,
tous les deux ; on se séduit et on fait du mieux qu’on peut pour être le
plus séduisant ; et après, on passe par d’autres stades. Si nous ne sommes
pas capables d’accueillir la différence, cela fera que nos différences créeront
des différends. C’est très intéressant, nous sommes différents. Je ne me sens
pas du tout menacé par ça. On va cohabiter dans nos différences. Ma sécurité
est dans mes tripes, pas dans le fait que tu dises que tu es d’accord avec moi
ou que tu penses comme moi et qu’on est même. On s’aime même si on n’est pas
même. Mais ça il faut l’avoir bien ancré à l’intérieur. Si je vous en parle
librement comme ça, c’est que j’ai travaillé là-dessus une bonne quinzaine
d’années. Ha ha !
Avant ça, il fallait que le conjoint
pense comme moi à la même minute et le même rythme ; alors là on pouvait
entrer en toute sécurité dans la relation. Mais si l’autre était différent,
c’est qu’il ne m’aimait pas. Je faisais ce rapport-là : si tu penses
autrement, si tu n’es pas d’accord, c’est que tu ne m’aimes pas. Quel
piège ! Il faut se dire qu’on est d’accord qu’on n’est pas d’accord, ce qui
fait déjà un point commun, remarquez. Voyez combien de tensions, de conflits
dans le monde naisse de cette difficulté d’accueillir la différence.
Cela est pour moi principalement lié à
des habitudes d’éducation : on ne s’est pas soi-même accueilli dans sa
différence. Regardez la difficulté sur le plan sexuel, par exemple. Le nombre
de suicides, particulièrement au Québec, c’est évoquant. Je le dis parce que je
me suis intéressé à une étude qui a démontré le lien entre le nombre de
suicides d’ados parce qu’ils perçoivent leurs différences sexuelles, leur
homosexualité notamment, et le fait que ce soit encore à ce point tabou,
impossible à dire. Le silence dans lequel cette différence se vit est
absolument tragique et fait que, la plupart du temps, les jeunes en sortent par
le suicide. Où est-ce qu’on en est sur le plan de la communication ? On
échange des GSM (téléphones portables), des e-mails, des SMS (messages écrits
sur GSM) ; on communique des mots par l’info, mais on n’est pas capable de
s’accueillir et de se créer, dans des vies de familles et de couples, une
sécurité suffisante pour que la différence puisse être dite. Il s’agit vraiment d’inventer une autre façon
d’être ensemble, et s’aimer à travers ces différences.
Trois pièges, donc. Le premier :
Nous avons plus appris à faire qu’à être. Nous avons plus appris à mettre notre
sécurité dans le regard de l’autre qu’à nous sentir nous-même dans l’estime et
la confiance en nous. C’est là le 2e piège. Troisième piège :
nous avons peu de tolérance à la différence.
Quatrième piège que je vois à
l’éducation à la gentillesse : il est rare que les bons garçons, les
gentils garçons que nous sommes, les bons gars comme on dit au Québec et le dit
Guy Corneau dans l’une de ses conférences, il est rare que le bon garçon, et la
bonne fille, soit invité à vivre ses sentiments, à les comprendre, à les
différencier, à les distinguer les uns des autres afin de pouvoir piloter sa
vie au milieu du champ des émotions avec un peu plus de clarté et d’aisance. La plupart du temps, le champ des émotions
est une jungle, un cafouillis, un smog inextricable.
Qui d’entre nous peut dire : bien
moi, tout petit garçon quand j’étais en colère, il y avait un adulte
bienveillant, parent, éducateur, enseignant qui venais vers moi et me disait
« T’es en colère ? Raconte-moi ta colère ». Moi, adulte, quand
je me sens en colère, je m’assois, je l’écoute et je vais à l’écoute de ce qui
a de (inaudible), à transformer dans ma façon d’être, ou à lâcher dans mon
comportement. Et pour moi la colère m’indique qu’il y a quelque chose à bouger.
Alors, je t’écoute. Tu es le bienvenu. On va voir ce qu’il y a à transformer, à
demander peut-être ou à lâcher dans ta vie. » En sorte que ce petit enfant
devenu adulte, puisse se dire : « Moi, quand je suis en colère, je
m’écoute, je m’assois. Et aussi lorsque l’autre est en colère, parce que la vie
ne manquera pas de me donner l’occasion de rencontrer des tas de gens en
colère, eh bien je suis à l’aise : « T’es en colère ? Viens,
assieds-toi. Moi quand je suis en colère, je m’écoute. T’es en colère ?
Viens, on va aller voir ce qu’il y a à transformer dans ta vie. Tu as peut-être
une demande à faire qui n’est pas facile à faire ? Tu as peut-être quelque
chose à lâcher, que t’arrives pas à lâcher. On va aller voir ce que
c’est. »
Je suis à l’aise, la colère ne me fait
pas peur. Qui peut dire ça. On est bien mal à l’aise lorsque l’on sent la
colère, la plupart du temps. On l’écrase pour ne pas déranger. Quand l’autre
est en colère, on n’est pas très disponible pour ETRE avec. On va FAIRE des
conseils : « Tu ne devrais pas être en colère. Il y a tout ça qui va
bien quand même. » Ou on va fermer la porte, ou s’enfuir. On va foutte la
personne dehors si on est le patron de l’entreprise. On va quitter le couple si
ça se répète. On va faire quelque chose plutôt qu’être avec. T’es en colère, on
se parle. Même chose avec la tristesse, ou avec la peur. On est écrasé et on
écrase.
Ceux qui ont accompagné des mourants,
ou des malades, ou qui sont allés en thérapie, on pu apprendre le bien-être
qu’il y avait à pouvoir simplement parler. Et Patrick Guillot nous en a parlé
aussi ce matin dans les groupes d’hommes : simplement parler avec des gens
qui sont avec et qui ne se sentent pas obligés de faire quelque chose. Pas de
conseils, pas de recommandations, pas d’indications, pas d’interprétations.
Juste : on est avec toi, on t’écoute. Et quel bien-être se dégage !
Vous imaginez la ressource que nous avons : écouter ne coûte rien et ça
rapporte gros.
Alors, bien évidemment, en vous disant
cela, je rêve d’un monde où la thérapie serait un vieux souvenir. Un tout vieux
souvenir, au musée. Il a déjà existé une époque où on allait voir un thérapeute
pour se faire entendre, et on PAYAIT pour ça. C’est vrai. Nous avons cette
ressource, comme les groupes d’hommes où on peut se faire entendre et
comprendre. Pour descendre à l’intérieur de sa peine, sa colère, sa peur… pour
aller voir ce que ça enseigne. Et trouver en soi tous les outils dont nous
avons besoin pour dépasser ce moment. Je rêve d’un monde comme ça.
Alors, difficulté d’accueillir nos
sentiments, la peur entre autres. Il ne faut pas avoir peur. Certains ont même
peur d’avoir peur. Je ne peux pas avoir peur, donc j’ai très peur d’avoir peur.
Comme si on pouvait vivre sa vie sans jamais avoir peur. Moi, longtemps j’ai
cru qu’un garçon ne pouvait pas avoir peur. Je me blindais, au lieu de prendre
conscience que je ne pourrais pas faire l’économie de la peur dans ma vie. Mais
ce que je pouvais développer, c’est la capacité de ne plus avoir peur d’avoir
peur et me dire que j’ai peur. Donc je vais pouvoir développer plus de
vigilance, d’attention. Mais aussi plus de sécurité intérieure, de confiance ne
moi pour traverser un moment où il y a de la peur. Ce qui augmentera ma
confiance en moi. Je ne peux pas nier la chose, ni l’éviter, ni de léviter. Ce
qui est aussi un recours. Je prends la peur en pleine tranche, et je ne dis pas
que je n’ai pas peur.
Si nous pouvons mieux accueillir nos
peurs, nos tristesses, nos colères, nous développons en même temps la capacité
d’accueillir l’autre dans ses sentiments. Si nous accueillons notre propre
humanité avec bienveillance, en nous regardant tel que nous sommes et non pas
comme nous souhaiterions d’être, nous développons inévitablement la capacité
d’accueillir l’autre tel qu’il est et non pas tel que je rêverais qu’il soit.
Parce que nous sommes souvent dans cette illusion. Pour le conjoint, l’enfant,
les proches. Je suis plus souvent en amour avec mon projet de fils qu’avec mon
fils, mon projet de conjointe qu’avec ma conjointe. Avec ce que ça frictionne,
parce qu’il est différent, elles est différente. Et cependant nous sommes
ensembles.
Notre difficulté pour les bons garçons
à accueillir leurs sentiments et les sentiments des autres fait que nous sommes
tellement blindés aux sentiments. Pas de sentiments. Pas d’égard pour la peine.
Des performances, de la sécurité à tout prix, des mesures répressives sans
qu’on aille voir ce qui fait qu’il y a de la violence dans les rues. Parce
qu’il faudrait aller voir en amont pour voir si notre société fonctionne avec
encore suffisamment de sens, d’entraide, de chaleur humaine pour qu’il n’y ait
pas de violence en amont. Non, sécurité en aval. Depuis des générations, on
renforce les mesures, le pouvoir, l’argent, le personnel pour résoudre les
problèmes en aval.
Vous savez, c’est ce qui m’a fait
changer de métier ; j’étais avocat au début. J’ai fait des études de droit
et j’ai été avocat pendant cinq ans à Bruxelles, et puis j’ai été consultant
juridique en entreprise pendant dix ans. Je résolvais, c’était mon métier,
beaucoup de conflits, et c’était mon intention. Mais j’ai très vite réalisé que
je les résolvais en aval. J’ai pu observer qu’il y avait des malentendus parce
qu’il y avait, d’une part, des mal exprimés et, d’autre part, des mal écoutés.
Les partis n’avaient pas appris à bien dire ce qu’elles veulent, leurs besoins
et l’intensité de leurs besoins par des sentiments, ni appris à bien écouter
l’autre. Très vite, on argumente : qui a tort, qui a raison, et très vite
on port dans un conflit de pouvoir. Et on demande au juriste et à l’avocat de
trancher.
Vous voyez toute la violence de la
chose : trancher. Alors que rien n’est tout blanc ou tout noir. C’est
beaucoup plus nuancé que ça. Et même si vous avez eu raison de divorcer, par
exemple, raison devant la justice, en quoi ça soigne les blessures de cœur que
d’avoir raison. En quoi est-ce que ça prend en cause la souffrance, la blessure
intime. Ça ne résout pas le vrai problème. Ça en résout une partie, mais pas le
vrai problème. C’est pour ça que je me suis dit, un jour, que j’étais fatigué
de régler les conflits humains en aval, là où ça pété. Je veux aller travailler
à ce que les être humains soient plus clairs par rapport à ce qu’ils veulent, donc
exprimer mieux leurs besoins, donc osent reconnaître qu’ils en ont et les
rencontrer, et les différencier, et y mettre des priorités pour les exprimer de
façon plus clairs pour les autres. Mais aussi développent leur capacité
d’écouter l’autre. Mais cela demande d’autres outils que l’intelligence
intellectuelle qui décide qui a tort, qui a raison, qu’est ce qui est légal ou
pas légale, juste ou pas juste. Il fallait sortir de cette tragédie, de cette
prétention à savoir : moi je connais le bien et toi tu es dans le mal. On en
voit tous les jours la menace tragique dans les journaux. Sortir de cette
grille.
Un cinquième piège pour les gentils
garçons, gentilles filles : la difficulté à dire NON. Et à dire non de
façon bienveillante et respectueuse de l’autre. Un non affirmatif, et non un
non rebelle et agressif. Un non posé. Qui d’entre nous n’aura pas déjà accepté,
en disant toutes sortes de oui, au bureau, oui au patron, oui aux collègues, et
à la maison, oui aux enfants, oui au conjoint, oui, oui, à la famille… Un
week-end on est invité à un BB Q chez les Tartempion, et on a dit OUI, alors
qu’on pensait non. On est trop gentils pour dire non. On les aime bien les
Tartempion, on ne veut pas les perdre. On n’arrive pas à dire aux
Tartempion : « Merci pour votre invitation, on a de la reconnaissance
et de l’amitié pour vous, qu’on veut nourrir » et, en même temps,
dire : « Ce week-end on est crevé et on a besoin d’être entre nous à
la maison. Donc, ce sera pour la prochaine fois. » On ne sait pas
dé-mélanger ça.
Qu’est-ce qui se passe si on y va quand
même au BBQ chez les Tartempion, alors qu’on y va à contre cœur ? On est à
peine arrivé que l’on constate que le rosé, il est tiède. Les brochettes sont
trop cuites. Et les amis des Tartempion, ils nous pompent l’air. Mais 15 jours
plus tard, on redit oui à une autre invitation des Tartempion. Et oui, à une 3e
et une 4e invitation, c’est tellement rigolo, qu’à la fin les
Tartempion commencent à nous pomper l’air. Ils sont envahissants. Vous
voyez : on est devenus méchants à fore d’avoir été gentils. Mais
finalement, ce ne sont pas eux qui sont envahissants, c’est moi qui n’ai pas
défendu mon territoire, clairement, simplement, pour moi c’est jusque là. Je ne
prends la place de personne, c’est ma place. Il y de la place pour tout le
monde, sinon vous ne seriez pas là. Si j’ose, à partir de ma sécurité
intérieure, dire non, je prends ma place. Ça assure la qualité de la relation
aussi. Personnellement, si on vient chez moi en disant oui, oui, oui, ça nous
fait plaisir mais qu’ils pensent qu’ils seraient mieux à la maison devant mon
feu, je ne suis pas en sécurité avec ces amis-là. Je préfère que l’on me dise
qu’ils sont trop fatigués et qu’ils reportent à plus tard. Ça ce sont des amis
sûrs.
Quand on ne sait pas dire non, l’agenda
déborde. Je pense que la plupart d’entre nous connaissons bien ça, homme ou
femme d’ailleurs. Plus de place pour… pourquoi ? Je vous propose de
prendre votre agenda sur une semaine. Non. On recommence. Notez vos priorités
dans la vie : la nature, les amis, danser, faire la fête, écrire de la
poésie, faire du jazz, les câlins… Puis, après, ouvrez votre agenda et voyez
vos priorités par plage de temps : le travail, le travail, le travail. Une
réunion caritative, une assemblée associative, tac, tac, tac… et il est où le
temps pour vos priorités ? Le test de la réalité. Si je ne mets pas en
place mes besoins, je risque de passer ma vie à côté d’eux.
L’ensemble de ce que je vous ai dit
pourrait se résumer à une petite phrase : Comment vivons-nous nos
frustrations ? Et non pas comment tentons-nous de les éviter ? J’ai
passé une partie de ma vie à éviter les frustrations et les conflits. Beaucoup
d’hommes ont peur des conflits parce qu’ils ont peur de perdre leur identité.
Au lieu de se dire, il y a un conflit et d’y entrer. Ce n’est peut-être pas
agréable, mais ça fait partie du processus de vie. Le conflit n’est pas un
accident, c’est un ingrédient. Il n’y aurait pas de conflits internationaux si
nous réglions nos conflits internes et relationnels. Comment vivons-nous nos
frustrations ? On va en rencontrer tout le temps. Tout n’est pas toujours
cool. La vie nous apprend que pour grandir, mûrir, il faut apprendre à mieux
gérer nos frustrations, à y trouver un équilibre satisfaisant. Et à travers cette
gestion, trouver un peu plus de joie et de grâce dans la façon d’être.
Quand nous ressentons des frustrations,
le premier réflexe c’est j’écrase pour être gentil, pour ne pas déranger. Mais
ce faisant, j’augmente la tension. Tôt ou tard, ça explose et souvent à la
figure d’innocents. Qui d’entre vous n’a pas déjà dépassé les bornes ? Ça
sert de soupape. Mais ça ne règle rien. Ça se répète sans arrêt parce que je ne
prends pas le temps de m’asseoir pour comprendre ce qui se passe en moi.
On est tous portés à répéter les mêmes
scénarios destructeurs. La mécanique est simple : j’ai accumulé des
frustrations dans les premières colères de mon enfance que j’ai enfoui comme
des mines, par peur de la désintégration du lien social ; à mon adolescence,
je ne me suis pas autorisé de révolte ou de rébellion, j’ai enterré d’autres
mines ; puis, à 20-25 ans, au début de ma vie professionnelle, j’enterre
toutes mes mines pour m’intégrer ; ensuite, à 30-35 ans, lors de ma
première colère dans le couple, j’enterre bien tout pour ne pas déranger.
J’arrive à 40-45 ans et je me retrouve assis sur un champ de mines. Ca va
sauter. Et il suffira parfois d’une petite contradiction, comme une feuille qui
tombe d’un arbre et qui arrive sur le détonateur d’une mine, et paf, tout pète.
Par sympathie, notez le bien. Il n’y a qu’une mine qui a sauté mais l’onde de
choc fait sauter tout le reste du champ de mines. Ce qui est drôle, c’est que
ça saute par sympathie. Ça nous arrive souvent dans notre vie. Ce à quoi nous
assistons sur le plan international n’est pas d’une autre nature. Il y a
accumulation de gisements de frustrations prêts à l’embrasement.
L’attrait de comprendre cette mécanique
est de nous donner un pouvoir d’action. Parce que la plus grande tragédie par
rapport à la violence, c’est l’impuissance. Non, ni cynisme, ni résignation, ni
impuissance. Puissance. Nous sommes puissants, pas pour empêcher le prochain
attentat, ni l’explosion de la guerre d’Irak. Là, nous n’avons sans doute pas
de pouvoir, mais nous avons du pouvoir pour désenclencher la violence là où
nous sommes, dans nos rapports avec nous-mêmes d’abord, dans l’accueil de nos
différences intérieures, de nos contradictions, de nos incohérences, de notre
chaos intérieur, mais aussi accueil, désamorçage de la violence dans nos
rapports avec l’autre, avec notre conjoint. Accueil de notre propre féminité en
tant qu’homme, plutôt que rejet. En sorte d’être plus accueillant de la
masculinité des femmes. Et de ne plus voir ça comme des oppositions, mais des
manifestations d’une même chose qui sont invités à danser ensemble, plutôt qu’à
se tirer la gueule. Là nous avons du pouvoir. Transformer mon monde, non le
monde.
Alors vous aurez compris que si la
contrainte est trop forte, la difficulté à s’exprimer est trop forte, je
comprime, je réprime ce que j’aurais à exprimer. Je comprime, je réprime et
bien je déprime. Si la cocotte-minute n’explose pas, et bien elle implose. Ceux
qui sont en dépression se sont vidés par l’intérieur : ils n’ont plus de
repères, plus de sens, plus de goût à la vie. L’élan de vie a besoin de
circuler et de s’exprimer. Si non, la cocotte de vie implose par l’intérieur.
Je vous propose des moyens pour en
sortir. Ce sont des moyens que j’ai appris pour transformer mon petit garçon
bien sage, bien raisonnable, bien déguisé sous son costume de banquier, mais
qui était en train de devenir ce que Marshall Rosenberg appelle « a nice
death person », une gentille personne morte. Gentil à l’extérieur, mais
desséché à l’intérieur. Cela a changé ma vie. Mon métier d’avocat paraissait
bien, mais étais-je en harmonie avec moi, avec mes propres ressources. Cela m’a
pris huit ans pour changer.
Souvent nous ne fonctionnons que dans
notre mental, notre compréhension intellectuelle, nos jugements, nos
catégories, nos étiquettes, nos croyances. Notre compréhension émotionnelle des
choses a été peu encouragée. Un exemple : c’est comme si une dalle de
béton était coulée entre notre tête et notre cœur. Mon éducation m’a amené à
être raisonnable et mes émotions n’étaient pas les bienvenues : « un
garçon sage et raisonnable ne se met pas en colère ; monte dans ta
chambre. Tu reviendras après avoir réfléchi. » Si je voulais continuer
d’être aimé, il fallait que je réprime ma colère et acheter l’amour de mes
parents » Je redescendais et disais : « JE NE SUIS PAS DU TOUT
EN COLÈRE, PASSEZ-MOI MON DÉSSERT ! » Même chose pour la tristesse,
besoin d’affection… j’étais toujours rabroué et devait aller réfléchir à la
chance que j’avais de vivre là où je vivais, avec tous les avantages. Je n’ai
donc pas appris à gérer mes émotions.
Pourtant mes parents m’aimaient et
étaient bien intentionnés. Vous avez remarqué jusqu’à quel point des tragédies
intimes naissent parce que la beauté de notre intention n’est pas vu. Combien
dans leur vie de couple, ce que nous avons fait avec la plus belle des
intentions est pris par l’autre comme une ingérence, une tentative de contrôle.
Même chose pour les parents et les ados qui voient leurs parents comme
contrôlant. Le fait que les ados qui veulent vivre leurs vies est souvent perçu
par les parents comme un abandon. Quelle confusion !
Ma joie aussi fut réprimée : je ne
pouvais danser sur les fauteuils du salon. Toutes mes émotions, mes sentiments
ont été bétonnés. Voilà le conditionnement.
Les émotions, ça dérange. Monte dans ta
tête.
Ne fais pas ce que toi tu sens juste,
fais ce que tu crois que les autres attendent de toi. Ce qui fait que l’on vit
à côté de soi, de ses envies, pour respecter la norme.
Nous avons tous subi ce
conditionnement. Le savoir nous donne de la liberté : je reste là-dedans
où j’en sors. Moi, je veux en sortir. Je veux vivre plus vrai, les conflits
aussi qu’il faut nettoyer.
Les sentiments ont une utilité, en plus
du plaisir de les ressentir : il renseigne que des besoins sont ou ne sont
pas satisfaits. Le besoin étant plus clair, on peut ainsi mieux le formuler.
Combien de mésententes sont dûes à la croyance que nous avons été bien compris,
alors que nous avons mal formulé notre demande. Un piège tragique : si tu
m’aimes, tu me décodes. Pour éviter la guerre, il faut éclaircir le besoin et
bien formuler notre demande. J’ai besoin d’amour, voudrais-tu passer cinq
minutes avec moi. Ça c’est concret. J’ai besoin de respect : voudrais-tu
refaire le plein d’essence lorsque tu prends la voiture. J’ai besoin d’aide,
voudrais-tu peler les patates. Etc. Crier son besoin ne donne rien, il faut
personnaliser la demande, et la concrétiser. Nous espérons que l’autre devine.
Quelle tragédie !
Le problème est que nous sommes coupés
de nos besoins. Encore là, l’éducation est en cause. Ne t’occupes pas de toi,
occupe-toi des autres. Ne sois pas narcissique, nombrillique, égocentrique.
Écoute ton papa, ta maman, ton curé, ton patron, ton client, ton conjoint.
Péché mortel d’être à l’écoute de ses besoins. L’intention est belle :
altruisme, générosité, attention à l’autre… ce sont toutes des valeurs humaines
fondamentales. Il y a un effet pervers : comment je peux être attentif aux
besoins des autres si moi je ne m’écoute jamais ? Comment être attentif à
la différence de l’autre si moi je me conforme à la norme, sans jamais écouter
ma différence ? Comment puis-je comprendre l’autre si je ne me comprends
pas moi-même ? Impossible. Il fait que je m’écoute, me comprenne,
m’accueille avant de pouvoir faire la même chose pour l’autre.
L’homme qui ne se comprend pas dans sa
fragilité, sa vulnérabilité et qui ne prend pas le temps de s’asseoir, se
défonce encore plus, plus de travail, plus de projets, plus de contrats, plus
de sports, plus de drague, plus de bières… Plus de faire, plutôt que d’être
avec. Aller à la rencontre de nos sentiments nous renseigne sur nos besoins.
Une petite clé de fonctionnement. Nos sentiments agréables renseignent sur des
sentiments satisfaits. Les désagréables, les besoins insatisfaits. Vous êtes
probablement dans une grande joie actuellement, parce que votre besoin
d’apprendre quelque chose de passionnant est satisfait. Quand la conférence
sera terminée, votre besoin de bouger pourra se satisfaire. Quand le congrès
prendra fin, vous serez joyeux parce que votre besoin d’échange sera satisfait.
Quand ça va moins bien : en
colère, impuissant, découragé, triste, déçu, seul… Quels sont les besoins
insatisfaits en moi. Quand ça va bien, je cherche un bouc-émissaire, un coupable :
les parents, la société, les autres… Ce qui m’évite de me responsabiliser. Que
fais-je ? J’attends. J’exige de l’autre. Est-ce que je demande en tenant
compte de la disponibilité de l’autre ? Nous sommes champions dans la
façon de faire des demandes qui sabotent nos besoins. Nous rejetons la
responsabilité de nos besoins sur les autres, ce qui ne donnent pas aux autres
le goût de satisfaire nos besoins. Et le cercle vicieux s’installe. Les autres
peuvent effectivement satisfaire plusieurs de nos besoins. Mais ce doit être
une demande ouverte, concrète, pas une exigence. Si non l’autre se soumet, il
est gentil, ou il se rebelle, et c’est la lutte pour le pouvoir, la guerre.
Mais il n’y a pas de véritable rencontre. Il nous faut laisser la possibilité à
l’autre d’être autre, de dire non ou de dire d’accord. Puis-je entendre,
accepter le non de l’autre ? Comment satisfaire les besoins des
deux ?
Pour créer une nouvelle rencontre, il
faut que les deux soient prêts à ne pas démissionner ni à soumissionner. Allons
voir mon dessin pour voir comment cela est possible. Voici deux petits bons
hommes. Tous les deux sont souvent dans leur tête. Dans mon livre[15],
je décris les 4 pièges de la communication que nous retrouvons toujours dans
les conflits :
3. Les jugements
catégoriques sans réelle base de connaissance de l’autre mais basé sur nos
peurs, sur notre lecture de la réalité, nos interprétations fondées sur nos
peurs personnelles.
4. Les
croyances et les apriori, les préjugés. Ex : « Tu n’y arriveras
jamais. »
5. La pensée
binaire : noir ou blanc, juste ou pas juste, bien ou mal, raison ou tort.
Nous mettons des ou là où nous devrions mettre des et.
6. Le langage
déresponsabilisant : il faut, je dois, c’est mon devoir, en tant que
père…, en tant que conjoint… En arrière, il y a toujours un « Je
voudrais », mais pas toujours conscient. Tout un travail de conscience à
faire. Être libre, c’est faire ce qu’on a choisi de faire en acceptant les
conséquences désagréables. Ce n’est pas faire tout ce qu’on veut, au moment où
on le veut.
Nous avons la possibilité de sortir de
nos jugements pour dire ce que nous voulons vraiment. Non pas : « Tu
fous du bordel partout », mais « Moi, j’aurais besoin d’aide ».
Nous pouvons sortir de nos croyances : « Tu n’y arriveras jamais
parti comme t’es », mais « J’ai tellement besoin que tu te fasses
confiance, dans ta force, dans ton intelligence ». Sortir de la pensée
binaire ou, pour entrer dans le et. Sortir du il faut, je dois pour dire :
« Je choisis de… et j’accepte l’inconfort du choix. » Quatre clefs
pour entrer dans des rapports de non violence avec la réalité, avec la vie et
avec les autres.
Je termine mon dessin pour vous montrer
comment on peut faire la guerre ou la paix. Nous sommes souvent en rapport avec
la façade, le look… On se juge : t’es nul, t’es une pétasse… Va te
rhabiller… Pour éviter ça, on peut devenir très gentil et passer inaperçu. Que
notre attitude soit modeste comme un teepee dans la plaine ou costaud comme un
donjon sur la colline, nous avons tous les mêmes besoins. Balayeur dans les
rues de Genève ou star du showbiz, j’ai besoin d’appartenance à un groupe,
d’être relié à des êtres humains, d’intimité, de proximité, mais j’ai aussi
besoin d’espace et de liberté, j’ai besoin d’action, de réalisation,
d’accomplissement. J’aussi besoin de ne rien faire, de rêver, de poétiser. Et
derrière tout ça, j’ai besoin d’aimer et d’être aimé.
Aussi différentes que les façades
puissent paraître (voir le dessin), les puits trempent dans la même nappe
phréatique. Nous avons le choix de rester dans un monde qui nous divise ou
d’exprimer nos vrais besoins dans l’écoute et le respect mutuels. Dans un
couple qui part en divorce, n’y a-t-il pas de part et d’autre, un besoin de
respect de l’identité : « J’ai besoin d’être reconnu comme je
suis, et non pas comme tu voudrais que je sois, que tu m’aimes pour ce que je
suis et non pas pour ce que je fais ou ne fais pas. » De part et d’autre,
il y a les mêmes blessures, mais on n’arrive pas à se les dire et à se faire
bien entendre, donc on s’empoigne. Et on demande au juge de trancher : qui
a tort, qui a raison. C’est impertinent comme approche. Ce qui est pertinent,
c’est qu’il y a des besoins qui cherchent à être satisfaits. Nous ne faisons
pas autre chose tout au long de notre vie que de chercher à satisfaire nos
besoins. Et nos besoins sont en rapport avec les autres ; nos besoins ne
nous enferment pas, ils nous ouvrent, ils nous rapprochent. Nos envies, nos
désirs peut-être, mais pas nos besoins.
Je vous souhaite de danser avec l’autre,
sans démissionner de vous-même, de rencontrer l’autre dans une approche
gagnant-gagnant. Je termine en vous partageant un rêve. Quand on voit dans
l’actualité tout ce qui se passe, elle n’est que la manifestation extérieure de
ce qui se passe à l’intérieur de nous. Tant que nous serons nous-mêmes divisé à
l’intérieur, nous construirons un monde divisé. Si nous voulons faire un monde
réconcilier, il nous faut réconcilier ce qui se passe à l’intérieur. Il faut
apprendre à composer avec nos faiblesses, nos tourments, nos désarrois, nos
impuissances… ainsi va la vie. Il faut se réconcilier avec çà pour faire danser
notre intérieur et notre monde. Et pour ce faire, essayer de comprendre la
souffrance de l’autre qui origine de besoins non satisfaits. La violence est
l’expression de nos besoins non satisfaits. Le rêve que j’ai est qu’on apprenne
dès l’enfance, à l’école, des cours de communication, des cours d’écoute, des
cours de rencontre de la différence, des cours de compréhension de certains
mécanismes psychologiques… pour qu’on comprenne ces moments de la vie et qu’on
puisse avoir des moyens de dire nos colères, nos frustrations, nos amertumes
autrement qu’en nous envoyant des bombes et des attentats explosifs sur la
gueule des uns et des autres. À force de rêver, nos rêves se réalisent.
10. Le film Entre père et fils, réalisé et présenté par Serge Ferrand
“ ENTRE PÈRE ET FILS ”
(Les Productions Icotop Inc.
Québec, Canada)
Un père à quoi ça sert ? Quelle place les hommes d'aujourd'hui
veulent-ils et peuvent-ils prendre auprès de leurs enfants ? Comment veulent-ils, peuvent-ils être pères ?
En réponse à ces questions fondamentales, ce film explore les enjeux de la
relation père-fils et la redéfinition actuelle qui ébranle autant les hommes
que les femmes. Un document nécessaire à
l'heure où, plus que jamais, l'équilibre et l'avenir de nos garçons est en
jeu. Un scénario et une réalisation de
Serge Ferrand.
Lorsque les organisateurs du Premier
Congrès de la Condition Masculine
« Paroles d’hommes » ont décidé de
projeter mon documentaire « Entre père et fils» à Genève, il a tout de suite
été question d’organiser deux projections: L’ une réservée aux hommes et une
deuxième, tout public, prévue en clôture de Congrès.
Le producteur du documentaire et moi-même
avons été enchantés par cette idée et nous l’avons acceptée d’emblée. Pourquoi ?
Parce que ce documentaire parlait des
hommes, des fils, de la filiation père-fils et qu’il était écrit et réalisé par
un homme. Je l’avais conçu aussi près
que possible des sentiments masculins.
Je m’y montrais en tant que père, en tant que fils et père aussi de deux
garçons. Avec mes qualités en mes
défauts. J’espérais ainsi toucher les
hommes dans leur pudeur émotive, les provoquer au fond d’eux-mêmes pour qu’ils
réagissent.
Mon ami et psychologue Yvon Dallaire
écrit : « Demander à un homme de révéler ce qu’il ressent, c’est comme demander
à un femme son âge ou combien elle pèse.»
Les hommes ont une pudeur sentimentale, les femmes une pudeur
physique. En consacrant une projection à
un auditoire exclusivement masculin, nous avons ainsi donné la chance aux gars
de s’exprimer entre eux, sans peur de se faire juger, sans menace du
ridicule. Ce public mâle pouvait
déchiffrer leurs réactions puisque tout le monde dans la salle possédait le
même code.
Les gars une fois seuls devant l’écran
puis face à leurs émotions, ont parlé.
Nous leur avions demandé de regarder le film avec leur cœur et c’est leur
cœur qui nous a répondu lors de la discussion après la projection.
Lors de la deuxième séance, les femmes
furent invitées. Notre but était de
revoir les mêmes hommes que ceux de la première fois mais accompagnés ce
jour-là de leur femme, de leur copine ou d’une amie. Nous voulions voir comment ces femmes
répondraient et comment les hommes réagiraient avec un public mixte, une
présence féminine.
Après le film, les hommes qui avaient
déjà assisté à la première projection, surveillèrent leurs invitées. Les autre aussi d’ailleurs. Ils attendaient leur réaction avant de se
lancer dans la discussion. Comme Yvon et
moi nous l’avions prévu, les femmes prirent la parole. La plupart étaient étonnées de voir que
comment ça se passait « entre hommes ».
Elles donnaient souvent l’exemple d’un frère, d’un cousin ou de leur
copain qui vivait ou avait vécu une histoire semblable. Elles tentaient de déchiffrer le code
masculin avec leur code féminin et là, soudain, elles s’apercevaient que ça ne
marchait pas. Elles voyaient des hommes
touchés et sensibles, peut-être pour la première fois. Là où elles ne s’y
attendaient peut-être pas. Les mères
cherchaient des réponses pour leurs fils, les filles s’interrogeaient sur leur père. Bref, elles posèrent toutes beaucoup de
questions.
Et quand les hommes virent qu’après tout,
ils n’avaient pas l’air ridicules, ils répondirent.
Notre travail était terminé.
11. Débat : Briser le silence qui entoure la condition masculine
Divers participants annoncent la tenue
prochaine d’activités touchant la condition masculine et paternelle :
• 11 mars, Café de parents : Les
relations pères-fils, organisé par l’École de Parents de Genève
• Rencontres hebdomadaires de pères à
l’École des Parents : 07 33 12 00
• Gérard Lévesque offre à tous la
possibilité de se procurer gratuitement le livre Si les hommes ont tous le
pouvoir, pourquoi est-ce les femmes qui font les règles du jeu : www,
• 25 mars, réunion du Mouvement de la
condition paternelle sur le thème Le retour du père, en collaboration avec
l’Association des familles monoparentales.
• 10e anniversaire du Réseau
Hommes Rhones-Alpes les 11-12-13 avril, ouvert à tous les hommes. Ateliers
relationnels. Ateliers musicaux. Contactez Jean-Yves au 06 87 20 69 10
• Présentation du film de Serge
Ferrand, Entre père et fils, à la
Délégation générale du Québec à Paris les 19, 20 et 24 mars. Animation Yvon
Dallaire. Les gens qui voudraient obtenir une copie du film n’ont qu’à laisser
leur nom à John Goetelen et il les fera parvenir au producteur du film qui
devrait le mettre bientôt sur le marché.
• Sophie Torrent reprendra sa
conférence L’homme battu à l’occasion
du Mednat de Lausanne qui se tiendra à Beaulieu du 26 au 31 mars. Yvon Dallaire
y offrira aussi cinq conférences tirées de ses livres.
• Le site d’Option Santé www.optionsante.com servira de relais en
attendant la création d’un site Paroles
d’hommes dédié aux besoins spécifiques des hommes.
• Thomas d’Ansembourg offre une
conférence à l’endroit du congrès le lendemain soir.
• • • • •
John Goetelen propose de terminer le
congrès en trois parties :
1.
La réaction
des femmes présentes
Plusieurs participantes :
« Je l’ai trouvé très bien. J’ai bien apprécié les livres et le
film. » « Le film m’a touchée et il faudrait continuer cette
réflexion. » « J’ai tout aimé. J’ai aimé entendre les hommes parler
d’eux en toute ouverture. » « J’ai aussi pu dire ce qui me semblait
important, et je me suis senti écouté. » « Je suis venu à ce congrès
pour essayer de mieux comprendre les hommes et j’ai grandement apprécié leurs
témoignages. Le film aussi. Je pense que c’est une excellente façon, en se
parlant, de pouvoir mieux faire pour nos enfants. » « J’aimerais que
les hommes et les femmes puissent se parler plus souvent comme ça. »
« J’aurais aimé que des législateurs puissent être ici afin de vous
entendre et faire en sorte que les divorces tournent moins à la
confrontation. » « Je crois que ce sont les hommes de cœur, comme j’en
ai entendu ici, ce week-end, qui en collaboration avec des femmes de bonne
volonté vont faire avancer les choses plus rapidement que les lois. »
Serge Ferrand : « Il faudrait
alerter les avocats et les juges que malheureusement les interventions de certains
d’entre eux, mais pas tous, enveniment la tension existante chez les couples
qui divorcent et que faire cela pour de l’argent, ça ne vaut pas le coup. Il y
a là des conflits d’intérêts. Il faudrait même les amener à forcer, d’une
manière ou d’une autre, les couples à faire le deuil de leur relation avant
d’aller en médiation, comme c’est la tendance actuellement au Québec. Afin, en
médiation ou en cour de justice, d’éviter la guerre entre l’homme et la femme.
Les avocats perdront peut-être de l’argent, mais nous aurons des enfants en
meilleure santé. De nombreuses études ont démontré que l’absence du père
était à la source de bien des problèmes de violence sociale. »
Une participante : « Nous
sommes plus habitué à entendre la voix des femmes au sujet des relations de
couples. Je suis venue ici parce que j’ai rarement l’occasion d’entendre des
hommes. Je suis très contente d’être venue parce que vraiment je me rends
compte que les hommes sont préoccupés par leurs relations avec leur couple,
leurs enfants, leur entourage. J’ai entendu des hommes parler de ce qu’ils
ressentent et non seulement de ce qu’ils pensent. Nous, qui faisons partie d’un
mouvement féministe, nous cherchons des hommes avec qui échanger pour
construire. Je souhaiterais une collaboration plus serrée entre nous. Merci
pour votre ouverture et votre écoute. » (Des applaudissements ont fusés
spontanément suite à ce commentaire d’une responsable d’un centre d’information
pour femmes.)
John termine cette première partie en
disant : « Lorsque les hommes critiquent le féminisme, c’est en fait
des branches extrémistes très anti-hommes, dans leur langage et leurs
attitudes, propos qui nous blessent, mais ce n’est pas l’ensemble du féminisme,
loin de là. N’oublions pas non plus que bien des femmes souffre de
l’attitude des hommes. Ce n’est qu’en collaborant qu’hommes et femmes
feront avancer les choses. »
2.
Les projets
de suite au Congrès
John Goetelen : « Merci pour
tous ces commentaires. Nous remarquons dans ce week-end une qualité de présence
et une bonne représentation de toute la mouvance de la condition masculine. Ce
thème est très grand. Quelles sont les suites à donner à ce Congrès à court,
moyen et long terme ? »
« Déjà, dans les couloirs, on a
parlé de contester une loi suisse qui dicte qu’on doive poursuivre d’office
tout homme émettant de la violence conjugale contre les femmes. Le problème est
que tous les partenaires sont concernés dans la violence domestique et ce n’est
pas que les hommes qui devraient être poursuivis, mais toute personne émettant
des comportements violents. Donc, il faudrait remplacer dans la loi, le mot
homme par le mot personne, afin de rendre cette loi constitutionnelle, car dans
sa forme actuelle elle maintient un préjugé et est illégale. Il ne s’agit
pas ici d’enlever une protection aux femmes, mais bien de l’étendre à tout le
monde. » (La loi fut effectivement modifiée dans le sens demandé au cours des
semaines qui suivirent suite à des démarches de participants.)
Serge Ferrand : « Il y a dans
cette assemblée des représentantes d’organisation féminine qui nous ont tendu
la main à plusieurs reprises. Il faudrait avoir, ce que nous n’avons pas encore
su faire au Québec, des groupes mixtes qui travailleraient main dans la main à
faire quelque chose pour changer la situation en se rencontrant sur un terrain
neutre. Vous seriez les premiers à le faire. »
John Goetelen : « Il faudrait
créer un groupe de soutien axé sur des actions concrètes et non seulement sur
la parole. Il y a également un projet de rencontre au mois d’avril pour voir
comment on peut amorcer et donner suite à ce mouvement. Il y aura de la
coordination à faire pour canaliser cette bonne volonté que je sens ici et
toutes les actions locales. Il y a un travail d’information aussi à faire.
Écrivez-nous, inscrivez-vous sur le site Option Santé pour être tenu au courant
ou le site de Naturo-vie. On pourrait imaginer faire une demande de subvention
au fond national de la recherche pour
faire des études sur la condition masculine, comme il y en a eu pour la
condition des femmes. On pourrait imaginer un centre de documentation sur la
condition masculine. Tout est à faire. Y a-t-il d’autres idées. »
Yvon Dallaire : « J’ai deux
idées, une à long terme et une autre à très court terme. Évidemment, on va
donner une suite à ce congrès en en faisant un deuxième qui aurait lieu, à une
date non encore fixée[16],
au Québec en 2004. Je vous invite tous. Une action à très court terme sera mon
compte-rendu que je ferai tout à l’heure à l’émission de Patrick Fischer, Mise
au point de TSR, en essayant de faire ressortir tout le positivisme que j’ai pu
constater lors de ce week-end. »
Un participant : « J’aimerais
que le congrès international soit vraiment international en essayant de faire
participer la quinzaine de pays francophones. Doit-on fédérer des
associations au niveau international ou doit-on fédérer des individus au niveau
international ? »
John Goetelen : « C’est le
premier congrès ; nous ne savons pas encore quelle structure ça va
prendre. Il y a ici des représentants de groupes actifs depuis longtemps, même
s’ils ne sont pas toujours sur le devant de la scène. Mais il est important
qu’ils puissent avoir une tribune. Je pense au Réseaux Homme qui ont apporté
quelque chose de très fort et important. Cette partie individuelle est très
importante, car elle est la réalité vécue. Je ne voudrais pas tomber dans une
structurite administrative. Mais nous devrons nous organiser tôt ou tard,
peut-être en commençant pas des relais nationaux, par des relais de mouvements
comme les Mouvements de la condition parentale qui ne sont pas que nationaux,
mais bien trans-nationaux. Il faudra voir petit à petit et échanger tous nos
désirs et nos idées pour encadrer l’avenir. Faites-nous les parvenir. Il y a du
chemin à faire. »
Un participant : « Il
faudrait cumuler les données sur l’énorme souffrance de certains hommes. Il est
urgent d’agir, la situation est gravissime, y compris pour les générations de
jeunes hommes à venir. Tous les systèmes médiatiques, juridiques, politiques
sont en place et il faut dénoncer le système à double standard. Il faut faire
exploser le tabou de la femme violente. »
John Goetelen : « Comme on ne
doit pas taire la violence masculine, lorsqu’elle a lieu. Je vois que nous
repartons un débat qui pourrait s’étendre sur plusieurs jours. Chaque thème
aborder ce week-end pourrait faire chacun l’objet d’un congrès. »
_______
Yvon Dallaire : « Je dois
malheureusement vous quitter ici pour ne pas être en retard à TSR J’aurais eu
beaucoup à dire, mais je me résume en disant que nous pouvons être fier, très
fiers de ce congrès qui finalement s’est improvisé à la dernière minute. Et
surtout très fier du positivisme et de l’espoir d’un avenir meilleur qui
émanent de nos discussions. Je voudrais remercier sincèrement John qui s’est
occupé de toute la dimension logistique. Je vous dis merci à tous et vous fait
un hug collectif, ne pouvant vous saluer chacun et chacune. À l’année
prochaine. »
_______
Un participant : « On
constate que les femmes luttent pour leur droit, ce qui est tout à fait
légitime. Mais je trouve très significatif et tout aussi légitime que les
hommes, à leur tour, luttent pour leurs droits, mais aussi pour les droits de
leurs enfants. Déjà on entend des féministes (radicales) dire que les hommes
utilisent leurs enfants pour essayer de retrouver leur pouvoir perdu sur leurs
femmes. Je trouve ce genre de propos très malheureux. Il nous faudrait
desexualiser les lois, pour que tous aient véritablement un traitement égale
devant la justice. Les lois, privilégiant les femmes lors de la garde, créent
un déficit de pères responsables. Il faudrait créer une organisation
pan-masculine et féminine pour qu’on puisse entendre la souffrance des hommes
pris dans ces situations. »
John Goetelen : « Ce que
j’entends, c’est que la notion de coordination est importante et rapidement
importante, tout d’abord entre nous mais aussi pour établir des ponts avec les
mouvements féminins qui ont des intérêts communs, des objectifs communs. »
Un participant : « Ne
pourrait-on pas relancer l’idée d’une journée Homme ? Est-ce que cela ferait du sens ? »
John Goetelen : « On prend
note de toutes les idées. »
Un participant : « Il
faut tout faire pour conserver la relation parentale pour le bien-être des
enfants. Beaucoup de femmes ne tiennent pas à partager ce qu’elle considère
comme « leur » enfant. Heureusement, certains avocats réussissent
parfois à faire respecter les édits de cour et à maintenir la relation
père-enfant. »
Serge Ferrand : « Dans cette
même veine, on pourrait exiger, comme l’État de Californie et deux autres états
américains viennent de le faire, que la co-parentalité équitable soit
obligatoire après le divorce. Un parent peut se désengager de sa responsabilité
paternelle, mais c’est le choix de ce parent. La co-parentalité devrait être
obligatoire, qu’on ait pas à discuter là-dessus. Le taux de divorce, en
Californie, a diminué de 30 à 40 %, après cette loi. »
Une participante : « Je
trouve cela très dangereux (le reste est inaudible). »
Serge Ferrand : « Oui, mais
avec ça, vous avez des choses qui se passent au Québec, comme le groupement
Tournesol, qui met sur pied des cours sur « Comment faire son deuil de la
séparation ». Après ça, ces parents-là vont en médiation, une fois qu’ils
ont fait le deuil de leur couple, une fois que la guerre, la colère, la
poussière est retombée, on va en médiation. Une fois la médiation faite, on
peut avoir une garde partagée équitable. C’est dans ce sens-là que je vois la
chose. »
3.
Synthèse des
hommes (organisateurs et participants)
John Goetelen : « Le temps
nous presse. Je voudrais laisser quelque temps aux hommes qui ont envie de dire
quelque chose à eux-mêmes ou au monde ou aux autres hommes. »
Un participant : « Ce fut
formidable. Merci aux hommes d’avoir témoigné. »
Thomas
d’Ansembourg : « Il me tenant à cœur de vous partager juste
ceci. Il y a bien sûr beaucoup de choses à faire. Il est heureux que la
réflexion s’incarne dans une transformation. En même temps, je voudrais nous
inviter à être vigilants, à ne pas être piégés dans ce qu’il faut faire et qui
nous ferait faire l’économie de nous changer, nous. Apprenons aussi à être
autrement. Si chacun, individuellement nous pouvons nous apporter plus de
clarté, nous devenons plus éclairants pour les autres. Si nous emportons en
nous-même plus de paix, nous sommes plus pacifiant. Il y a vraiment un travail
de présence à soi que je vous invite à faire chacun pour ne pas rester dans
l’illusion qu’en faisant on va faire, on va transformer, je crois qu’on peut
transformer beaucoup de choses en se transformant soi, en activant sa
vibration, son rayonnement. J’en veux juste pour preuve que le mur de Berlin,
le rideau de fer qui a scandalisé notre enfance, notre âge adulte aussi, bien
il n’est pas tombé par la guerre, par la position, par l’action, il est tombé
par une montée de conscience et à cette montée de conscience, ce machin
apparaît tout d’un coup obsolete et on le démolit. Et bien, je crois que nous
pouvons y contribuer chacun par notre façon d’être. Je vous invite chacun à contribuer
à cette montée de conscience. Merci ! »
Un participant : « Je suis
content d’être venu parce que cela m’a permis d’entendre d’autres démarches
d’hommes, malheureusement trop souvent sur la partie judiciaire. Je voudrais
encourager la parole d’homme, la parole d’homme à d’autres hommes. Prendre le
temps de contacter nos propres émotions. Le couple actuel est pourri, 50 % de
divorce. Il faut passer le barrage avec sa partenaire. Je sais que ce n’est pas
simple. Mais ça fait partie des choses inéluctables de la vie : c’est de
me dépasser, de me continuer. Dans les hommes qui divorcent, il y a très peu
d’hommes qui acceptent de faire une démarche conjugale. Parce que ça leur fait
mal ; ils n’osent pas y aller. »
John Goetelen : « On parlait
de financement. Le congrès ne fait malheureusement pas ses frais, mais il m’a
enrichit énormément au niveau personnel, au niveau des contacts, au niveau de
la dynamique qui se met en place, au niveau du temps, de l’énergie positive
qu’on a pu préserver, du respect, de la non-agression. Il y avait certes des
aspects polémiques, puisque la date du 8 mars n’a pas été très bien ressentie.
Mais je crois que c’est très important, et avec toutes les femmes présentes,
qu’on ait pu avoir ce temps d’écoute, cette qualité de présence les uns aux
autres, et de profondeur, et ce redimensionnement de l’homme mâle par rapport à
certaines images qu’il porte socialement et qui ne le représentent pas. Je
remercie tout le monde d’avoir été là. »
Thomas
d’Ansembourg : « Je crois que je viens de dire ce qui me tenait
à cœur et qui est de se réconcilier à l’intérieur de nous-même. Je pense que
tout ce qui nous arrive à l’extérieur n’est que l’expression de ce qui se passe
à l’intérieur. C’est ce que je crois de plus en plus dans mon observation et
dans mon accompagnement des phénomènes vivants. Je vous souhaite à tous d’être
dans un chemin joyeux de réconciliation avec soi-même. »
Serge Ferrand : « Moi aussi,
je fais partie d’un groupement masculin et ce que j’ai trouvé pendant ces deux
jours, c’est une compréhension mutuelle entre les hommes et les femmes. Les
hommes avaient des choses à dire, et les femmes aussi. Ce que j’ai trouvé très
beau, c’est que nous avons réussi à nous entendre en deux jours sans qu’il y
ait de cris, d’insultes, ou de compétition, des choses malsaines qu’on entend
depuis trop longtemps, qu’on entend encore dans nos rangs, dans certains
groupements. Et ça, je pense que c’est nouveau pour moi et je pense qu’on va
essayer, on y travaille très fort au Québec dans tous les domaines, on va
essayer de travailler main dans la main et très fort. Évidemment, il y a encore
des gens qui sont des irréductibles à des postes clés, hommes et femmes, et il
faut faire comprendre à ces juges, à ces avocats, la réalité de la situation.
Je pense que ce sont des congrès comme çà, des assemblés comme çà , qui vont
nous aider à régler des choses. J’ai été très, très surpris de voir la qualité
de la réflexion ; tout le monde avait l’intention de comprendre l’autre et
je dois avouer que j’ai été très surpris. J’espère que cet atmosphère va se
refléter sur beaucoup d’assemblées à venir. J’espère.
John Goetelen : « Merci à tous.
Le congrès s’arrête maintenant. Mais, à la suite. À bientôt. Bonne
soirée. »
Chapitre premier :
Les articles de journaux
Autant les articles de journaux
pré-congrès étaient interrogateurs, autant les articles post-congrès ont été
élogieux.
1. Lundi 10 mars 2003, Journal Le Temps, un article d’Anna Lietti
intitulé :
Samedi 8 mars, Journée des femmes, je
me suis levée à 6 heures (j'habite en province) pour assister, à Genève, au
premier Congrès international de la condition masculine. Notre reportage sur
ledit congrès porte donc une signature féminine, et je parie qu'il se trouvera
des lecteurs pour ironiser à ce propos. Qu'on ne laisse pas un journaliste de
sexe masculin offrir son regard d'homme sur une histoire d'hommes, c'est bien
le signe de la féminisation à outrance de notre société, diront-ils. Voilà donc
ces dames rédactrices, telles des mères abusives, qui confisquent à leurs
collègues masculins la prérogative de dire ce qui est bon pour eux.
Je tiens à mettre les choses au point :
je n'ai pas sournoisement piqué les garçons du bureau avec une aiguille à
tricoter imbibée de jus de testicules de scarabée pour qu'ils se sentent mal le
jour dit. Je n'ai pas non plus ensorcelé le rédacteur en chef à coups de
décolleté plongeant pour qu'il me confie le reportage. Pour tout dire, c'est un
peu le contraire qui s'est passé : il n'y avait, à la rédaction, aucun candidat
masculin à la couverture du Congrès international de la condition masculine. Si
une fille y est allée, c'est en quelque sorte pour rendre service.
Cet épisode isolé, impliquant un
échantillon limité de personnes, n'a aucune signification en lui-même, j'en
conviens. D'ailleurs, le journalisme n'a pas de sexe : la paternité, les
relations dans le couple, tout comme la crise irakienne ou l'avenir du deuxième
pilier, doivent être traités par des professionnels, sans chipoter sur les X et
les Y.
Mais justement : je commence à avoir
quelques années de métier derrière moi (oh, toutes petites). J'ai vu les femmes
conquérir les sommets du Dow Jones et les hommes maîtriser le vertige de l'ourlet,
j'ai vu la mixité faire des progrès spectaculaires. Sauf dans un domaine :
l'écrasante majorité des articles sur les hommes battus, l'injustice faite aux
pères ou la nécessaire conquête du temps partiel masculin sont écrits par des
femmes et paraissent, le plus souvent, dans des journaux féminins.
Un de ces journaux s'appelle
Psychologies. Il est classé dans les féminins non parce qu'il parle de mode
mais parce que son lectorat est composé à 80 % de femmes. Ce qui fournit une
clé de l'affaire : ce n'est pas spécifiquement la cause des hommes dont la
majorité des hommes se désintéresse, ce sont les relations humaines en général.
Et le plus grand malentendu entre les sexes tient au fait que, lorsqu'elles
veulent parler de ce malentendu qui les passionne, les filles en quête
d'interlocuteurs ne trouvent que des copines.
Pourquoi ? C'est une grande énigme.
Elle ne fait que rehausser l'importance du congrès de samedi, porteur des
germes d'un avenir différent. Je l'ai suivi avec grand intérêt, pendant que mon
homme faisait les courses et s'occupait des enfants.
© Le Temps, 2003. Droits de
reproduction et de diffusion réservés.
• • • • •
2. Lundi 10 mars 2003, Journal Le Temps, un 2e article d’Anna
Lietti intitulé :
Le premier
Congrès de la condition masculine
entame des négociations de
paix entre les sexes
Les participants à cette réunion
internationale n'étaient pas nombreux mais les discussions d'excellente tenue.
Même si la réflexion sur la masculinité aujourd'hui avance lentement en Suisse
: trop d'hommes ne s'y intéressent encore que le temps d'un divorce
conflictuel.
L'adresse du premier Congrès
international de la condition masculine n'est pas indiquée avec une grande
précision sur le programme, il y a de quoi errer un moment, en ce samedi matin,
le long de l'avenue Sainte-Clotilde à Genève. Heureusement, il y a à l'entrée
un groupe de féministes, bien visibles avec leurs déguisements noirs et leurs
tracts roses dénonçant la « grossière provocation misogyne » que constitue ce
congrès, agendé qui plus est le 8 mars, Journée internationale des femmes. Leur
verbe est si outrancier et agressif qu'un doute saisit le visiteur : ces
militantes qui semblent sorties d'une caricature masculiniste sont-elles des
actrices manipulées par de diaboliques machos ?
À l'intérieur, on se convainc rapidement de l'improbabilité de l'hypothèse : les organisateurs du congrès et premiers orateurs – le naturopathe genevois John Goetelen et le psychologue québécois Yvon Dallaire*– sont difficilement soupçonnables d'une telle noirceur. Le choix de la date du congrès est malencontreux, ils l'admettent volontiers, mais mille contraintes y ont présidé et ils n'en ont pas « mesuré l'impact ». Certains de leurs arguments sont maladroits ou sommaires, par exemple lorsque entrent en scène, sur le délicat sujet des hommes battus, les inévitables « études américaines qui prouvent que… ».
Mais l'essentiel du message est complexe et convaincant : « Cessons de chercher qui a commencé, essayons de comprendre comment fonctionne la spirale de la violence entre hommes et femmes » dit Yvon Dallaire, après avoir fait crouler de rire la salle en mimant une « montée de sauce » à deux. John Goetelen, lui, dit son malaise devant le modèle masculin du prince charmant, héros moulé exclusivement sur les attentes féminines, et résume en une formule vibrante le dilemme de l'homme en devenir : « Comment se détacher de la femme-mère sans entrer en rupture avec la femme-femme ? »
La première matinée n'est pas encore
terminée lorsqu'on se rend volontiers à l'évidence : en ce 8 mars, entre les
féministes du dehors et les « masculinistes » du dedans, la volonté d'en
découdre est très inégalement répartie. Les défenseurs de la cause masculine
sont parfaitement fréquentables et la discussion qu'ils lancent d'excellente
tenue. On voit vite aussi avec quel type de propos ils piquent au vif certaines
sensibilités : John Goetelen, par exemple, affirme être issu «d'une famille de
femmes dominantes depuis trois générations ». Eh bien oui, les femmes dominantes
existent, ce qui ne les empêche pas d'être socialement discriminées, et même
battues ou tuées. Il faudra bien, pour que le dialogue s'installe, admettre la
complexité de l'affaire.
Qui est là ? Une septantaine de
personnes, dont un petit tiers de femmes. Beaucoup semblent des habitués des
discussions et de l'exploration du rapport entre les sexes. Mais il y a aussi
cette secrétaire à la retraite, qui a payé ses 160 francs d'inscription juste «
pour mieux connaître les hommes ». Non qu'elle ne les fréquente pas, au
contraire, après « plusieurs mariages, mais justement ! », rit-elle. Il y a ce
couple atypique, elle secrétaire lui charpentier, venu de France voisine. C'est
elle qui explique : « Ma sœur, qui fait du développement personnel, nous a
parlé du congrès et a pensé que ce serait bien pour nous... » Et, désignant son
mari: « Il a été d'accord, même s'il avait peur de s'ennuyer.. .» Présents
aussi, quelques familiers des « groupes de paroles pour hommes », nés en 1993
dans la mouvance de l'analyste québécois Guy Corneau (neuf actuellement en
Suisse romande).
La majorité des participants masculins,
note Oleg Kochtchouk du Mouvement de la condition paternelle, sont des hommes
pris dans un divorce conflictuel, et qui se découvrent, souvent pour la première
fois de leur vie, combattants à armes inégales pour réussir à assumer leur rôle
de père. Le problème, admet volontiers cet enseignant genevois, orateur du
congrès et auteur d'un livre sur « le père présumé coupable »**, c'est que ces
militants occasionnels, une fois leur problème résolu, quittent le mouvement et
ne prolongent pas la réflexion, ce qui n'alimente pas leur crédibilité. D'une
manière générale, « les hommes font encore preuve d'une surprenante passivité »
face aux réalités qu'ils dénoncent. Mais cela s'explique et leur chemin sera
long : « Les valeurs masculines traditionnelles ont été systématiquement
dévalorisées et accusées de tous les maux, sans qu'en soient proposées de
nouvelles, c'est très déstabilisant. »
Juste avant le dîner, l'assemblée est
tombée d'accord avec Oleg Kochtchouk : moins que les valeurs masculines, c'est
la différence même des sexes qu'il faut accepter, et que notre société tend à
aplanir. Le charpentier de France voisine en convient volontiers. Mais il a
surtout aimé la description, par Yvon Dallaire, du silence masculin esquiveur
de conflits. Il ajoute : « Vous croyez que les hommes vont au bistrot pourquoi
? Comme ça, quand ils rentrent, leur femme dort déjà et il n'y a pas
d'histoires. »
* Homme
et fier de l'être, par Yvon Dallaire, Ed Option santé, 2001.
** La
tendresse suspecte, par Aleg Kochtchouk, Ed Cabédita, 2002.
Prochain épisode : « Le retour du père
? » débat public organisé par Oleg Kochtchouk et l'Association des familles
monoparentales. Mardi, 25 mars, 20 h, Uni Mail, salle R 070, Genève. 022 344 11
11.
© Le Temps, 2003 . Droits de
reproduction et de diffusion réservés.
• • • • •
3. Article paru dans le magazine virtuel Femina,
http://www.edicom.ch/magazines/femina/epoque/dr_males.shtml
et intitulé :
Les hommes s’interrogent
sur leur masculinité. Certains explorent leur intériorité. D’autres dénoncent
l’oppression dont ils sont victimes dans une société marquée par la libération
de la femme. D’autres encore tentent de réparer les « dégâts » du féminisme.
« Si on nous reproche
d’être des hommes, je ne vois pas ce que je peux faire. Mais je vais y
réfléchir...» sourit John Goetelen. Initiateur du premier Congrès international
de la condition masculine, le 8 mars dernier, ce thérapeute-naturopathe
genevois ne souhaite pas lancer une guerre des sexes, « bien au contraire»,
dit-il. Partant de l’idée que le mouvement féministe a fait avancer la cause
des hommes comme celle des femmes, il estime nécessaire que les hommes
parviennent désormais à dire ce qu’ils ont sur le cœur. Co-organisateur du même
congrès, le psychologue québécois Yvon Dallaire tente, lui, de remettre le mâle
sur son socle, en dénonçant les préjugés qui l’accablent : « Non, l’homme n’est
pas responsable de tous les malheurs de la planète. Les femmes sont
coresponsables. S’il y a des dictateurs, c’est parce que des personnes
acceptent d’être des esclaves. »
Tous ne se reconnaissent pas
dans ce besoin de s’affirmer, et ils sont quelques-uns à réfléchir sur leur
condition, en souhaitant à leur tour changer la société. Le magazine français
Elle consacrait récemment un dossier au malaise qui traverse les générations
d’hommes entre 20 et 60 ans, et qui culmine chez les 35 à 45 ans, mariés,
divorcés ou célibataires et terriblement déçus par les femmes. Indéniablement,
il y a un inconfort collectif qui commence à s’exprimer, qui puise ses racines
dans la transformation du rôle des femmes depuis les années soixante. Acculés à
se repositionner face à des partenaires devenues très exigeantes et constamment
en évolution, les hommes (du moins ceux que nous avons rencontrés) se grattent
la tête. Certains tentent de mieux se connaître, par la thérapie ou par les
groupes de paroles, afin de redéfinir le masculin. D’autres prônent un dialogue
renouvelé grâce à une approche qui prend en compte le fonctionnement spécifique
de chaque sexe.
Touchante et courageuse,
l’invitation faite aux hommes par John Goetelen, leur suggérant de sortir de
leur mutisme pour prendre la parole au sein du couple, se veut pacifique : « On
doit pouvoir dire à sa compagne qu’on ne se sent pas bien à un moment donné
dans la relation, au lieu de l’envoyer aux pives ou de se taire pendant deux
jours. C’est très délicat, car les femmes n’ont souvent pas envie d’entendre
leur partenaire exprimer des émotions ou des sentiments. Mais on peut tenir ce
langage-là sans être perdant : évoquer ses états d’âme sans jouer le petit
garçon plaintif. Cela vaut la peine de chercher le ton qui convient »,
assure-t-il.
Ce conférencier qui parle
avec sincérité de lui-même devant son auditoire (oui, ça existe !) dit être né
dans une famille où les femmes dominent depuis trois générations. « Adulte, il
m’a été difficile de me positionner face à une femme au sein d’un couple. »
Père divorcé privé de ses enfants, il a également recueilli en tant que
thérapeute des témoignages de ses patients, et tente de cerner les origines du
malaise masculin. « L’homme vient du
corps de la femme et reçoit dès le départ des repères éducatifs essentiellement
féminins. Il se trouve confronté à une première difficulté en grandissant, qui
est celle d’assumer sa différence, sans être déloyal envers celle qui lui a
donné la vie. »
En outre, relève-t-il, les
modèles culturels véhiculés par les contes de fées conditionnent notre
inconscient. L’incontournable prince charmant présente l’inconvénient de
n’exister que pour la femme. Il lui offre toute la place et tout son temps... «
Tout homme qui s’absente pour vaquer à ses occupations cesse à l’instant d’être
un prince charmant. C’est un modèle dans lequel on s’emmêle les pinceaux »,
ironise John Goetelen. À l’opposé, Barbe-Bleue affronte ses problèmes de couple
en supprimant ses compagnes dans un bain de sang. « Je crois que le guerrier
qui existe en chaque homme a eu une fonction précieuse dans la survie de
l’espèce. La violence peut avoir de bonnes applications. Il faut la cadrer, pas
la nier », décrète le thérapeute qui déplore que l’homme se sente obligé
d’endosser soit le rôle du gentil, soit celui du méchant. « Mais il y a
beaucoup de place entre le prince charmant et Barbe-Bleue. Lorsque je me sens
menacé dans mon espace, je sais que je réagis en me taisant, ou avec des
paroles violentes. Auparavant, je pouvais être infect pendant une semaine.
Maintenant, je vais me défouler, mais je reviens le plus vite possible, pour me
donner les moyens d’être entendu. » Et John Goetelen d’encourager ses pairs au
changement.
Dans un genre polémique, le
psychologue et très prolifique auteur québécois Yvon Dallaire se fait l’écho
d’un net ras-le-bol. Un sentiment qui anime sans doute davantage les Québécois,
nourris au biberon d’une idéologie féministe radicale, que leurs semblables
européens. Dans Homme et fier de l’être*,
il défend bec et ongles une fierté masculine selon lui mise à mal : « Dans le
couple, lors d’une explosion de violence physique ou verbale, il est
généralement admis que l’homme est le coupable et la femme la victime. Or, ils
sont tous deux des agents de violence, et aussi des gens qui souffrent car
leurs besoins légitimes ne sont pas satisfaits. »
Yvon Dallaire estime qu’il
faut briser le tabou de l’injustice et de la violence faite aux hommes... par
les femmes. L’une de ses boutades préférées : « Et si l’on parlait de l’orgasme
féminin perpétuellement en retard plutôt que de l’éjaculation précoce ? » Avec
l’intention affirmée d’œuvrer à la réconciliation entre les sexes, l’auteur, fervent
adepte des théories de la différence, explique le comportement des hommes et
des femmes par ce qu’il appelle leurs natures biologiques respectives, telles
qu’observées au travers d’études récentes sur le cerveau et le corps, ainsi
qu’à travers la vie sociale des singes et des insectes.
Le patriarcat est une
illusion, décrète le Québécois, et la femme moderne, angoissée, n’est pas plus
heureuse que son arrière-grand-mère. Perçu comme le chef de file d’un courant
extrémiste, le psychologue est extrêmement contesté par les féministes. Il
essuie d’ailleurs une critique en règle de la rédactrice en chef du périodique
féministe L’Emilie (Le Courrier, vendredi 21 mars). Andrée-Marie Dussault
estime en effet que « le mouvement masculiniste qu’il incarne est une réalité
inquiétante, puisqu’elle remet en cause des acquis sociaux. D’autant qu’il
(...) dispose de moyens importants. » Serions-nous à l’aube d’une contestation
masculine qui verrait les hommes descendre dans la rue pour défendre leur
condition ? Rien n’est moins sûr, en Europe du moins. Et, jusqu’à nouvel avis,
le pouvoir est encore entre leurs mains.
S’il est une injustice
capable de mettre les hommes en colère, c’est bien celle actuellement faite aux
pères lors d’une séparation. En Suisse, 90 à 95 % des enfants sont attribués à
la mère, quelle que soit la disponibilité du père. En outre, certaines mères,
pas toujours bien intentionnées, privent leurs enfants du droit de voir leur
père, et réciproquement. « La justice n’a encore rien trouvé pour les en
empêcher, ni pour les punir, ce qui évidemment suscite des vocations »,
s’insurge Oleg Kochtchouk. Très remonté sur la question, ce père et auteur de La Tendresse suspecte** raconte : «
J’avais confiance dans le droit, mais lors d’un divorce conflictuel, je me suis
rendu compte que j’étais d’une naïveté frisant l’imbécillité. En réalité, la
relation mère-enfant est surévaluée, et la femme qui se retrouve seule avec la
garde des enfants est surchargée. Il est indispensable de rétablir un
équilibre. Aujourd’hui, un père qui se bat pour défendre ses droits de père est
suspect. » À ce père-là, qui fait souvent l’objet d’une expertise
psychologique, il ne reste souvent que les yeux pour pleurer.
Le Mouvement de la
condition paternelle pour une égalité parentale (MCP), qui accueille les pères
en souffrance depuis 1978, reconnaît que la partie n’est pas gagnée. « La
tendance observée aux Etats-Unis, puis au Canada et récemment en France, montre
que les mères sont toujours plus nombreuses à dénoncer leur ancien conjoint
pour abus sexuels sur les enfants. Même lorsqu’elle est fallacieuse, une telle
plainte prive automatiquement le père de son droit de visite, quand elle ne lui
vaut pas l’emprisonnement », déplore Raymond Zoller, animateur du MCP Genève.
Vivant dans le canton de Vaud, Paul Ménard a été
accusé par son ex-épouse d’attouchements sur leurs enfants. Il évoque sobrement
la tristesse de ne plus voir ses deux filles de 6 et 10 ans : « J’ai passé au
travers car j’avais des amis. J’ai maintes fois appelé la Main tendue, et puis
les antidépresseurs ça aide. Une fois établi que la mère avait inventé les
abus, j’ai obtenu la garde de mes filles, mais un jour de printemps, l’an
dernier, elles ne sont pas rentrées de l’école. Enlevées par leur mère, elles
vivent depuis lors avec elle à Genève. La justice n’a pas les moyens de
garantir l’application de ses propres décisions. Je suis un empêcheur de
tourner en rond parce que je n’abandonnerai pas. Je pense que mes filles ont
besoin de leur père », revendique-t-il avant de conclure: « Les aventuriers du
XXIe siècle, ce sont les pères ! » Le MCP rassemble ainsi de nombreux hommes
frustrés, engagés dans une cause qui les amène parfois à tenir des propos très
durs envers les femmes et sur les dysfonctionnements de notre société. Le MCP
se veut équitable. Il propose simplement que la responsabilité parentale
conjointe devienne la règle, et que le droit de l’enfant à maintenir des
relations avec ses deux parents soit respecté. Car derrière chaque conflit il y
a un enfant qui paie les pots cassés. Au prix fort.
Bien que le Congrès sur la
condition masculine n’ait rassemblé qu’une septantaine de personnes par un
magnifique week-end de fin d’hiver à Genève, les réflexions des hommes qui se
sont exprimés sont néanmoins source de réflexions fructueuses pour les deux
sexes. Car, depuis quarante ans, les rôles des hommes et des femmes évoluent à
une vitesse jamais observée dans l’histoire de l’humanité. Ceux qui s’estiment
réduits par le féminisme à jouer les seconds rôles en avalant des couleuvres
peuvent toujours aller chercher sous des climats sibériens ou tropicaux une
compagne à la féminité douce et conciliante.
* Homme et fier de l’être, Yvon Dallaire, Ed. Option Santé, 2001.
** La
Tendresse suspecte – Le Père présumé
coupable, Oleg Kochtchouk, Ed. Cabédita, 2002.
• • • • •
4. Erzsi Mekkey, Le Lignon, Le Matin
Dimanche, 16.03.2003, p. 28 (Propos des lecteurs)
Pauvres petits mâles...
Les prises de position du Pr Willy Pasini
(en sexologue et mâle éclairé) m'a interpellée, ainsi que la tenue du Congrès
international de la condition masculine, congrès agendé lors de ... la Journée
mondiale de la femme.
Malheureusement, l'homme ne semble pas
savoir ce qu'est l'égalité. Pour lui, il n'existe que deux positions : dominant
ou dominé. Des excuses sincères aux plus évolués. Donc, maintenant qu'il ne se
perçoit plus comme dominant, et encore..., il crie au scandale, au secours, à
l'aide, car, selon sa vue du monde, il devient dominé !
Depuis la nuit des temps, les hommes ont
dominé, soumis et exploité les femmes, qui n'ont pas eu de voix au chapitre.
Ils en avaient une telle peur (...) qu'ils les ont « imbécilisées » et cloîtrées
pendant des siècles. Cette même peur qui a fait dire à ces messieurs, il n'y a
pas si longtemps, que la femme n'avait pas d'âme. L'un d'eux n'a-t-il pas cru
nécessaire d'inventer la fameuse « envie de pénis » pour occulter, sans doute,
la peur masculine de la femme, par le corps de laquelle la vie se perpétue !
(...)
Ne fallait-il pas opprimer tout ça ? Et
maintenant que les brèches apparaissent dans « l'édifice masculin », hop, on
essaie de colmater et d'y remettre de « l'ordre » ?
Comme a dit ma fille : plutôt que de « reprendre la parole », ne vaudrait-il pas mieux la partager ?
• • • • •
5. Tribune de Genève, 10.03.2003, p. 21
Démonstration féministe au congrès des hommes
Elles étaient une dizaine, toutes vêtues
de noir, le visage caché derrière des lunettes noires, à l'entrée du Forum
Sainte-Clotilde, samedi matin. En cette Journée internationale de la femme, le
collectif « Féministes un jour, féministes toujours » a réuni des « veuves »
pour charrier gentiment les participants au premier Congrès de la condition
masculine. Pauvres mecs qui prétendent avoir perdu la parole ? N'est-ce pas
plutôt une provocation misogyne ? demandaient-elles en affirmant que,
finalement, l'existence même de ce congrès prouvait que le combat féministe est
plus que jamais d'actualité.
______
Réaction d’Yvon Dallaire. Si vous relisez
l’histoire telle qu’écrite par les hommes, vous y trouverez la description de
conquêtes d’armes, certes, mais aussi de découvertes scientifiques, de
conquêtes et de défenses de territoires, de tentatives continuelles d’établir
la paix et des relations harmonieuses. Pour ce faire, les hommes ont inventé la
diplomatie et la démocratie. Quand on lit l’histoire telle que ré-écrite par le
féminisme radical, on y retrouve incessamment ce paradigme de dominant –
dominé. Dans cette histoire, on retrouve la description de haute lutte pour
l’acquisition de droits et de privilèges. Pour ce faire, les femmes ont inventé
le mouvement d’émancipation féminine et la recherche de l’égalité. C’est à se demander
si le paradigme de la domination est le résultat d’une réflexion ou d’une
projection. L’histoire de « La belle et la bête » qui se perpétue,
malheureusement.
Chapitre deuxième
Les réaction féministes
Nous n’avons trouvé aucune réaction féministes
post-congrès, que ce soit dans les médias ou sur Internet. À chacun
d’interpréter ce vide.
Si jamais vous en découvrez une, prière de nous
transmettre l’information.
Chapitre
troisième
1.
Genève, le 10 mars 2003. Communiqué expédié par John Goetelen à la presse
locale :
Le 1er congrès
international de la condition masculine Paroles
d’hommes, tenu à Genève les 8 et 9 mars 2003, s’est déroulé dans une
atmosphère calme et attentive. Les participants, représentant aussi bien leur
réalité personnelle que des associations engagées dans la défense des pères
divorcés ou dans l’expression de la réalité des hommes, ont apporté un ton de
vérité convainquant.
Le tabou de la violence faite aux
hommes par certaines femmes était difficile à briser, pourtant les nombreuses
femmes présentes ont pris acte de cette réalité encore trop cachée. L’assemblée
- femmes comprises - à soutenu et affirmé l’importance du père dans l’éducation
des enfants. La montée de la violence actuelle chez les jeunes a été en partie
reliée à l’absence du père dans le processus éducatif. Il semble urgent que la
justice se penche avec plus de discernement sur la question de la garde après
divorce, en particulier de la garde alternée, ceci dans l’intérêt éducatif,
affectif et psychologique de l’enfant donc de la société future.
L’amélioration de
la condition masculine passe par un travail sur : les modèles masculins, le
mode réactionnel des hommes, la communication, l’affirmation de leur valeur et
le rééquilibrage de leur place dans la société. Ce chemin commencé ne doit pas
faire oublier que bien des femmes souffrent elles aussi encore, ce que les
hommes, majoritairement épris de justice et de respect, ne peuvent accepter.
Ce premier congrès
laisse une forte empreinte de respect, de coeur, d’ouverture et d’écoute. Un
deuxième congrès suivra au Canada en 2004, ainsi qu’une meilleure coordination
des différents groupes qui oeuvrent dans le domaine de la condition masculine.”
John Goetelen, organisateur.
076 386 09 33 (00 41 76 386 09 33)
• • • • •
2.
Content d’être un gars, magazine virtuel animé par M. Yves Pageau.
Le magazine virtuel Content
d’être un gars (http://www.garscontent.com/)
a fait un large écho positif à notre
congrès et à nos intervenants, en plus de véhiculer l’information sur la
programmation. M. Yves Pageau, modérateur du site, a attiré l’attention sur le
fait que : « L’État du Québec n’a délégué personne au Congrès international
de la condition masculine alors que, quelques mois plus tôt, il avait envoyé
une délégation importante au congrès international du féminisme francophone.
Content d’être un gars réclame un appui gouvernemental au Congrès international
de la condition masculine qui, en 2004, aura lieu au Québec.
Le site content d’être un gars www.garscontent.com/Esc2003.htm
organise des
nominations à chaque année et, en 2002, trois des intervenants au Congrès
furent nominés, en plus d’une mention :
• La citation de l’année :
« Dites-moi où, en quel pays ou sur quelle planète étrange cette dame
vit-elle donc ? » Serge Ferrand au sujet de Diane Lavallée, Présidente du
Conseil du statut de la femme du Québec.
• Le documentaire de l'année : Entre
père et fils de Serge Ferrand, produit par Icotop Inc. Ce documentaire à
été suivi d’un livre Papa, à quoi sers-tu
? On a tous besoin d’un père www.garscontent.com/papa.htm
.
• Le livre de l'année : L’homme
battu de Sophie Torrent. www.garscontent.com/Libattu.htm et www.garscontent.com/monop.htm .
• Le livre d’Yvon Dallaire, La violence faite aux hommes, était
aussi en lice pour le livre de l’année. M. Pageau a d’ailleurs écrit un article
sur ce livre lors de sa parution en novembre 2002. Vous pouvez consulter
l’article La violence domestique est-elle
moins inacceptable quand c’est un homme qui encaisse les coups ? à
http://www.garscontent.com/Livdallaire.htm.
Vous pouvez aussi retrouver
sur ce site une revue de presse des différentes articles écrits à la suite du
Congrès à http://www.garscontent.com/Revuedepresse.htm
si le goût vous prend de les télécharger . Les articles cités sont : 1.
Ceci n'intéresse pas les hommes par Anna Lietti, © Le Temps, 2. Le premier
Congrès de la condition masculine entame des négociations de paix entre les
sexes par Anna Lietti, © Le Temps, 3. En péril, la condition masculine va vivre
son premier congrès international à Genève par Philippe Barraud, © Le Temps, et
4. l’article de C. P., Entre patriarcat et introspection, paru dans © 24
Heures
• • • • •
3. Télévision Suisse Romande, Émission Mise au Point,
animateur : Patrick Fischer.
Le dimanche soir,
9 mars, Yvon Dallaire fut invité à commenter la tenue du 1er Congrès
international Paroles d’homme à l’émission de Patrick Fischer ainsi que son
livre Homme et fier de l’être.
L’entrevue d’une quinzaine de minutes menée « rudement » par
l’animateur suscita de nombreuses réactions négatives et positives du public.
Ci-après un échange de courriels entre Patrick Fischer Patrick.Fischer@tsr.ch et Yvon Dallaire yvondallaire@optionsante.com
suite à l’entrevue, avec l’autorisation des deux intervenants.
• Mardi, 11 mars
2003
Cher Monsieur
Dallaire,
Ces quelques
lignes pour vous donner, comme promis, un feedback de l'émission du 9 mars.
Elle a fait 49 % de part de marché et a été suivie par plus de 310 000
téléspectateurs ce qui constitue un excellent résultat à l'échelle de la Suisse
romande.
Concernant les
réactions, on peut les ranger en 2 catégories :
1.
des hommes, uniquement, très fâchés par mes questions et qui
devaient avoir le sentiment que je trahissais la cause masculine ;
2.
des femmes, uniquement, enchantées par l'interview et qui
trouvaient que c'étaient les bonnes questions.
Voilà... Tout cela
reste assez caricatural !
À mon avis, le
thème justifiait un débat un peu vif et polémique. Je vous remercie d'y avoir
participé et j'espère que vous n'en garderez pas un trop mauvais souvenir. Pour
ma part, j'ai eu beaucoup de plaisir à faire votre connaissance et me réjouis
de vous revoir à une prochaine occasion (le débat n'étant pas épuisé).
Avec mes cordiales
salutations,
Patrick Fischer
• Mercredi, 12.
mars 2003
Cher monsieur
Fischer,
C'est dans cet
esprit (comme vous dites, le débat n'étant pas épuisé) que j'apprécierais
poursuivre notre discussion lors de mon prochain passage en Suisse à la fin de
mars ou lors de mon prochain séjour en octobre.
Ce que
j'apprécierais le plus serait de recréer l'atmosphère conviviale que nous avons
vécue, vous, moi, Catherine et Anix, lors de notre rencontre post-émission au
restaurant La discussion que nous y avons eu constitue, au Québec, un genre
d'émission très populaire.
C'est avec plaisir
que je vous tiendrai au courant de mes déplacements.
J'espère
rencontrer à nouveau l'homme que j'ai senti lors de notre premier contact au
restaurant Fleur de Lys, emblème du Québec.
Bonne journée,
Yvon Dallaire
• Mercredi, 12.
mars 2003
Re-bonjour
monsieur Fischer,
Voici, à titre informatif, ce
qu'une amie suisse m'a fait parvenir suite à l’émission :
« Un mâle, un
vrai - Hommes battus et humiliés, réjouissez-vous, votre sauveur est arrivé !
Il s'appelle Yvon Dallaire, est psy et sexologue, et veut redonner aux hommes
leur fierté mise à mal par le féminisme. À Mise au point, il a habillement
esquivé les attaques de ce féministe de Patrick
Fischer pour
brandir le drapeau du « masculinisme ». Une nouvelle ère
commence...".
Je vous ferai
parvenir les actes du Congrès dès leur sortie.
Bonne journée,
Yvon Dallaire
• Vendredi, 14
mars 2003
Re-bonjour,
Merci pour vos
messages... je me suis absenté un jour, le temps de fêter mon anniversaire (eh
oui, cela figure sur nos agendas de poissons !)... vous dire encore que :
·
l'homme au restaurant et sur le plateau est le même (et il a
d'autres facettes encore !!)
·
nous aurons du mal à revenir sur les mêmes thèmes (ou proches)
dans l'émission, mais c'est avec plaisir que je vous reverrais pour boire un
café et connaître les recettes des couples heureux !!
Avec mes amitiés,
Patrick Fischer
• Vendredi, 14
mars 2003